Modifié le 07 mai 2013 à 20:23

"Le secret bancaire n'aide que les criminels", selon l'Américain qui a fait plier la Suisse

Dan Reeves, ancien inspecteur du fisc américain, revient sur le travail qu'il a accompli
Dan Reeves, ancien inspecteur du fisc américain, revient sur le travail qu'il a accompli 19h30 / 1 min. / le 07 mai 2013
Le fisc américain ne s'est pas acharné contre UBS ou la Suisse mais a simplement remonté la trace d'informations reçues explique Dan Reeves, l'homme qui a mis à genoux le secret bancaire helvétique. Fraîchement retraité, il a accordé un entretien à la RTS.

C'est lui qui a mené l'enquête du fisc américain (IRS) contre UBS, qui a retrouvé et interrogé Bradley Birkenfeld, le fameux ex-banquier de l'établissement helvétique  par qui toute l'affaire a commencé. Dan Reeves a développé, avec son équipe,  la stratégie des Etats-Unis pour lutter contre la fraude fiscale. A la retraite depuis quelques mois, il a retrouvé une relative liberté de parole. Il s'exprime pour la première fois sur toute l'affaire.

Le témoignage qui a tout déclenché

Dan Reeves.
Dan Reeves. [ - offshorealert.com]
L'histoire professionnelle de Dan Reeves se confond avec la fin du secret bancaire. En octobre 2007, il interroge Bradley Birkenfeld et cet entretien va changer la donne. Les informations livrées par l'employé du numéro 1 bancaire suisse aux USA ouvrent une brèche inespérée et donnent un coup d'accélérateur inouï au travail de Dan Reeves et de son équipe.

Leurs efforts coïncident avec une période: la crise pèse sur les finances publiques et le gouvernement américain a besoin d'argent. Les mentalités changent: on accepte moins facilement que des citoyens fortunés échappent aux impôts. La perception du secret bancaire n'est plus la même.

"Le secret bancaire n'aide que les criminels"

Le romantisme autour des banques suisses qu'on a vu dans beaucoup de livres ou même des films de James Bond a disparu, explique l'ancien agent du fisc américain. "Je pense que les Suisses sont le grand peuple d'une grande Nation et qu'ils vont comprendre que le secret bancaire absolu n'aide que les criminels."

Dan Reeves a consacré l'essentiel de sa carrière à lutter contre l'évasion fiscale. Il se battait sur ce terrain bien avant que le sujet ne fasse la une de l'actualité.

A ceux qui pensent, en Suisse, que les Etats-Unis s'acharnent injustement, qu'ils cherchent à éliminer une place financière concurrente, il répond: "Je peux vous dire de façon certaine que ce raisonnement n’est pas fondé. L'affaire UBS n’avait aucun rapport avec l’origine de l'entreprise. Elle concernait les activités d'une banque aux Etats-Unis et il se trouve que c'était une banque suisse."

Et d'ajouter que ce sont simplement les faits et les preuves qui ont conduit le fisc américain en Suisse.

Les USA doivent aussi balayer devant leur porte

Face aux accusations contre les paradis fiscaux américains comme le Delaware ou le Nevada, Dan Reeves se joint volontiers à ceux qui sont scandalisés: "Il faut corriger cela aux Etats-Unis et en Suisse. Tout le monde a toujours considéré la Suisse comme le modèle en matière de secret bancaire. Peut-être qu'elle pourrait maintenant montrer la voie vers la suppression du secret bancaire et mener les Etats-Unis dans cette direction. Parce que ça doit être fait ici aussi: je suis d’accord à 100%."

Eric Guevara-Frey/oang

Publié le 07 mai 2013 à 09:53 - Modifié le 07 mai 2013 à 20:23

5,5 milliards de dollars récupérés

Grâce au programme d'auto-dénonciation que Dan Reeves a contribué à mettre sur pied, le gouvernement américain a récupéré 5 milliards et demi de dollars. Près de 40'000 fraudeurs du fisc ont voulu régulariser leur situation. Mais ce n'est que la pointe de la pointe de l'iceberg, prévient Dan Reeves.

Maintenant qu'il a quitté l'IRS, il poursuit son combat contre la fraude fiscale en collaborant notamment avec des ONG.