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Chypre trouve un accord avec l'UE et le FMI pour éviter la faillite

Le président chypriote Nicos Anastasiades, qui a négocié pied à pied pendant près de 12 heures à Bruxelles, s'est dit "satisfait" de l'issue des négociations.  [Sebastien Pirlet - Reuters]
Le président chypriote Nicos Anastasiades, qui a négocié pied à pied pendant près de 12 heures à Bruxelles, s'est dit "satisfait" de l'issue des négociations. [Sebastien Pirlet - Reuters]
Chypre a trouvé dans la nuit de dimanche à lundi un accord de dernière minute avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international pour éviter la faillite. Mais ses deux principales banques en paieront le prix fort.

Chypre a évité la banqueroute grâce à un plan de sauvetage de dernière minute avec l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) dans la nuit de dimanche à lundi.

Mais ses deux principales banques en paient lourdement le prix, ainsi que l'euro qui est tombé lundi à son plus bas niveau depuis quatre mois (lire ci-dessous).

Les banques du pays, fermées depuis le 16 mars rouvriront mardi, à l'exception de la Laïki Bank et de la Cyprus Bank qui font les frais de l'accord conclu dimanche à Bruxelles.

Prix à payer élevé

Le plan "se concentre sur les deux banques qui posent problème et la protection entière des dépôts dans toutes les banques", a souligné la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde.

Mais le prix à payer par Nicosie est très élevé. Laïki Bank (Popular Bank en anglais), la deuxième banque du pays, va être mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera scindée entre une "bad bank", entité résiduelle amenée à disparaître progressivement, et une "good bank", où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100.000 euros, qui bénéficient d'une garantie publique dans l'UE.

Cette mesure aura pour effet de réduire considérablement la taille du secteur bancaire chypriote, jugé surdimensionné par rapport à l'économie de l'île puisqu'il représente environ huit fois son Produit intérieur brut (PIB).

Ponction de 30%

Bank of Cyprus, la première banque chypriote, reprendra à terme les dépôts garantis de Laïki Bank. Elle reprendra aussi les dettes de celle-ci envers la Banque centrale européenne (BCE), qui s'élèvent à 9 milliards d'euros.

Les titulaires de comptes dépassant 100.000 euros auprès de la Bank of Cyprus vont aussi subir une ponction de l'ordre de 30% de leurs avoirs, a indiqué le porte-parole du gouvernement chypriote Christos Stylianides.

La Russie en soutien

La Russie s'est dite prête lundi à apporter sa contribution au nouveau plan de sauvetage de Chypre, qui risque de ponctionner lourdement les grandes fortunes placées sur l'île mais épargne les filiales locales des établissements financiers russes.

Le président a chargé son gouvernement d'élaborer "les conditions d'une restructuration du crédit" de 2,5 milliards de dollars, accordé par Moscou à Nicosie en 2011, comme le demande Chypre.

Cette réaction tranche avec la colère exprimée par le chef de l'Etat russe la semaine dernière après un premier accord conclu entre l'UE et Nicosie, élaboré sans concertation avec Moscou.

Accord "douloureux"

Le président chypriote Nicos Anastasiades a reconnu lundi soir que l'accord était "douloureux" mais a estimé que l'île méditerranéenne s'en remettrait, dans un discours télévisé.

Il a ajouté que sa mission avec les bailleurs de fonds internationaux avait été "une tâche extrêmement difficile avec un but unique: parvenir à sauver notre pays à travers la consolidation et la rationalisation de notre système bancaire".

agences/hof/olhor

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Cinquième pays à recevoir une aide

Chypre - Avec ce montant de 10 milliards d'euros, Chypre devient le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un plan d'aide international, après la Grèce, l'Irlande, le Portugal, et l'Espagne qui a reçu une aide ciblée de la zone euro pour son secteur bancaire.

Grèce - L'aide fournie pour éviter à la Grèce de sombrer dans la faillite atteint au total 380 milliards d'euros, sous forme de prêts, de sommes injectées directement et d'un effacement de dettes. Deux plans ont été accompagnés d'un programme draconien d'ajustement budgétaire, sous le contrôle de la troïka des bailleurs de fonds (UE, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

Irlande - L'Irlande est le deuxième pays, après la Grèce, à avoir conclu un plan d'aide avec l'UE et le FMI, en novembre 2010. Le déficit public avait atteint 32% du PIB, un naufrage consécutif à la bulle immobilière de 2008 qui a dévasté le secteur bancaire du pays. L'aide internationale de 85 milliards d'euros a été assortie de conditions draconiennes, auxquelles l'Irlande s'est pliée.

Portugal - Le Portugal a conclu avec l'UE et le FMI un plan de rigueur et de réformes en mai 2011 afin d'assainir ses finances publiques et de relancer l'économie, en contrepartie d'un prêt de 78 milliards d'euros. Le Portugal espère revenir rapidement sur les marchés de capitaux. Mais l'économie a plongé. Le PIB a chuté l'an dernier de 3,2%, soit la récession la plus grave depuis 1975.

Espagne - Madrid a réussi à échapper à un plan d'aide globale pour son économie, mais doit faire face à un important dérapage de ses finances publiques: selon les dernières prévisions de la Commission européenne, le pays devrait enregistrer un déficit public de 6,7% en 2013 et de 7,2% en 2014.

Replis boursiers après l'euphorie

Les principales Bourses d'Europe, ainsi que Wall Street, sont restées dans le vert lundi jusqu'à la mi-journée, les investisseurs étant soulagés après l'accord conclu dans la nuit entre Chypre et ses bailleurs de fonds internationaux évitant la faillite à l'île méditerranéenne. Avant d'enregistrer de nets replis.

La Bourse de Francfort a ainsi terminé en recul, après des propos du chef de file des ministres des Finances de la zone euro faisant craindre de nouvelles pertes aux investisseurs. La Bourse de Paris a aussi finalement fini en baisse lundi (-1,12%), craignant que les modalités du sauvetage de Chypre puissent être appliquées à d'autres pays. La Bourse de Londres a également clôturé en baisse de 0,22% lundi

Wall Street a de son côté aussi terminé en baisse une séance entamée dans le vert lundi: le Dow Jones a cédé 0,43% et le Nasdaq 0,30.

Sur le marché des changes, l'euro a accéléré sa chute lundi en fin d'après-midi, atteignant son plus bas niveau depuis fin novembre, les investisseurs craignant que le plan de sauvetage de Chypre ne fasse office de précédent, après des propos en ce sens du patron de l'Eurogroupe.

La monnaie unique a glissé à 1,2830 dollar vers 17H15 GMT, un plus bas depuis le 22 novembre. Elle a ensuite tempéré ses pertes et s'inscrivait à 1,2856 dollar vers 17H50 GMT.

Les banques vont rouvrir mardi

Toutes les banques, sauf les deux plus grandes, la Bank of Cyprus et la Laiki Bank, fermées depuis le 16 mars rouvriront mardi, a annoncé lundi soir l'agence de presse gouvernementale CNA.

La Bank of Cyprus et la Laiki Bank rouvriront jeudi afin de donner du temps aux responsables pour mettre en place les mesures imposées dans le cadre du plan de sauvetage de l'île, indique CNA, citant un responsable de la Banque centrale chypriote non identifié.