Modifié le 15 janvier 2011 à 21:05

L'usine historique de Fiat vote la péjoration

L'accord de Mirafiori arraché vendredi soir par Sergio Marchionne divise profondément la Péninsule.
L'accord de Mirafiori arraché vendredi soir par Sergio Marchionne divise profondément la Péninsule. [Giorgio Perottino - ]
 Les salariés de l'usine historique Mirafiori de Fiat à Turin ont approuvé l'accord durcissant leurs conditions de travail dont dépendait la survie du site et qui est considéré comme un tournant dans l'histoire sociale du pays. Le oui l'a emporté avec 54,05% des voix, selon le résultat définitif annoncé samedi matin à l'issue d'une nuit de dépouillement.

5119 salariés sur les 5431 de l'usine, soit 94,2%, ont participé à ce vote qui a démarré jeudi à 21H00 GMT et s'est achevé vendredi vers 19h30. Les employés auront joué un rôle décisif dans la victoire du oui alors que les ouvriers de la chaîne de montage ont eux plutôt voté non.

Pour Fiat, qui n'a pas encore réagi à ce résultat, l'adhésion est donc moins large que lors du référendum sur un accord similaire organisé en juin à l'usine de Pomigliano où le oui avait totalisé 62% des voix.

Un site emblématique de la marque

Le vote de Mirafiori a suscité plus de passions car l'usine est le coeur industriel de Fiat dans la ville où le groupe est né. A l'exception de la Fiom - branche métallurgie de la CGIL (gauche), premier syndicat du pays -, qui dénonçait un "chantage", tous les syndicats avaient signé cet accord le 23 décembre et appelé à voter oui.

Giovanni Centrella du syndicat UGL a salué le "sens des responsabilités" des salariés de Mirafiori qui a "sauvé des dizaines de milliers d'emplois" tandis que Giorgio Airaudo de la Fiom a en revanche rendu hommage au "grand courage" des ouvriers ayant dit non.

La pression des délocalisations

En échange de l'accord d'une majorité des salariés, Fiat s'est engagé à investir plus d'un milliard d'euros avec son partenaire américain Chrysler pour produire à Mirafiori jusqu'à 280'000 Jeep et Alfa Romeo par an. Si le non l'avait emporté, le groupe aurait produit ces véhicules aux Etats-Unis ou au Canada, et faute de nouveaux modèles, l'usine turinoise serait allée vers une fermeture assurée.

Cet accord, qui prévoit un contrat spécifique pour les ouvriers de Mirafiori qui ne dépendront donc plus de la convention collective de la métallurgie, est considéré comme un tournant sans précédent en Italie.

Les récalcitrants n'auront qu'à bien se tenir

Possibilité de faire tourner l'usine 24h/24 et jusqu'à six jours par semaine, réduction des pauses, triplement du nombre maximum d'heures supplémentaires à 120 par an, il durcit sensiblement les conditions de travail. Des sanctions sont en outre prévues en cas d'absentéisme "anormal" ou de grève contre l'accord.

Point très controversé, la Fiom ne pourra plus avoir de délégués dans l'usine car elle a refusé de signer. Mais les salaires augmenteront jusqu'à 3700 euros bruts par an grâce au travail de nuit et aux heures supplémentaires, ont fait valoir les syndicats signataires.

afp/jeh

Publié le 15 janvier 2011 à 10:36 - Modifié le 15 janvier 2011 à 21:05

Un fleuron de l'industrie italienne en débat

Soutenu par le gouvernement, le patronat et une partie de la gauche, l'accord de Mirafiori a fortement divisé la péninsule.

Signe de tension, des étoiles rouges, symbole des Brigades rouges, sont apparues ces derniers jours sur les murs de plusieurs villes du pays.

Le chef du gouvernement Silvio Berlusconi s'était engagé personnellement en faveur du oui, estimant qu'en cas de victoire du non, les entreprises "auraient de bonnes raisons d'aller dans d'autres pays".

Pour le patron de Fiat, Sergio Marchionne, qui veut faire de l'alliance Fiat-Chrysler un géant mondial de l'automobile, ce type d'accord est indispensable pour que les usines italiennes soient plus productives et arrêtent de perdre de l'argent.

Il en a fait une condition sine qua non à l'investissement de 20 milliards d'euros au total d'ici 2014 en Italie pour y doubler la production.