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Les sanctions contre la Russie affectent les entreprises suisses

Plusieurs entreprises suisses sont touchées par les sanctions économiques prises contre la Russie [RTS]
Plusieurs entreprises suisses sont touchées par les sanctions économiques prises contre la Russie / 19h30 / 2 min. / le 3 mars 2022
Les sanctions imposées par les Etats-Unis, par l'Europe et par la Suisse ont brusquement sectionné la plupart des liens économiques entre l'Occident et la Russie. Les entreprises suisses qui commercent avec la Russie commencent à réaliser l'impact de ces sanctions sur leurs affaires.

Depuis deux jours, le téléphone chauffe chez Margot Fromages, un exportateur de fromages basé à Yverdon-les-Bains (VD). La Russie était son premier marché. L'an dernier, il y a livré plus de 500 tonnes, - principalement de Gruyère -, soit environ 13% de ses ventes. Cette semaine, tout s'est arrêté. "Les capitaux ne peuvent plus sortir de Russie, donc ils ne peuvent plus nous acheter le fromage. Et pour eux, le prix du fromage s'envole, donc il y a un risque de défaut de paiement. Les gens n'ont plus les moyens d'acheter", explique Anthony Margot, le directeur de l'entreprise familiale.

La Russie a toujours été un grand client pour cette entreprise vaudoise. Anthony Margot, qui représente la 5e génération, se souvient que son grand-père racontait fièrement que l'entreprise livrait déjà le tsar il y a plus d'un siècle. Aujourd'hui, les sanctions sur le marché russe ont des conséquences immédiates. "Nous avons une vingtaine de fromageries accréditées pour exporter en Russie, donc on ne va pas pouvoir leur prendre leur stock produit spécifiquement pour ce marché. Cela aura aussi des conséquences pour l'emploi directement dans notre entreprise", craint Anthony Margot.

Blocages logistiques et défis financiers

A Mex (VD), chez le producteur de machines Bobst, leader mondial de l'emballage, l'impact a aussi été immédiat. Les nouvelles livraisons ainsi que les prestations d'entretien ou de réparation sont devenues un défi quasi inextricable: "Le problème est logistique. On ne pourra plus amener les pièces comme on le désire, ni acheminer les machines pour les installer. Tous nos logisticiens déclarent qu'il n'y a plus de capacité et d'ouverture des frontières", rapporte Jean-Pascal Bobst, directeur général de l'entreprise homonyme.

L'industrie pharmaceutique, qui représente la part la plus importante des exportations suisses vers la Russie, n'est pas concernée directement par les sanctions. Mais l'inquiétude tient plutôt dans l'aspect financier des échanges, depuis que les deux tiers environ des banques russes ont été exclues du système international de paiements bancaires Swift. Interrogé, le géant bâlois Roche dit "suivre de près l'évolution de la situation financière et mettre tout en oeuvre pour maintenir l'approvisionnement et la livraison dans le cadre des possibilités disponibles".

16e partenaire commercial

Les relations économiques entre la Suisse et la Russie remontent à plusieurs siècles. Mais les entreprises helvétiques fortement touchées restent minoritaires. En terme d'exportations, la Russie est le 16e partenaire commercial de la Suisse et concentre 1% des ventes helvétiques à l'étranger. Concernant les importations, elle est au 37e rang.

Selon l'Office fédéral des douanes, le volume des échanges commerciaux s'élevait à près de 4,8 milliards de francs en 2021. Sur près de 3,4 milliards de francs de produits exportés, la moitié environ sort des industries chimiques et pharmaceutiques.

Quant aux exportations des services en Russie, elles représentaient en 2018 environ 2,4 milliards de francs, contre 0,9 milliard d'importations.

Chambre de commerce suspendue

A Genève, la Chambre de commerce Suisse - Russie a dû suspendre ses activités. Créé en 2005 pour aider les entreprises suisses à investir en Russie, l'organisme ne reçoit désormais plus aucune demande: "Nous avons des membres actifs plutôt dans le domaine financier ou d'investissement. Toutes les activités économiques ayant été suspendues, nous n'avions plus le choix. Nous devions, nous aussi, suspendre nos activités jusqu'à nouvel ordre", regrette son président, Guy Mettan.

Feriel Mestiri et Nicolas Rossé

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