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Explosion inédite du nombre de demandeurs d’emploi dans tous les secteurs

Quels sont les secteurs touchés par la hausse du chômage en Suisse? (vidéo) [RTS]
Quels sont les secteurs touchés par la hausse du chômage en Suisse? (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 3 min. / le 4 mars 2021
Le frein économique dû au Covid a fait exploser le nombre de demandeurs d'emploi en Suisse. Pratiquement aucun secteur n'a été épargné et les jeunes se sont retrouvés en première ligne. Tous les détails d'une crise sans précédent sur nos graphiques.

Il n'a pas fallu attendre longtemps pour constater l'impact de la crise sanitaire sur le marché de l'emploi suisse. Dès le mois de mars 2020, le nombre de demandeurs d'emploi a immédiatement explosé. Il a ensuite évolué à un haut niveau au gré de l'évolution de la situation sanitaire et des mesures politiques.

Trois grands secteurs symbolisent les plus grandes difficultés: l'hôtellerie et la restauration, la construction et le transport. Tous les pans de l'économie n'ont cependant pas connu la même évolution ces 12 derniers mois.

Si l'hôtellerie et la restauration ont été éprouvées tout au long de l'année, avec une légère amélioration durant l'été et l'automne suivie d'un pic en décembre (+70%), la construction s'est fortement redressée. Elle ne comptait en janvier plus que 12% de demandeurs d'emploi en plus qu'à la même période un an plus tôt, contre les 50% de cet été. Une différence due à la possibilité de garder les chantiers ouverts dans tous les cantons lors de la deuxième vague, contrairement à la première.

Les chiffres issus des offices régionaux de placement indiquent cependant que la totalité des secteurs ont été durablement touchés, et sont restés à de très hauts niveaux mois après mois en 2020. La sous-catégorie où les ravages ont été les plus forts est celle des agences de voyages, avec +150% de demandeurs en fin d'année. A noter une exception: les organisations de jeux de hasard et d'argent, l'unique secteur dont le nombre de demandeurs d'emploi a légèrement baissé. (Voir graphique des détails des sous-secteurs en fin d'article)

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Gel des embauches

Cette croissance générale du nombre de demandeurs d'emploi s'explique par un double phénomène: des licenciements secs, mais surtout une grande prudence face à l'incertitude économique. C'est ce qu'a constaté Charles de Reyff, chef du service public de l'emploi dans le canton de Fribourg. "Il y a eu au printemps un gel à l'embauche et des licenciements quasi-immédiats des personnes en période d'essai pour limiter les dégâts", raconte-t-il. De nombreux contrats à durée déterminée n'ont ainsi pas été renouvelés.

Le recours massif au chômage technique (RHT), qui n’apparaît pas dans ces statistiques, a permis d’adoucir le choc. Malgré cela, le bouleversement sur le marché du travail reste du jamais vu. "C'est une crise inédite, surtout par la rapidité de son arrivée et la paralysie de l'économie d'un jour à l'autre", souligne Charles de Reyff.

Mais les chiffres du chômage, déjà en augmentation et au plus haut depuis 2010, pourraient continuer à grimper. C'est du moins la crainte des spécialistes. "Les licenciements risquent d'arriver dans les secteurs particulièrement malmenés comme l'hôtellerie, prévient Giovanni Ferro-Luzzi, professeur d’économie à l’Université de Genève et à la Haute École de gestion. "Dans les secteurs ayant le plus souffert, il risque d'y avoir des fermetures, et par conséquent des pertes d'emplois".

Les jeunes en première ligne

Les chiffres de l'emploi révèlent une autre caractéristique de cette crise: les plus jeunes ont été sévèrement touchés. Comparé à 2019, les 20-24 ans étaient 70% de plus à chercher un emploi en juin dernier. Au même moment, chez les 45-59 ans, l'augmentation tournait autour des 30%. Ces différences générationnelles ont cependant eu tendance à s'estomper à partir de l'automne.

"Les jeunes ont subi le plus fort contre-coup car ils arrivent souvent sur le marché du travail sans expérience", analyse Giovanni Ferro-Luzzi. "Aujourd'hui, ils font face à un marché du travail bloqué, car les recrutements sont rares, et ne peuvent donc pas développer leur première expérience", regrette-t-il.

Pour Charles de Reyff, les plus jeunes sont souvent les premiers licenciés en cas de crise, mais aussi parfois les premiers à être réengagés, ce qui lui fait espérer de les voir retrouver rapidement un emploi à la reprise.

Un marché du travail menacé, malgré la reprise

Si la majorité des courbes des demandeurs d'emploi semblent avoir amorcé une descente, les ombres au tableau sont encore nombreuses pour ces prochains mois.

D'une part, il existe le risque de voir des travailleurs bénéficiant actuellement des RHT venir gonfler les chiffres du chômage à la fin des mesures exceptionnelles. D'autre part, des employeurs s'apprêtent à faire les bilans de leurs masses salariales à la reprise, et potentiellement envisager de les réduire, en particulier dans les secteurs pour lesquels la normalité mettra le plus de temps à s'installer.

Marc Renfer & Marielle Savoy

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