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Charles Wyplosz: "Si je pouvais décider pour la BNS, je serais plus généreux"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Charles Wyplosz, professeur honoraire à la HEID à Genève. [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Charles Wyplosz, professeur honoraire à la HEID à Genève. / La Matinale / 10 min. / le 10 février 2021
La crise fragilise la sacro-sainte indépendance de la Banque nationale suisse. Ses milliards de bénéfices suscitent toujours davantage de convoitises. L’économiste Charles Wyplosz, qui vient de créer l'observatoire de la BNS, en est convaincu: elle pourrait se montrer encore plus généreuse.

Certes, la crise sanitaire coûtera cher à l'économie. Mais la Suisse est plutôt très bien lotie en comparaison à d'autres pays, comme le souligne Charles Wyplosz, professeur honoraire à la HEID à Genève. "La BNS est assise sur des réserves de près de 100 milliards de francs" et "la structure économique de la Suisse fait que notre pays souffre moins que d’autres", avance-t-il notamment au micro de La Matinale.

"Une situation historique"

Et si, pour faire face à la crise, la BNS a décidé de verser davantage d'argent aux cantons et à la Confédération, soit un montant maximal de 6 milliards de francs par an, l'économiste en est convaincu: elle pourrait en faire plus. "Si je pouvais décider pour la BNS, je serais plus généreux, car on vit une situation historique. Des épidémies comme celle-là, on en connaît qu'une fois tous les siècles. Le gouvernement central et les gouvernements cantonaux doivent dépenser beaucoup d’argent pour soutenir leurs citoyens et ce n’est pas fini", insiste-t-il.

Pourquoi notre banque centrale a de la peine à lâcher plus d’argent, alors qu'elle en aurait les moyens? Pour Charles Wyplosz, la raison vient de l’aspect massif de son portefeuille. "Depuis une dizaine d’années, notamment depuis la crise financière de 2008, la BNS est intervenue massivement sur les marchés des changes pour éviter une appréciation du franc". Elle possède donc des choses qui sont essentiellement en euro et en dollar américain. "Par conséquent, quand il y a des mouvements sur le taux de change, elle peut aussi subir des pertes extraordinaires", poursuit-il.

Un observatoire de la BNS pour relancer le débat

Avec deux autres économistes suisses, Charles Wyplosz vient de créer un observatoire de la BNS. Son but? Relancer le débat public autour de cette institution et de ses décisions.

"L'idée n'est pas du tout de mettre la pression sur la BNS, dont la réputation est impeccable. Mais nous étions frustrés du manque de discussions autour des questions sur les politiques monétaires, qui sont très compliquées à comprendre pour le commun des mortels. Il est donc difficile d’engager un débat là-dessus", explique-t-il. "Et ce, alors que le travail de la BNS a un impact quotidien sur la vie des gens. En général, elle le fait bien, mais tout le monde peut faire des erreurs. C’est donc sain pour un pays et pour la BNS que ces choses soient discutées".

Et en ce qui concerne l'avenir, et plus particulièrement la sortie de crise pour la Suisse, Charles Wyplosz se veut plutôt confiant. "Tout dépendra des décisions publiques qui seront prises prochainement", confie-t-il.

Mais pour lui, la structure économique de la Suisse fait qu’elle souffre moins que d’autres pays. "Par exemple, la disparition du tourisme a un coût pour notre pays, mais c’est plus faible que pour la Grèce qui vit essentiellement de ça. La Suisse peut par exemple se rattraper avec son industrie pharmaceutique".

Propos recueillis par David Berger

Adaptation web par Fabien Grenon

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