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La fuite de grands groupes pousse le "made in China" à se réinventer

En crise, le "made in China" doit se renouveler. [STR - AFP]
En crise, le "Made in China" doit se renouveler / La Matinale / 1 min. / le 11 août 2020
Le groupe Samsung a annoncé la semaine dernière qu'il ne ferait plus fabriquer ses ordinateurs en Chine. La décision du géant technologique sud-coréen ne fait que refléter une tendance plus générale: les défis renouvelés du "made in China".

Le "made in China" avait d'abord dû se réinventer face aux prix de production ultra-concurrentiels des pays du Sud-Est asiatique. La Chine avait alors concentré sa manufacture sur des produits plus spécialisés, comme l'automobile.

Les tensions accrues entre Pékin et Washington et l'imposition de barrières tarifaires ont ensuite compliqué l'affaire, incitant plusieurs grands groupes étrangers à se détourner des usines chinoises. Et à ces deux difficultés une troisième s'est ajoutée: la pandémie du coronavirus, qui pousse de nombreux Etats à surmonter leur dépendance à la manufacture chinoise.

A l'image du Japon, qui prévoit une enveloppe de quelque 2 milliards de francs pour soutenir les entreprises qui rapatrient leurs usines ou les déplacent vers un autre pays.

Croissance revue à la baisse

Pour Alexandre Kateb, économiste et fondateur du site Multipolarity Report, le départ d'entreprises étrangères renvoie à un autre défi que celui, pour la Chine, de conserver sa puissance manufacturière.

"Le risque d'être coupé des dernières innovations que peuvent apporter ces entreprises et c'est là où réside aujourd'hui tout l'enjeu pour les autorités chinoises. De développer une capacité d'innovation endogène qui permettra au pays de se passer dans une large mesure de ces technologies importées, voire de devenir exportateur de technologies, comme c'est déjà le cas dans certains segments comme la 5G par exemple", explique l'expert.

Un défi qui s'ajoute à celui que partagent de nombreux pays: une croissance économique drastiquement revue à la baisse, la faute à la pandémie.

"Un modèle du passé"

"Tel qu'on l'a connu jusqu'à maintenant, le 'made in China' est un modèle du passé", indique pour sa part Mary-Françoise Renard, spécialiste de l'économie chinoise. "Il était fondé sur une main d'oeuvre très bon marché et cela a changé depuis 2005 environ. La Chine est obligée de faire évoluer la structure de son économie. La production de biens très bon marché, plutôt bas de gamme, c'est presque terminé", assure-t-elle dans La Matinale.

Mary-Françoise Renard affirme que le "made in China" a monté en gamme. "On a des produits qui sont de bien meilleure qualité. Cela se traduit aussi par une orientation vers le marché intérieur. La Chine veut étendre son marché domestique, comme les salaires ont augmenté et qu'il y a un développement de la classe moyenne. La stratégie pourrait se résumer à s'orienter vers le marché intérieur et monter fortement en gamme pour que la technologie devienne chinoise et que la Chine n'ait plus à payer le reste du monde pour cela."

>> L'interview de Mary-Françoise Renard dans La Matinale:

Une employée de l'usine Everwin, en Chine, qui produit des éléments pour Apple, Samsung, etc... [EPA-EFE / Aleksandar Plavevski - Keystone]EPA-EFE / Aleksandar Plavevski - Keystone
Quel avenir pour le "Made in China"? Interview de la chercheuse Mary-Françoise Renard / La Matinale / 6 min. / le 11 août 2020

ks/gma

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