Modifié le 19 mai 2020 à 11:35

Les carburants solaires entrent dans le radar des compagnies aériennes pour décarboner l'aviation

Synhelion et ses technologies de carburants solaires consacrés par le groupe Lufthansa
Synhelion et ses technologies de carburants solaires consacrés par le groupe Lufthansa 19h30 / 3 min. / le 18 mai 2020
Le groupe Lufthansa vient de conclure un partenariat avec le développeur suisse de carburants solaires Synhelion. La spin-off suisse produira un carburant qui émet 50% de moins de CO2 dès 2022 et prévoit de commercialiser un carburant 100% renouvelable en 2030.

"On a vraiment là quelque chose qui démontre de façon solide qu'il y a un intérêt pour ce que l'on fait. De l'intérêt même pour acheter le produit", se félicite Gianluca Ambrosetti. Pour le directeur de Synhelion, le partenariat conclu avec Lufthansa et Swiss marque l'arrivée d'un véritable client, et non des moindres, pour les carburants renouvelables que l'entreprise entend produire à échelle industrielle.

Issue de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, Synhelion développe une technologie utilisant la chaleur solaire pour casser des molécules de CO2 et d'eau injectés dans un réacteur pour en reconstruire un carburant synthétique. En brûlant dans un réacteur d'avion par exemple, ce carburant n'émettra que le CO2 capturé dans l'air lors de sa fabrication. Un carburant 100% renouvelable.

>> Les explications de Pascal Jeannerat dans le 19h30:

Pascal Jeannerat: "Le carburant 50% renouvelable est deux fois plus cher que le carburant normal."
19h30 - Publié le 18 mai 2020

Stratégie en deux temps

L'entreprise entend développer sa production à échelle industrielle d'ici 2030. Le rendement des réacteurs doit encore être optimisé. Il dépasse aujourd'hui les 6% et devrait atteindre 15 à 20% pour les nouveaux prototypes en cours de conception.

Mais Synhelion a récemment décidé d'accélérer son arrivée sur le marché. Elle développe désormais en parallèle la production d'un carburant à base de gaz naturel fossile. Par "reforming" solaire, le gaz serait enrichi d'énergie et transformé en carburant liquide. Son utilisation permettra de réduire de 50% les émissions de CO2 d'un avion par rapport au kérosène d'origine pétrolière.

Ambition

"La première installation commerciale en 2024 sera un parc solaire de 25'000 mètres carrés, qui pourra produire 5000 tonnes de carburant par année", dévoile Philipp Good, responsable de la recherche chez Synhelion. 

Pour Gianluca Ambrosetti, un tel recours aux ressources fossiles, même partiel, n'a rien d'une compromission: "Nous pensons qu'une solution 50% dans deux ans, c'est quelque chose de très important: pas seulement pour nous, pour arriver rapidement sur le marché, mais aussi pour résoudre rapidement le problème!"

Voler sans CO2

La solution des carburants renouvelables s'impose de plus en plus clairement pour la décarbonation du secteur aérien. Le potentiel de production dépasse de loin les seuls besoins de l'aviation. Outre la voie thermochimique suivie par Synhelion, des chercheurs misent sur la photochimie comme à l'EPFL notamment. Autre solution, la fabrication de carburants issus d'hydrogène obtenu à base de courant électrique solaire ou éolien.

La conception d'avions électriques se heurte toujours au problème du poids des batteries ou des réservoirs d'hydrogènes qu'il faudrait embarquer, surtout pour des avions de grande taille et à grand rayon d'action. Mais des solutions hybrides sont en cours de conception.

Pascal Jeannerat/fme

Publié le 18 mai 2020 à 20:55 - Modifié le 19 mai 2020 à 11:35

Un immense potentiel

Une étude publiée en février dernier estime le potentiel de production mondiale de carburant solaire par méthode thermochimique sur les territoires adaptés. Les régions désertiques proches de l'équateur sont les plus propices. Selon Christoph Falter, auteur de l'étude et chercheur à l'institut Bauhaus-Luftfahrt, l'Australie à elle seule pourrait produire un volume de carburant solaire équivalent à "20 fois la consommation mondiale actuelle de l'aviation à un coût situé entre 1,86 et 1,91 euro par litre."