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Les chiffres du chômage partiel interrogent la question frontalière

Partout en Suisse, les commerces de textiles ont dû fermer boutique. [Urs Flueeler - keystone]
Partout en Suisse, les commerces de textiles ont dû fermer boutique. [Urs Flueeler - keystone]
Dévoilés pour la première fois, les chiffres intermédiaires globaux du chômage partiel placent le Tessin, Bâle-Ville, le Jura et Neuchâtel en tête des cantons les plus touchés. Par branche, l'industrie du textile est la plus frappée avec 77,1% des employés en annonce préalable fin avril.

Un total de 1'903'184 employés font l'objet de demande préalable d'indemnités pour réduction de l'horaire de travail (RHT) validées par les offices cantonaux au 28 avril 2020. Cela représente 36,7% de l’ensemble des actifs suisses.

Selon une étude de l'Université de Bâle, consacrée aux effets du coronavirus sur l'emploi en Suisse, les économies jurassienne, neuchâteloise et bâloise figurent parmi les mieux armées pour affronter les mesures de confinement. Pourtant, ce sont elles qui affichent actuellement les plus forts taux d'annonces préalables pour le chômage partiel, derrière le Tessin. Une surprise, admet le professeur Kurt Schmidheiny, coauteur de l'étude.

Les cantons dont le marché du travail affiche une plus forte compatibilité avec le télétravail ou dont les emplois contraignent peu à la promiscuité souffrent donc d'autres facteurs poussant les employeurs à recourir à la réduction de l'horaire de travail.

Frontaliers premiers touchés?

Dans le cas de Bâle-Ville, la présence de gros employeurs du commerce de détail déposant dans le canton des demandes pour les employés de l’ensemble de leurs filiales suisses n’est qu’une partie de l’explication, selon Kurt Schmidheiny. Les autres cantons fortement touchés sont tous des cantons à forte proportion d’actifs frontaliers (Tessin 34%, Jura 25%, Neuchâtel 16% mais aussi Genève avec 30% de frontaliers parmi les actifs). Mais ce n’est pas, prévient le chercheur, en raison d’une plus forte représentation de ce personnel parmi les professions vulnérables au confinement qu'il faut chercher la réponse.

L’accès au lieu de travail à travers la frontière est un élément d’explication, estime Kurt Schmidheiny. Au Tessin, l’entrée a été limitée aux frontaliers actifs dans les secteurs de première nécessité. De plus, "la proximité avec un pays comme l'Italie ou la France, où le Covid-19 a poussé le système sanitaire à ses limites, a probablement rendu employés et employeurs plus sensibles aux risques de la pandémie et fait observer le confinement de manière plus stricte", analyse le scientifique.

Les employeurs suisses auraient-ils mis en première ligne leurs employés frontaliers plutôt que les résidents face à la nécessité du chômage partiel? En raison par exemple de leur éloignement du lieu de travail ou du confinement strict imposé sur territoire français? Peut-être, mais aucun élément ne permet de le vérifier, répond Kurt Schmidheiny, le statut de frontalier ne figurant pas sur les formulaires d'annonce préalable.

Poids de l'horlogerie

Dans le cas du Jura et de Neuchâtel plus spécifiquement, les secteurs de l'horlogerie, pourtant structurellement peu vulnérable aux contraintes de confinement, ont peut-être pris des mesures de précaution face à un marché global sinistré et "réduit drastiquement la production de manière anticipatoire", avance Kurt Schmidheiny.

La manière de ressentir la situation joue également un rôle. "A proximité de l'Allemagne ou de l'Autriche, la perception de la crise est moins dramatique", analyse Kurt Schmidheiny. Il relève également les fortes disparités cantonales dans le secteur de la construction. "A Genève, 90% des actifs de la branche sont annoncés demandeurs de RHT, contre 51,5% en moyenne Suisse".

Pascal Jeannerat /fme

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