Modifié le 13 mars 2020 à 11:42

Face au coronavirus, les entreprises se mettent au télétravail

Le Conseil fédéral recommande aux entreprises, pendant l'épidémie, d'introduire le télétravail.
Le Conseil fédéral recommande aux entreprises, pendant l'épidémie, d'introduire le télétravail. [Chrisitan Beutler - Keystone]
Au-delà du slogan, le télétravail en Suisse est encore loin d’être efficient dans une majorité d’entreprises suisses. Tour d’horizon, alors que le travail à distance est prôné pour ralentir l’épidémie de coronavirus.

Pour réduire la propagation du virus, l'assureur Axa recommande à tous ses employés qui le peuvent de travailler depuis la maison. Idem chez Nestlé, où certains départements pourraient même "opter pour un système de rotation d’équipe".

Toutes les entreprises suisses sont encouragées par les autorités à favoriser le télétravail. Mais il faut l’avouer: à part les grandes entreprises, les PME n’étaient jusqu’ici pas très portées sur le travail à distance. Elles doivent désormais rattraper leur retard.

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Vitesse supérieure

Dans la finance par exemple, les banques, qui sont inquiètes pour leurs données sensibles, étaient particulièrement fermées au télétravail. "Elles allaient au-delà de ce qui était nécessaire pour s’assurer le maximum de sécurité", selon Denise Chervet, directrice de l’association suisses des employés de banque.

Or elle remarque un réel changement depuis deux semaines. "Les établissements revoient leurs exigences à la baisse et sollicitent leur service informatique pour que les employés puissent travailler depuis chez eux", constate-t-elle.

Ce coup d’accélérateur en faveur du télétravail, Pragmatic le remarque également. La société basée à Genève offre du conseil en matière de risque et de résilience. Selon son co-fondateur, Vincent Ottinger, ils sont particulièrement sollicités ces derniers jours pour aider des entreprises à développer le télétravail.

"Tout le monde est en train de prendre conscience qu’il est urgent de s’y mettre… celles qui ne l’ont pas fait maintenant vont devoir le faire dans les semaines qui arrivent".

Peu de télétravail

Et il ne suffit pas de donner un ordinateur portable à ses employés. "Tout doit être testé. Si on ne teste pas une solution, elle n’est pas efficace. Soit la personne n’a pas les bons mots de passe. Soit elle n’est pas équipée d’un bureau ou elle n’a pas internet. Si elle doit se rendre dans un cybercafé, parce qu’elle ne peut pas aller dans l’entreprise, ça n’a aucun sens."

Les entreprises suisses ont donc du pain sur la planche. Jusqu’ici, plus du trois quarts des employés ne faisaient pas de télétravail en Suisse. Ils étaient à peine 10% à en faire régulièrement.

L’administration publique, notamment, est plutôt en retard dans ce domaine.  Alors l’État de Fribourg, la semaine dernière, puis l’État de Vaud, jeudi, ont annoncé qu’ils allaient faciliter ou même généraliser le télétravail pour ceux qui le peuvent.

Mais les annonces ne suffisent pas. Un employé de la ville de Lausanne témoigne, sous couvert d’anonymat, que la municipalité autorise le télétravail…. Mais que son supérieur hiérarchique, réfractaire, lui refuse toujours le feu vert.

Les mentalités restent en effet le frein le plus important au télétravail, selon Mehdi Guessous, directeur adjoint pour la Suisse romande de Vicario Consulting: "Tout est prêt pour le télétravail (dans les entreprises). Ce qui retient de le faire, c’est surtout l’aspect sociétal: en tant que cadre, j’ai besoin de voir mes collaborateurs pour avoir le sentiment de contrôler leur travail, alors que c’est vraiment un sentiment. En tant qu’individu, j’ai peut-être besoin de me retrouver au sein d’une équipe, qui favorise notre instinct grégaire, d’avoir des soupapes, de pouvoir échanger avec des collègues, d’avoir une certaine dynamique."

Le moment d'évoluer

Mais ces codes, très ancrés, pourraient finir par bouger.

"Je pense qu’il y a des enseignements qui vont être tirés. Des employeurs qui n’imaginaient pas permettre le télétravail ont vu que c’était possible et voir même que ça fonctionne, ils vont tirer des conclusions que cela fonctionne, peut-être même mieux que si les personnes viennent au travail."

Le virus, comme accélérateur du changement.

>> Réécouter l'émission On en Parle consacrée au droit au travail en temps de coronavirus:

Jean Christophe Schwaab, juriste spécialisé en droit du travail et ancien conseiller national.
- RTS
On en parle - Publié le 03 mars 2020

Sandrine Hochstrasser/pwa

Publié le 13 mars 2020 à 11:04 - Modifié le 13 mars 2020 à 11:42

Éviter les virus pendant le virus

Le télétravail n’est pas entré dans les mœurs de toutes les entreprises suisses. Seuls 20% des employés avaient travaillé à distance en 2018.

Ces prochains jours, certaines entreprises devront donc mettre en place rapidement des outils de télétravail pour assurer leur continuité durant l’épidémie.

L’entreprise court des risques si elle "improvise" son télétravail. Ces ordinateurs professionnels qui se baladent loin des réseaux sécurisés sont autant de cibles pour les hackers.

"Lorsque les utilisateurs ne sont pas correctement sensibilisés sur les risques liés au télétravail, comme limiter l’accès physique aux ordinateurs, le risque d’incidents et d’attaques augmente rapidement", prévient Steven Meyer, directeur de ZENData Cyber-Sécurité.

Une brèche peut simplement venir directement du wifi de l’employé. Il s’agit dans un premier temps de s’assurer que le mot de passe du réseau soit fort, avec au minimum 8 caractères et un mélange de lettres, nombres et symboles, en évitant les phrases. Les réseaux wifi publics représentent également un danger de piratage.

Dans certains cas, on peut par exemple restreindre les accès sachant que les employés ne travaillent pas dans un environnement sécurisé.