Modifié le 15 février 2020 à 07:47

Le coronavirus pourrait aggraver la pénurie des médicaments en Suisse

La crise du coronavirus cause de nouvelles alertes économiques. Elles portent cette fois sur la production pharmaceutique.
La crise du coronavirus cause de nouvelles alertes économiques. Elles portent cette fois sur la production pharmaceutique. 19h30 / 2 min. / le 14 février 2020
Les médicaments génériques qui approvisionnent la Suisse dépendent largement des principes actifs chinois. L'épidémie du coronavirus pourrait donc aggraver les pénuries de médicaments déjà existantes. Les laboratoires suisses disent avoir assez de stocks.

L'économie suisse est dans l'expectative. Si l'usine du monde continue de tourner au ralenti, les conséquences pourraient se faire ressentir pour les entreprises qui ont délocalisé tout ou partie de leur production en Chine.

Presque tous les secteurs sont touchés. Mais celui de la pharma soulève une problématique hautement plus sérieuse: celle de l'approvisionnement en médicaments.

Ces dernières décennies, les industries pharmaceutiques ont délocalisé de nombreuses activités en Asie. Selon la Fédération française des industriels du médicament (Leem), l'Inde et la Chine accaparent entre 60% et 80% de la production mondiale des principes actifs. Soit la matière première des médicaments - surtout des génériques.

Des retards à prévoir

Quelles conséquences pourraient alors avoir ces usines chinoises qui sont à l'arrêt, ou presque? Difficile d'obtenir des réponses précises.

L'office fédéral de l'approvisionnement économique (OFAE) affirme que les pénuries dépendront de la durée des interruptions de production en Chine. "L'expérience passée avec des ruptures d'approvisionnement des fournisseurs chinois de principes actifs montre qu'il faut s'attendre à des retards de plusieurs semaines à plusieurs mois. Leur portée dépend des stocks des producteurs des différents principes actifs", affirme Regula Rutz, responsable de communication de l'office.

Les entreprises pharmaceutiques ont l'obligation d'annoncer à l'OFAE les pénuries à venir. Or, à ce jour, il n'a reçu aucun rapport concret et ne dispose pas d'informations sur les volumes de stockage exacts en Chine.

Des stocks "suffisants"

Chez Merck, qui emploie 4000 personnes en Chine, on considère qu'il est trop tôt pour estimer "l'impact potentiel sur notre chaîne d'approvisionnement mondial".

Du côté des deux géants Novartis et Roche, on ne prévoit pas d'interruption de la chaîne d'approvisionnement: "Nous sommes convaincus que notre stock existant est suffisant pour couvrir les besoins de production et de distribution pour le moment", écrit un porte-parole de Novartis.

Même réponse chez Roche, qui affirme obtenir un principe actif de Chine. "Nous pouvons répondre à la demande avec les stocks existants et avons également la possibilité de nous approvisionner depuis un autre endroit en dehors de la Chine".

Circulez, il n'y a rien à voir. Sauf que du côté des pharmaciens, l'inquiétude se fait grandissante. Surtout dans un contexte où les pénuries s'intensifient d'année en année.

>> Lire à ce sujet: En Suisse, la pénurie de médicaments inquiète sérieusement

Effet à retardement

"Même sans la crise du coronavirus, les pénuries se sont multipliées ces dernières années. Cette situation pourrait bientôt être massivement exacerbée", affirme Patrick Fehlmann, porte-parole de Galenica, le plus grand distributeur de médicaments en Suisse.

Selon lui, la pénurie de médicaments directement liée au coronavirus ne s'est pas encore fait ressentir. "Les difficultés de production auront un effet dans quelques semaines ou quelques mois."

Opacité problématique

Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), on déplore l'opacité qui règne face au risque d'escalade d'une situation de pénurie déjà problématique: "On a beaucoup de peine à savoir quels médicaments seront touchés en premier", s'inquiète Pascal Bonnabry, le pharmacien-chef des HUG.

Il dit avoir contacté les industries pharmaceutiques, sans avoir réussi à obtenir des informations. "Les autorités suisses ne nous en donnent pas beaucoup plus. On nous dit qu'il n'y a pas de problème, qu'on a des réserves nationales, mais faites quand même un peu de réserves", rapporte-t-il.

Un véritable jeu d'équilibriste se met alors en place. Il faut optimiser le niveau des stocks pour les produits à risque, sans les augmenter drastiquement, au risque de générer par ce processus des pénuries sur le marché suisse.

Sur les quelque 2000 médicaments que les HUG ont en stock, le pharmacien va donc augmenter les réserves de "quelques centaines de médicaments", notamment dans la catégorie des antibiotiques et des anticancéreux.

Feriel Mestiri

Publié le 14 février 2020 à 21:15 - Modifié le 15 février 2020 à 07:47

La barre des 1500 morts dépassée en Chine

L'épidémie de nouveau coronavirus a fait 139 morts supplémentaires dans la province du Hubei, la plus fortement touchée, et quatre décès ont été constatés ailleurs. Ce qui porte le bilan pour l'ensemble de la Chine à 1523 décès, ont annoncé samedi les autorités.

Au total, le nombre des cas d'infection dépasse quant à lui les 66'000 en Chine dont au moins 1716 parmi les médecins et infirmiers travaillant au contact des malades, selon la Commission nationale de la santé, qui fait office de ministère.