Modifié le 16 janvier 2020 à 12:20

La taxe de séjour perçue par Airbnb, un gain bienvenu pour les cantons

Airbnb publie les bénéfices qu'il génère grâce à la taxe touristique
Airbnb publie les bénéfices qu'il génère grâce à la taxe touristique L'actu en vidéo / 1 min. / le 16 janvier 2020
La plateforme de location Airbnb et l'Union fribourgeoise du tourisme ont annoncé mercredi avoir conclu une convention sur la taxe de séjour dans le canton. En Suisse, seuls sept cantons possèdent un tel accord, pour un gain annuel qui s'élève à plusieurs centaines de milliers de francs.

Pierre-Alain Morard avait le sourire mercredi matin. Dès le 1er février, Airbnb percevra automatiquement la taxe de séjour lors de la réservation d'un logement dans le canton de Fribourg et la reversera à l'Union fribourgeoise du tourisme (UFT). "Cet accord est l'aboutissement d'une négociation de près de deux ans. On aura dorénavant une égalité de traitement vis-à-vis de l'ensemble des hébergeurs, c'est le plus important", confiait le directeur de l'UFT.

A l'exemple de Fribourg, qui comptait quelque 560 hébergements sur la plateforme en 2019, Airbnb a déjà conclu des conventions similaires avec six autres cantons suisses: Lucerne, Zurich, Bâle-Campagne, Bâle-Ville, Zoug et Schaffhouse. Les sommes engrangées par ce biais peuvent être intéressantes pour les autorités et les organisations touristiques.

Si Lucerne est dans l'impossibilité de communiquer des chiffres, l'accord étant entré en vigueur le 1er janvier, Bâle-Ville indique avoir touché environ 400'000 francs l'an dernier. "Cela représente 7% de l'ensemble des taxes de séjour prélevées sur l'année. Il s'agit donc d'une somme non-négligeable", précise Daniel Egloff, directeur de Bâle Tourisme.

Le canton de Bâle-Campagne évalue quant à lui ses gains à 100'000 francs et Schaffhouse à 15'000 francs. Contacté par la RTS, le canton de Zurich ne souhaite quant à lui dévoiler aucun montant.

Un potentiel de 500'000 francs à Genève

Destination prisée, Genève entend aussi récupérer sa part du gâteau. Le canton vient d'ailleurs de modifier sa loi sur le tourisme afin d'entamer des négociations avec Airbnb. Depuis le 1er janvier, une taxe de séjour à tarif unique est prélevée par nuitée.

Pour le conseiller d'Etat PLR Pierre Maudet, à l'origine de cette modification législative, les rentrées d'argent seraient non-négligeables: "A Genève, un peu plus de 4000 logements sont concernés. Si on multiplie ce nombre par les 90 jours maximaux de location, on est sur un potentiel de 500'000 francs de recettes supplémentaires, réinvestis dans les infrastructures touristiques. Mais l'objectif principal est d'instaurer une concurrence loyale entre Airbnb et les hôteliers".

Tensions persistantes

Un rapport de la firme californienne chiffre à 900'000 le nombre de voyageurs ayant séjourné dans le pays avec Airbnb en 2018. Au total, cela représente trois millions de nuitées parmi les 50'000 objets à louer, selon les estimations de l'Observatoire valaisan du tourisme. Avec seulement sept cantons concernés, la Suisse possède encore une grande marge de manoeuvre pour gonfler ses recettes. En France, ce sont 62 millions de francs qui ont été reversés aux communes l'an dernier.

Les relations entre les collectivités locales et Airbnb pourraient-elles totalement s'apaiser grâce à ces accords sur la taxe de séjour? Pas si sûr. La firme californienne cristallise toujours de nombreuses colères, notamment à cause du manque à gagner au niveau fiscal pour les autorités. Lorsqu'un utilisateur loue un bien via la plateforme, il effectue une sous-location et est tenu de déclarer la somme perçue comme un gain. Rares sont cependant ceux qui le font réellement. Et c'est sans compter sur la pression induite par Airbnb sur les prix de l'immobilier. Aux Etats-Unis, chaque fois que son offre en location augmente de 10% dans une ville, les prix du marché locatif grimpent de 1%, selon une récente étude.

>> Ecouter l'analyse de Delphine Gianora dans le 19h30:

Delphine Gianora : "Airbnb contribue à l'augmentation des loyers."
19h30 - Publié le 15 janvier 2020

En Europe, un front anti-Airbnb s'organise. La ville espagnole de Palma de Majorque a carrément interdit la location de logements à des touristes, alors que d'autres, parmi lesquelles Paris, Berlin et Barcelone, appellent l'Union européenne à une réglementation stricte des plateformes de logements.

Delphine Gianora, Kevin Gertsch

Publié le 15 janvier 2020 à 20:39 - Modifié le 16 janvier 2020 à 12:20