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Une banque fictive a permis à Swiss Space Systems de duper son réseau

Une garantie bancaire fictive mise au jour dans l'affaire S3 [RTS]
Une garantie bancaire fictive mise au jour dans l'affaire S3 / 19h30 / 2 min. / le 4 décembre 2019
La société Swiss Space Systems (S3), aujourd'hui en faillite, serait parvenue à tromper la justice vaudoise et ses partenaires d'affaires en inventant une banque fictive, révèle mercredi 24 Heures.

Aujourd'hui disparue, S3 devait développer, construire et exploiter des navettes suborbitales pour le déploiement de micro-satellites. L'entreprise fondée à Payerne (VD) aurait eu recours à une fausse banque qui lui aurait fourni en 2016 les garanties de 30 millions de francs pour poursuivre ses activités alors qu'elle était surendettée, dévoile l'enquête de 24 Heures, qui a pu avoir accès à une fuite de données.

Autrefois soutenue par les cantons de Vaud et Fribourg et des personnalités, la start-up aurait ainsi trompé la justice, ses partenaires et le registre du commerce, dans lequel figure le nom de la banque providentielle, Axios Credit Bank.

"Le registre du commerce n'a pas le pouvoir de vérifier l'existence d'un institut bancaire, en l'occurrence d'un établissement émetteur d'une garantie bancaire dont le siège annoncé était à Singapour", assure mercredi au 19h30 Eric Kaltenrieder, président du Tribunal cantonal vaudois.

Incohérences faciles à déceler

Internet regorge de banques bidons. Pour Steven Meyer, spécialiste en intelligence économique chez ZENData, une recherche simple aurait permis de déceler l'arnaque.

"On a vu que la banque était hébergée sur un serveur où il y avait beaucoup d'autres institutions financières, et qu'il y avait des incohérences, par exemple entre le nom d'une banque, qui se disait suisse, et son lieu de résidence, la Nouvelle-Zélande", explique-t-il. "En creusant, on a vu qu'Axios Credit Bank n'avait qu'un seul employé, qui avait 53 contacts. Cela ne paraît pas raisonnable pour une structure qui peut prêter plus de 30 millions."

Administrateurs pointés du doigt

Pour l’ordre judiciaire vaudois, la responsabilité de cette fraude incombe aux administrateurs qui n’ont pas vérifié qui se trouvait derrière la banque fictive.

"Lorsqu'une société veut procéder à une augmentation de son capital social, le conseil d'administration doit établir un rapport écrit, qui doit être transmis ensuite à un réviseur agréé, qui va vérifier que le rapport est complet et exact", détaille Eric Kaltenrieder.

Mise en faillite en 2017, la saga S3 s'est soldée par une dette à hauteur de 32 millions de francs.

Sujet TV: Philippe Lugassy

Texte web: Alexia Nichele

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