Modifié le 16 septembre 2019 à 22:17

Un industriel allemand copie sans scrupules les voitures suisses Microlino

C’est la seule marque automobile suisse, Microlino, une toute petite voiture électrique conçue par un fabricant de trottinettes.
C’est la seule marque automobile suisse, Microlino, une toute petite voiture électrique conçue par un fabricant de trottinettes. TTC / 6 min. / le 16 septembre 2019
Un puissant industriel allemand s'est approprié le concept de la Microlino, une voiturette suisse. L'entreprise zurichoise à l'origine du véhicule électrique se dit choquée alors que l'homme tente de le commercialiser.

Avec son unique porte frontale et ses rétroviseurs qui font office de phares, difficile de passer à côté de la Microlino. Cette voiture a été inventée à Küsnacht, tout près de Zurich.

La voiturette électrique est le fruit du travail de Merlin et d'Oliver Ouboter, deux frères qui se battent depuis quatre ans pour faire vivre leur projet. "C'est très facile à conduire. Comme la voiture est toute petite, elle passe partout et elle peut se parquer très facilement", explique Oliver Ouboter lundi dans l'émission TTC.

La Microlino, qui comptabilise 15'000 réservations, ne roule toutefois pas encore sur les routes. En effet, depuis 10 mois, le conte de fée industriel autour de la seule marque automobile suisse vire au cauchemar.

Délocalisé en Allemagne

Au coeur du problème se trouve l'industriel allemand Klaus Dieter Frers. Celui-ci a racheté en novembre dernier une filiale du groupe industriel italien Tazzari. Cette société, qui porte le nom de TMI, était responsable de la production de la Microlino. Tout s'est passé sans que les Suisses ne soient mis au courant.

"Chez TMI en Italie, ils avaient déjà mis sur pied une petite ligne de production avant que nous apprenions la nouvelle du rachat. Dans les jours suivants, tout le matériel a été envoyé en Allemagne par camions. Les voitures elles-mêmes, mais aussi toutes les machines. En fait, un mois avant le lancement prévu de notre production, tout a été déplacé d'Italie en Allemagne", explique Oliver Ouboter.

Dans le contrat liant le fabricant TMI et les Zurichois de Microlino, il n'existait aucune clause en cas de changement de contrôle de la société italienne. L'industriel allemand – à la tête de deux sociétés cotées en bourse et d'une marque automobile de sport – a donc pu faire main basse en toute légalité sur les voiturettes des Zurichois.

La Karolino, copie conforme

Klaus Dieter Frers ne s'est pas arrêté là. Quelques jours après l'acquisition, il a annoncé qu'il commercialiserait lui aussi la voiture, sous le nom de Karolino. Une copie exacte de la Microlino, mais avec... trois lettres différentes.

Oliver Ouboter.

Je suis choqué. Cette nouvelle voiture a été annoncée sans notre accord.

Oliver Ouboter, cofondateur de la Microlino

Depuis le début de leurs déboires, les frères Ouboter ont dépensé plus de 150'000 francs de frais d'avocats, mais ils viennent d'obtenir une première victoire. Un tribunal de Munich a en effet interdit fin août toute présentation et commercialisation de la Karolino.

Les Zurichois restent pourtant très tendus. Présents mardi dernier à Francfort, ils ont assisté à une conférence de presse de Klaus Dieter Frers au salon international de l'automobile. Et, nouveau coup de théâtre, celui-ci a présenté la Karo: le même véhicule, mais avec un nom à nouveau modifié!

>> Le modèle Karo, présenté par la marque Artega au salon de Francfort:

Pour les frères Ouboter, ce nouvel acte dépasse l'entendement. "Je suis choqué. La nouvelle voiture a été annoncée sans notre accord. Il y a une décision de justice qui menaçait de 270'000 francs d'amende toute présentation d'un véhicule similaire à la Microlino. Klaus Dieter Frers a malgré tout présenté cette voiture, qui, certes, ne ressemble pas en tout point à la Microlino, mais qui lui est très très similaire. Je pense qu'il prend beaucoup de risques. Nous allons devoir regarder tout ça avec nos avocats", lance Oliver Ouboter.

Le feuilleton est donc loin d'être terminé. Les Zurichois, qui ne croient plus à une solution à l'amiable, travaillent actuellement sur un plan B qui pourrait passer par la Chine.

Yann Dieuaide/gma

Publié le 16 septembre 2019 à 22:13 - Modifié le 16 septembre 2019 à 22:17

"Ce n'est pas une copie"

Klaus Dieter Frers, patron du groupe Paragon AG, s'est défendu au micro de TTC. "Ce n'est pas une copie. Le contrat initial entre Micro et la société italienne en 2016 contenait des éléments qui contrevenaient à la libre-concurrence. Nous ne pouvions pas le respecter. Si nous l'avions fait, nous aurions dû payer, et Micro aussi, une très lourde amende à l'autorité de la concurrence allemande. C'est pourquoi nous avons voulu changer ce contrat, et mettre en place une distribution parallèle", a-t-il déclaré.

L'homme assure aussi avoir amélioré la voiture sur plus de 150 points. Un investissement qui lui donnerait un motif légitime supplémentaire pour la commercialiser à son tour.

Une citadine inspirée par l'Isetta

Inspirée par la célèbre Isetta des années 50, dont le design est tombé dans le domaine public, la Microlino a été imaginée par Merlin et Oliver Ouboter en collaboration avec la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW).

Le père des deux jeunes entrepreneurs, Wim Ouboter, n'est pas n'importe qui. C'est lui qui a fondé les trottinettes Micro, qui fêtent leurs 20 ans cette année. Son entreprise réalise 65 millions de francs de chiffre d'affaires annuel.

"Notre idée était de créer un engin qui soit idéal pour les trajets du quotidien. Elle a une autonomie de 125 kilomètres et de la place pour deux personnes. Ce n'est pas fait pour aller en montagne, mais pour se rendre au travail et pour faire ses courses", explique Oliver Ouboter.

>> La présentation de la Microlino: