Modifié

Une invasion de navires de croisière géants prévue ces prochaines années

Des dizaines de navires de croisière géants vont être lancés sur les mers ces prochaines années. Les plus grands bateaux ont doublé de taille en 20 ans. Face aux critiques, l'industrie promet plus d'efficience, sans convaincre les défenseurs de l'environnement.

Toujours plus de passagers et toujours plus de bateaux. Le tourisme de croisière est porté par une croissance continue depuis les années 80. Mais face aux nuisances - pollution et congestion de touristes en tête - les critiques se multiplient.

Les carnets de commande des chantiers confirment que les polémiques ne freinent pas le succès commercial. Selon une analyse de la RTS, près de 50 navires de croisière de plus de 100'000 tonneaux de jauge brute (environ 300'000 m3) devraient être mis en service ces 5 prochaines années. De telles échelles étaient encore inédites avant la fin des années 90. La "ville flottante" est désormais devenue la norme.

Parmi ces futurs mastodontes sont annoncés les 5e et 6e navires de la classe "Oasis" de Royal Carribean. Cette catégorie record accueille déjà le "Symphony of the Seas", actuel plus gros navire de croisière au monde. Il mesure plus de 360 mètres de longueur, 65 de largeur et 70 de hauteur. Les plus grands navires de croisière ont un volume 4x plus important que le TitanicLes plus grands navires de croisière ont un volume 4x plus important que le Titanic

Chez les "Genevois" de MSC, c’est la gamme "World Class" qui s'apprête également à dépasser une jauge brute de 200'000 tonneaux et transporter près de 7000 passagers dès 2022. En volume, la tour de la RTS y entrerait environ sept fois.

Plus nombreux, et plus gros

Preuve de cette accélération hors-norme, il a fallu 20 ans pour construire les premiers 70 navires de croisière de plus de 300'000 m3. Les 70 colosses suivants verront le jour en moins de 10 ans.

Cette course vers le gigantisme se traduit dans la taille moyenne des navires construits. Sur la période comprise entre 1994 et 1998, la moyenne des plus grands navires de croisière n’atteignait pas les 80’000 tonneaux. Ces cinq prochaines années, elle sera pratiquement de 160'000 tonneaux, soit plus de trois fois le Titanic.

Pollution pointée du doigt

Ce développement effraye ceux qui dénoncent la contamination engendrée par le secteur. L’ONG Transport & Environment a publié début juin une étude sur l'émission en oxyde de soufre (SOx) en Europe de la flotte de Carnival Corporation. Résultat: les cheminées du leader mondial du marché auraient expulsé à elles seules dix fois plus de SOx que l’ensemble du parc automobile du continent, soit 260 millions de véhicules.

La CLIA (Cruise Lines International Association), association faîtière du secteur, a immédiatement réagi en rappelant que les bateaux de croisière ne représentent qu'une infime proportion de la navigation maritime et que ses membres se sont volontairement engagés à réduire les émissions de CO2 de la flotte de 40% d'ici 2030 par rapport à 2008.

Autre argument du secteur: l'apparition de nouveaux moteurs alimentés au gaz naturel liquéfié (GNL). Là encore, les compagnies peinent à convaincre les environnementalistes, car bien que le GNL dégage beaucoup moins d'oxyde de soufre, il reste une énergie fossile responsable d'émissions de gaz à effet de serre.

Subsiste un problème incompressible pour lequel aucune solution technique n'existe: des navires toujours plus grands déverseront toujours plus de passagers dans les ports de villes côtières déjà surchargées.

>> L'interview dans le 19h30 de Gianni Onorato, PDG de MSC Croisières:

Gianni Onorato : "Seul 1% des touristes européens partent en croisière. Ce secteur peut encore croître énormément." [RTS]
Gianni Onorato : "Seul 1% des touristes européens partent en croisière. Ce secteur peut encore croître énormément." / 19h30 / 2 min. / le 24 septembre 2019

Marc Renfer

Publié Modifié

De nouvelles régulations

L'Organisation maritime internationale (l’OMI) a adopté de nouvelles réglementations en 2018 visant à réduire d'au moins 50% les émissions de CO2 du transport maritime d'ici 2050 par rapport au niveau de 2008.

La part d’oxyde de soufre dans les carburants sera aussi limitée dès 2020: elle devra passer de 3,5% actuellement à 0,5%. Pour respecter ces engagements, les compagnies maritimes sont obligées d’opter pour des carburants moins polluants.

Pour Faig Abrassov, de l'ONG Transport & Environment, des mesures immédiates pourraient être prises. "Il faut abaisser la vitesse des navires et utiliser des carburants moins sales", soutient le spécialiste, qui rappelle que malgré ces nouvelles règles les combustibles des bateaux resteront plus polluants que ceux utilisés par les voitures ou les avions.