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Le gouvernement chinois pourrait être le premier à lancer sa cryptomonnaie

Les chinois auraient effectués depuis leur smartphone pour plus de 10'000 milliards CHF de transactions en 2017. [Mark Schiefelbein - AP]
Le gouvernement chinois pourrait être le premier à lancer sa propre cryptomonnaie / Le 12h30 / 1 min. / le 9 septembre 2019
En plein boom des cryptos, la Chine veut occuper le marché. L'annonce a été faite à l'heure où la monnaie de Facebook, la Libra, est dans le viseur des autorités politiques et monétaires.

Cette annonce a fait l'effet d'une bombe. Elle a été formulée par un responsable de la banque populaire de Chine cité par Bloomberg. 1,3 milliard de citoyens chinois devraient à terme pouvoir utiliser quotidiennement la cryptomonnaie officielle du pays. Le journal Forbes affirme même avoir une date de sortie: le 11 novembre… jour de la Fête des célibataires, soit la grande journée des soldes en Chine. La monnaie devrait ressembler au projet Libra et être utilisable sur les grandes plate-formes chinoises de paiement en ligne, WeChat et Alipay.

La création d'une monnaie virtuelle par Facebook est vue comme un accélérateur du projet. "Si la monnaie numérique est étroitement associée au dollar américain, cela pourrait créer un scénario dans lequel les monnaies souveraines coexisteraient avec des monnaies numériques centrées sur le dollar américain. Mais il y aurait essentiellement un seul patron, à savoir le dollar américain et les États-Unis. Si tel était le cas, cela entraînerait une série de conséquences économiques, financières et politiques", avait déclaré en juillet Wang Xin, directeur du bureau de recherche de la Banque populaire de Chine, au South China Morning Post. Première conséquence visible: le lancement d'une cryptomonnaie gouvernementale.

Si Facebook peut compter sur Visa, PayPal, Uber ou Spotify pour écouler sa futur monnaie, la Chine mise, elle, sur ses banques étatiques et ses fleurons, comme la boutique en ligne Alibaba ou le géant des réseaux sociaux Tencent.

Déjà une réalité

"Les Chinois sont en avance en terme d'usage. Ils sont habitués à utiliser des monnaies électroniques avec leur téléphone. On a même vu des scènes avec des SDF chinois qui demandaient à être payés de manière électronique. C'est une évolution logique", estime Alexis Roussel, cofondateur de Bity, plate-forme suisse d'échange de bitcoins. "Pour l'économie, il y a un avantage à avoir une monnaie cryptographique. L'argent circule plus rapidement. Il n'y a pas besoin d'avoir une application spécifique d'une entreprise. La monnaie est acceptée partout."

De son côté, Facebook surfe sur cette rumeur chinoise pour faire avancer plus vite son projet de devise virtuelle. Devant le Congrès américain, le responsable David Marcus affirme par exemple que si la Libra échoue, alors une autre monnaie arrivera, avec d’autres valeurs: la Chine, avec une surveillance étatique des données.

Et la Libra a besoin d'un coup de pouce. Elle reste dans le viseur des autorités politiques et financières. Selon Bloomberg, le projet va faire l'objet d'une enquête des autorités européennes de la concurrence. Les sénateurs américains, eux, viennent de rencontrer les autorités suisses qui devront encadrer la Libra (Préposé à la protection des données, FINMA). La méfiance est de mise. "Je reste inquiète en permettant à une grande entreprise de créer une devise mondiale sous contrôle privé", affirme la directrice du comité au Congrès américain, Maxine Waters, après sa visite en Suisse. Le Congrès doit encore examiner des questions relatives au blanchiment d'argent.

L'ambiance autour de la Libra est à la suspicion, alors que les concepteurs viennent d'ouvrir la chasse aux bugs dans le code de leur crypto-monnaie. Si vous trouvez une faille dans la sécurité... Facebook paie jusqu'à 10'000$.

Pascal Wassmer

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Une cryptomonnaie pour supplanter le dollar?

Une devise virtuelle calquée sur la Libra de Facebook pour remplacer le dollar comme monnaie de réserve mondiale? Avec cette proposition inattendue, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, vient de relancer le vieux rêve d'une monnaie internationale.

"Les Banques centrales sont un peu perturbées par cette tentative de privatisation de la monnaie" et il est logique qu'elles cherchent à "défendre le monopole public" de la politique monétaire, estime Agnès Benassy-Queré de l'Ecole d'économie de Paris.

Plusieurs obstacles demeurent à l'émergence d'un tel projet, parmi lesquels le manque de précision technique concernant le fonctionnement. De plus, "les États-Unis ne permettront tout simplement pas que cela se produise sans se battre. Personne dans leur position ne le ferait", ont estimé dans une note les analystes de Rabobank.

La Banque nationale suisse considère ainsi "d'un oeil critique l'idée d'élargir l'accès à la monnaie centrale électronique à l'ensemble des ménages et des entreprises", a souligné le président de la BNS Thomas Jordan. Par contre, l'introduction d'un jeton numérique émis par une autorité officielle à la seule intention des acteurs des marchés financiers "requiert une analyse approfondie".

D'une manière générale, la banque centrale helvétique est plutôt réservée en matière de devises électroniques, principalement en raison des fortes fluctuations qu'elles présentent. Elles ne peuvent donc que difficilement exercer la fonction de moyens de paiement, d'instruments de réserve de valeur et d'unité de compte.

AFP/ATS