Modifié le 27 août 2019 à 15:41

Paul Dembinski: "On a refusé de faire le grand ménage dans la finance"

L'invité de la Matinale (vidéo) - Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance
L'invité de la Matinale (vidéo) - Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance L'invité-e de La Matinale / 11 min. / le 27 août 2019
Directeur de l’Observatoire de la finance à Genève, Paul Dembinski estime que douze ans d’attentisme, depuis la crise de 2008, rendent probable le ralentissement de l’économie mondiale. Il détaille son point de vue dans La Matinale de la RTS mardi.

"Depuis dix ans, on attend le deuxième acte de la crise" assène Paul Dembinski. "En 2008, on a contenu l'explosion du système financier et on le maintient en vie uniquement grâce à des bulles d'oxygène dégagées par les banques centrales."

Un des indices - peut-être pas encore d'une nouvelle crise économique, mais en tout cas d'un ralentissement - est la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, sur fond de protectionnisme. Or, pour l'économiste, "la Suisse est un pays très impliqué dans le commerce international, avec 40% de son PIB qui traverse les frontières d'une manière ou d'une autre".

Le commerce n'est pas seulement le commerce entre la Suisse et l'UE ou la Chine, explique l'expert, puisque "dans chaque produit que nous avons, nous avons le monde en miniature", soulignant la multitude de composants qui viennent de Chine, des Etats-Unis, de différents pays de l'UE et de bien d'autres pays. Et d'ajouter que "quand ce système de commerce international se met à bouger avec des blocages potentiels, il y a des répercussions sur les flux, mais aussi et surtout sur la manière dont les entreprises conçoivent leurs stratégies."

Pas d'instance de régulation

Or, en 2019, il n'existe toujours pas d'instance de régulation mondiale capable de calmer ces deux acteurs aussi importants que sont la Chine et les USA qui sont en guerre dans un marché interpénétré dont les conséquences touchent tout le monde. En 2008, c'était pourtant une des promesses du G20: "le plus jamais ça et on va faire en sorte d'améliorer les choses".

Paul Dembinski stigmatise "une décennie de procrastination (..) parce qu'on a préféré sortir la grande artillerie des banques centrales pour calmer un peu le jeu, plutôt que de faire le grand ménage dans la finance et de laisser s'écrouler une partie du système financier qui n'est pas viable. Et encore une fois les perfusions des banques centrales sont toujours en place. Je pense que ça commence à avoir un effet toxique sur l'économie."

Tweets déstabilisateurs

Un des éléments anxiogènes, c'est le yoyo des bourses en ce moment. Paul Dembinski observe qu'il suffit d'un "tweet de Monsieur Trump pour que les bourses réagissent immédiatement. C'est pernicieux puisqu'un engagement économique implique une décision à long terme, donc je fais quelque chose qui portera ses fruits dans deux, trois ou cinq ans. Si toutes les dix secondes je reviens ou je veux avoir la possibilité de revenir sur la décision que je viens de prendre, il n'y a rien qui en sort. La spéculation se multiplie et puis la volatilité des bourses se multiplie et cette volatilité se transmet ensuite comme un signal inquiétant à l'ensemble de l'économie et à l'ensemble du monde politique également."

Xavier Alonso/pym

Publié le 27 août 2019 à 11:47 - Modifié le 27 août 2019 à 15:41