Modifié le 05 juin 2019 à 23:35

La taxe rose fait débourser aux femmes plus de cent francs par mois

Consommation: les produits pour femmes sont souvent plus chers.
Consommation: les produits pour femmes sont souvent plus chers. 19h30 / 2 min. / le 05 juin 2019
Plus d’une centaine de francs par mois, c’est le montant estimé des dépenses liées au simple fait d’être une femme. Notre journaliste a fait le tour des surcoûts féminins, du rendez-vous chez le coiffeur à l'errance médicale.

Presque 17 francs pour un rasoir Gillette Vénus 5 lames, contre 14,90 pour sa version masculine. A quelques centimètres, un gel à raser coûte 3,95 dans sa bouteille rose, mais un franc de moins dans son contenant gris, alors que leur composition est identique. Ce sont quelques exemples de "taxe rose" glanés dans les magasins, une expression qui qualifie la différence de prix entre les produits dits masculins et féminins.

Le secteur du service n'est pas épargné. Chez le coiffeur, notre journaliste a payé 69 francs pour une coupe avec séchage, sans aucun soin en plus. Pour le même service, un homme n'aurait déboursé que 39 francs. Un tarif différencié que les coiffeurs justifient parfois par la longueur des cheveux. Or, ce salon affiche un prix "femmes coupe cheveux courts" à 63 francs. Autre exemple encore dans une célèbre chaîne de teinturiers: le nettoyage-repassage d'une chemise d'homme revient à 6 francs, alors que pour un chemisier de femme il s'élève à 9 francs.

Pétition contre la "taxe tampon"

A côté de ces exemples, d'autres injustices. Celle notamment d'une taxe sur les protections hygiéniques, qui ne sont pas considérées aux yeux de la loi comme des produits de consommation courante. Les tampons sont ainsi soumis à un taux de TVA de 7,7%, soit plus que pour la litière pour chat. La pétition "Bloody unfair" a d'ailleurs été lancée par le comité Campax pour s'attaquer à cette taxe tampon.

Mais c'est du côté des cabinets médicaux que la liste des coûts s'allonge sensiblement. Outre la consultation annuelle chez le gynécologue, qui s'élève à plusieurs centaines de francs, la contraception est également chère: une pilule contraceptive coûte environ 300 francs par an, alors que la pose d'un stérilet s'élève à 400 francs. Par ailleurs, les soins liés à la grossesse, en cas de fausse couche notamment, ne sont pas toujours intégralement remboursés.

>> Lire aussi: Remboursement demandé des frais liés aux interruptions involontaires de grossesse avant la 13e semaine

Par ailleurs, plusieurs études ont montré que les maux des femmes étaient sous-estimés par les médecins. Sur Internet, le hashtag "My Doctor Said" regroupe les témoignages de centaines de victimes d'errance médicale longue de plusieurs années parfois avant d'obtenir un diagnostic et un traitement adéquat.

130'000 francs de plus que les hommes

L'an dernier, le magazine économique Bilan avait estimé que les femmes dépensaient 130'000 francs de plus que les hommes au cours de leur vie. Une estimation qui prend en compte les dépenses liées à l'épilation, au maquillage ou à l'habillement, des domaines où les femmes doivent répondre aux attentes de la société. Les différences sont criantes dans les publicités qui incitent les femmes à dépenser pour être "présentables".

Problème d'éducation ou de marketing ? La "taxe rose" interpelle en tout cas certains parlementaires. En mars, une motion du conseiller national socialiste Jacques-André Maire visant à réduire le taux de TVA sur les articles d'hygiène féminine a été approuvée par le Conseil national. Elle est désormais entre les mains du Conseil des Etats. Une autre motion, déposée en mars par son collègue de parti Mathias Reynard, réclame que les préservatifs et la pilule soient remboursés. Dernièrement, c'est aux frais de grossesse que s'est attaqué le Parlement.

>> Lire aussi: Vers des consultations remboursées dès le début de la grossesse

Valérie Gillioz

Publié le 05 juin 2019 à 20:47 - Modifié le 05 juin 2019 à 23:35