Modifié le 14 mai 2019 à 08:58

La déconsommation, un phénomène qui prend de l'ampleur en Suisse

Des paniers de légumes provenant des fermes de la campagne zurichoise vendus dans une épicerie de la ville.
De plus en plus de Suisses veulent acheter moins et mieux La Matinale / 3 min. / le 14 mai 2019
Bio, local, respect de l'environnement, conditions de travail... Les Suisses sont de plus en plus nombreux à vouloir acheter moins et mieux, pour se recentrer sur l'essentiel ou pour des raisons écologiques. Mais la tendance ne se ressent pas dans les chiffres.

De nouvelles habitudes de consommation font leur nid en Suisse, pour lesquelles les "deux paquets pour le prix d'un" comptent moins.

Camille Bourquin, administratrice du groupe Facebook "Lausanne sans supermarché", a par exemple arrêté de faire ses courses en grande surface il y a 6 mois. "C'est parti surtout d'une volonté d'éliminer les produits chimiques, les composants dans les aliments qu'on ne contrôle pas, de réduire les déchets, de consommer plus local et de façon plus responsable", témoigne-t-elle dans La Matinale de la RTS. Et d'ajouter: "Par ce processus, j'ai peut-être simplifié des choses dans ma vie et du coup, je n'ai pas besoin de certaines choses que je ne trouverais pas ailleurs qu'en supermarché".

Invisible dans les chiffres

En réalité, la déconsommation, c'est plutôt consommer différemment que consommer moins. Certaines dépenses diminuent en effet pour certains postes, par exemple l'achat de vêtements, mais augmentent pour d'autres, comme les activités sportives. La déconsommation reste donc invisible dans les chiffres: les dépenses continuent même à augmenter, selon un rythme de croissance de 1% l'an dernier en Suisse.

"Il y a toujours un écart entre ce que les individus sont persuadés d'avoir changé dans leurs pratiques de consommation et les changements réels. L'exemple le plus parlant est celui de la consommation de viande. Les individus se déclarent de plus en plus flexitariens, déclarent changer leurs pratiques de consommation de protéines animales et même les diminuer. Or, si on s'intéresse aux volumes distribués dans l'industrie, on va se rendre compte qu'ils augmentent", précise Fanny Prise, chercheuse associée à l'Université de Lausanne et anthropologue de la consommation.

"On s'aperçoit, quand on va chez les individus, qu'il y a certains types de viande - le jambon, le poulet, ou même le poisson des sushis - qui ne sont plus perçus comme de la viande", précise la chercheuse.

Récupérée par la grande distribution

Or, selon elle, la déconsommation n'est pas un phénomène de mode. Elle est en train de s'ancrer durablement dans notre société. Mais pas de quoi faire trembler la grande distribution qui a su s'adapter. "Toutes les filières de la grande distribution ont récupéré ces valeurs prônées par la déconsommation en adaptant leurs processus, leurs stratégies de diffusion et de commercialisation, pour pouvoir proposer des produits qui répondent aux codes de la déconsommation", souligne-t-elle. On peut donc parler de "consommation de la déconsommation".

Cléa Favre/jvia

Publié le 14 mai 2019 à 08:52 - Modifié le 14 mai 2019 à 08:58