Modifié le 14 mars 2019 à 21:40

Les déboires de Boeing avec son 737 MAX vont-ils profiter à Airbus?

Le logo du groupe Airbus photographié en juin 2016 à l'entrée de ses locaux de Toulouse (sud de la France).
Airbus profitera-t-il des déboires de Boeing? Interview de Matthieu Lemasson Forum / 6 min. / le 14 mars 2019
Malgré la crise chez le géant américain Boeing suite à la catastrophe d'Ethiopian Airlines impliquant son avion 737 MAX, le marché de l'aviation ne devrait pas être chamboulé, assure un spécialiste dans l'émission Forum.

Tous les 737 MAX sont désormais cloués au sol. Un appareil d'Air Canada qui assurait la liaison de San Francisco à Halifax a été le dernier à se poser tard dans la soirée de mercredi, selon le site FlightRadar24. Ce grounding survient après la chute d'un Boeing 737 MAX 8 de la compagnie Ethiopian Airlines au sud-est d'Addis-Abeba peu après le décollage, une catastrophe dans laquelle sont morts les 157 passagers et membres d'équipage.

Les compagnies aériennes vont-elles désormais renoncer à acheter des Boeing? C'est ce que suggère une source à l'Elysée. Elle annonce que l'Ethiopie discute avec Airbus d'une éventuelle nouvelle commande dans le cadre du renouvellement de la flotte d'Ethiopian Airlines.

Pas d'impact

Il ne devrait pas y avoir d'effet à long terme sur le marché, selon Matthieu Lemasson, associé chez PWC en charge du secteur aéronautique. "Il y a eu un précédent dans l'histoire", explique-t-il dans l'émission Forum, "le cas du 787 Dreamliner de Boeing qui a été cloué au sol pendant 123 jours. On avait dit à l'époque que le programme Dreamliner était mort-né. Au final, il a été un succès commercial et il n'y a pas eu d'effets sur les commandes d'Airbus ou il a été très marginal."

En effet, dans l'aéronautique, il s'écoule entre 9 et 10 ans entre une commande et la réception de l'avion. Sur les marchés financiers, le cours de l'action Boeing a décroché, mais pour l'instant le marché ne s'affole pas.

"Le scénario du pire pour Boeing, c'est de ne pas arriver très rapidement à identifier la ou les causes du crash. Ou d'arriver avec des réponses techniques d'un niveau de complexité important." Il faudra alors impliquer plusieurs partenaires du constructeur pour trouver des solutions. Et cela a un coût.

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L'immobilisation des Boeing 737 MAX mobilisent tous les spécialistes de l'aéronautique. Deux accidents similaires ?
19h30 - Publié le 14 mars 2019

agences/pw

Publié le 14 mars 2019 à 19:06 - Modifié le 14 mars 2019 à 21:40

La Chine au tournant

La Chine a joué un rôle central dans cette crise. Pékin a en premier décidé de clouer au sol les 737 MAX, rapidement suivi par le reste du monde, puis les Etats-Unis en dernier.

Cette réaction rapide donne "une indication sur le rôle de plus en plus important que la Chine va jouer dans le secteur de l'aviation commerciale et sa capacité à exercer une influence", estime John Strickland, directeur du cabinet londonien JLS Consulting, spécialisé dans l'aérien.

La Chine a en effet de grandes ambitions avec son propre Comac C919 pour concurrencer les moyen-courriers de Boeing et Airbus.

Elle voudra sans doute avoir son mot à dire une fois que la FAA (Federal Aviation Administration) aura autorisé la reprise des vols du 737 MAX, peut-être valider les correctifs apportés à l'appareil avant de le laisser reprendre les airs dans son espace aérien, un scénario cauchemar pour Boeing.