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Quinze ans déjà que Facebook sait tout de nos vies

La plainte visait les dirigeants de Facebook, dont le PDG Mark Zuckerberg. [Armin Weigel - DPA/Keystone]
Retour sur le succès paradoxal de Facebook, créé il y a quinze ans / Le 12h30 / 2 min. / le 4 février 2019
Le 4 février 2004 apparaissait The Facebook, une plateforme qui devait permettre aux étudiants de l'Université de Harvard de communiquer entre eux. Aujourd'hui, Facebook est toujours gratuit, mais son extension ne laisse pas indifférent.

Personne n'a réalisé, à ce moment-là, que cette plateforme se développerait en un réseau social valorisé à des milliards de dollars. Et surtout, personne n'anticipait alors son impact sur le monde à plus long terme. Instrument politique, de communication, parfois de manipulation... les implications - et les critiques qui s'élèvent à son encontre - sont multiples.

"Facebook était une vraie révolution, c'était la première plateforme gratuite, accessible facilement et sur tous les supports, portables et autres, qui permettait d'échanger avec ses amis, sa famille et autres", explique la sociologue du digital Catherine Lejealle lundi dans La Matinale. "C'était aussi la première fois qu'on remarquait que nos données avaient un prix, que si c'était gratuit, c'est parce que les données personnelles étaient revendues."

Très bons résultats financiers...

Pour cette professeure et chercheuse à l'Institut supérieur du commerce de Paris, Facebook a aujourd'hui "de très bons résultats financiers", mais "un vrai désamour auprès des jeunes", qui s'y inscrivent "comme auprès d'un annuaire", mais préfèrent des applications "plus ludiques, comme Snapchat".

Aujourd'hui, on s'inscrit sur Facebook comme on s'inscrivait dans l'annuaire téléphonique

Catherine Lejealle, sociologue du digital

Pour autant, Catherine Lejealle estime que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, sait parfaitement ce qu'il fait du réseau social. "Il a suffisamment d'argent pour pouvoir tester des applications (...), voire en racheter, comme Instagram ou WhatsApp, des possibilités infinies dans la vie professionnelle et la vie privée."

... mais des fragilités

La spécialiste pointe toutefois une fragilité dans le modèle de Facebook, la revente des données personnelles aux publicitaires. "Les géants chinois comme WeChat ou Baido intègrent eux des transactions financières et prennent une commission sur celles-ci, ce qui les rend moins dépendants aux données personnelles."

Les scandales liés à l'usage des données personnelles, ainsi qu'à l'ingérence supposée ou prouvée dans des processus d'élection, montrent une force de Facebook: sa situation multinationale fait que les Etats ont de la peine à lui imposer une réglementation contraignante sur l'usage des données personnelles.

Et Catherine Lejealle de citer le règlement européen RGPD qui permet d'assigner la compagnie à hauteur de 4% du bénéfice de la compagnie en cas de non-respect du règlement, tout en tempérant son efficacité: "Si on regarde le règlement précédent, sur le droit à l'oubli, qui concernait surtout les résultats de recherches sur Google, les résultats controversés ont été retirés du référencement de Google en Europe, mais on peut encore les trouver sur les sites asiatiques ou américains."

>> Ecouter l'interview complète de Catherine Lejealle:

Mark Zuckerberg devant le logo de Facebook en 2007. [Paul Sakuma - Keystone - AP Photo]Paul Sakuma - Keystone - AP Photo
Facebook fête ses 15 ans: interview de Catherine Lejealle, sociologue du digital / La Matinale / 6 min. / le 4 février 2019

Des défis pour durer

La sociologue met en évidence le succès de Facebook dans la durée: arrivée la première sur le marché, la plateforme a pu bénéficier de la "prime au premier entrant" sur le marché, abonnant des milliards d'utilisateurs. "Mais est-ce que les vrais usages, la vraie activité ne va pas aller ailleurs, sur des applications plus ludiques?" La spécialiste cite encore deux défis importants pour Facebook: résister à l'influence des réseaux sociaux chinois, ainsi que trouver un moyen d'intégrer le paiement en ligne.

>> L'interview de l'experte en cybersécurité Solange Ghernaouti dans le 19h30:

Solange Ghernaouti, experte en cybersécurité "Je pense qu'on s'est laissé piéger, on n'a peut-être pas su défendre nos intérêts. [RTS]
Solange Ghernaouti, experte en cybersécurité "Je pense qu'on s'est laissé piéger, on n'a peut-être pas su défendre nos intérêts. / 19h30 / 2 min. / le 4 février 2019

>> L'analyse: "Facebook se désintéresse du contenu, c'est son grand péché"

Gaspard Kühn "Facebook se désintéresse du contenu, c'est son grand péché." [RTS]
Gaspard Kühn "Facebook se désintéresse du contenu, c'est son grand péché." / 12h45 / 2 min. / le 4 février 2019

>> Un bilan très contrasté pour les 15 ans de Facebook, avec Olivier Glassey, sociologue:

Le logo Facebook. [Joel Saget - AFP]Joel Saget - AFP
Fenêtre sur cour: Facebook fête ses 15 ans; bilan très contrasté avec Olivier Glassey, sociologue / Pony Express / 30 min. / le 4 février 2019

Propos recueillis par Chrystel Domenjoz/ebz

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