La puissance chinoise fascine, bouscule et dérange

Grand Format

Aly Song - reuters

Introduction

La Chine pourrait devenir la première puissance économique mondiale dans les années 2020, si elle maintient sa trajectoire de croissance actuelle. Mais à quelle puissance a-t-on affaire? Enquête et reportages dans l'Empire du Milieu.

Bientôt plus riche que les Etats-Unis

Chapitre 01

Andy Wong - Keystone

La Chine pourrait devenir la première puissance économique mondiale dans les années 2020, si elle maintient sa trajectoire de croissance actuelle. Les estimations varient mais le constat reste le même.

Le produit intérieur brut nominal (PIB) de la Chine pourrait dépasser celui des Etats-Unis dès 2024, selon une étude du cabinet IHS Markit, ou dès 2032, selon une autre étude publiée par le Center for Economics Business Research (CEBR).

La population toujours plus riche

Un centre commercial de Pékin. [Mark Schiefelbein - keystone]Un centre commercial de Pékin. [Mark Schiefelbein - keystone]

La population de 1,4 milliard d'habitants ne cesse de s'enrichir. La Chine comptait 1,6 million de millionnaires en 2016. Quelque 200 millions de Chinois ont aujourd'hui un pouvoir d'achat équivalent à celui des Européens.

Mais à quelle puissance a-t-on affaire? Longtemps considérée comme "l'usine du monde", la Chine tente de réorienter son modèle de développement pour se tourner vers l'innovation. Elle forme chaque année près d'un million d'ingénieurs.

Nouvel Eldorado des start-up suisses

Chapitre 02

RTS

Les start-up suisses, qui faisaient auparavant le voyage vers la Silicon Valley pour détecter les dernières tendances, vont maintenant en Chine pour trouver des partenaires, des investisseurs et des débouchés. Dans l'Empire du Milieu, les relations d'affaires se forment très rapidement. Plus vite qu'aux Etats-Unis.

La plateforme de soutien à l'entrepreneuriat Venture Lab, qui sélectionne les meilleures start-up suisses, multiplie les voyages en Chine depuis déjà 5 ans.

Un gros marché qui reste difficile

"Il y a beaucoup d'argent, donc de gros investisseurs. Mais il y a aussi énormément de demandes industrielles dans un pays qui développe son marché intérieur", affirme Jordi Montserrat, directeur de Venture Lab.

Le marché chinois reste toutefois difficile. Il faut bien protéger sa propriété intellectuelle et choisir judicieusement ses partenaires d'affaires.

>> Le reportage du 19h30 diffusé jeudi 6 décembre, avec l'analyse de Michael Peuker:

Dix start up technologiques suisses partent en Chine à la recherche d'investisseurs. Un parcours du combattant. [RTS]
19h30 - Publié le 6 décembre 2018

A la pointe de la reconnaissance faciale

Chapitre 03

Thomas Peter - reuters

La Chine excelle notamment dans l'intelligence artificielle. De nombreuses entreprises travaillent sur des projets de reconnaissance faciale. Le gouvernement a déjà installé environ 200 millions de caméras dans tout le pays et entend densifier cette couverture du territoire dans les prochaines années.

Basée à Pékin, la start-up Face All vend sa technologie à des privés, des polices locales et même à l'étranger, par exemple en Turquie. Son cofondateur, Bai Hongliang, affirme aider la police à arrêter "une trentaine de criminels par mois dans une ville de l'ouest de la Chine", sans préciser laquelle, pour des raisons de confidentialité. "Notre taux de réussite est assez élevé", précise-t-il.

Les dérives du système

Cette surveillance de masse suscite aussi des critiques. Distingué en 2008 par le Prix Sakharov, Hu Jia est l'un des rares militants qui osent s'exprimer ouvertement. Pour lui, les caméras de surveillance permettent de lutter contre la criminalité, mais ce n'est pas leur seule mission. Le maintien du Parti communiste serait la priorité des ressources chinoises.

Le but des caméras est de surveiller les changements de société. Ils ont besoin de savoir où est le peuple

Hu Jia, dissident chinois. [RTS]
Hu Jia, dissident chinois

Selon le dissident, le système de surveillance se rendrait compte immédiatement si des personnes "arrivent à des endroits soi-disant sensibles."

>> Le reportage du 19h30 diffusé vendredi 7 décembre, avec l'analyse de Michael Peuker:

Reportage en Chine où la société y est ultra surveillée [RTS]
19h30 - Publié le 7 décembre 2018

Les nouvelles routes de la soie

Chapitre 04

Tarun Das - keystone

Depuis la fin des années 1990, la Chine étend son influence à l'international. Elle a intégré l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001.

Sous la présidence de Xi Jinping, c'est le projet des "nouvelles routes de la soie" qui a pris de l'ampleur. Lancé en 2013 et doté d'un budget de 1000 milliards de dollars, son objectif est de tisser un vaste réseau de voies maritimes et terrestres pour relier la Chine à une centaine d'autres pays.

La Chine en rouge, les membres de l'AIIB en orange, les six corridors en noir et en bleu. [Lommes — Travail personnel, CC BY-SA 4.0 - DR]La Chine en rouge, les membres de l'AIIB en orange, les six corridors en noir et en bleu. [Lommes — Travail personnel, CC BY-SA 4.0 - DR]

En noir sur la carte, des corridors de développement économique sont en cours, avec à la clef, la construction d'autoroutes, de ports, de parcs industriels, de centrales électriques, de réseaux de fibre optique et beaucoup de chantiers s'inscrivant dans le cadre de ce gigantesque projet dessiné par Pékin pour faciliter le transport des marchandises.

Le plan ne cesse de gagner en importance, il inclut l'Europe, mais aussi l'Afrique et l'Amérique latine. Le projet est commercial, mais il revêt aussi une dimension politique.

La Serbie au centre de la nouvelle route de la soie

Le Gouvernement serbe a récemment obtenu de Pékin des accords pour plus de 3 milliards de francs.

Si la Chine investit autant dans ce pays, c'est parce que la Serbie occupe une place importante sur cette nouvelle route de la soie pour atteindre le marché européen, à travers un corridor commercial qui va de la Chine à l'Allemagne en passant par les ports grecs et les Balkans.

Pour la Serbie, la Chine est un véritable soutien économique et politique. Et aussi une manière de pallier le manque d'investissements européens, selon certains analystes.

>> Le reportage du 19h30 diffusé samedi 8 décembre, avec l'analyse de Michael Peuker:

La route de la soie : exemple de l’ambition économique chinoise [RTS]
19h30 - Publié le 8 décembre 2018

Xi Jinping, le culte de la personnalité

Chapitre 05

REUTERS - reuters

Le président Xi Jinping est considéré comme l'homme le plus puissant du pays depuis Mao Zedong, le fondateur de la République populaire de Chine. En mars dernier, il a fait changer la Constitution pour asseoir sa présidence à vie, alors que ses prédécesseurs devaient se contenter de deux mandats.

L'homme fort du régime est ce qu'on appelle "un prince rouge", issu d'une famille de vétérans de la révolution communiste. Son père, Xi Zhongxun, a occupé des postes importants au sein du parti, mais il a aussi subi par la suite la purge de la révolution culturelle.

Il est envoyé en prison alors que Xi Jinping n'a que 15 ans. Ce dernier ira en rééducation à la campagne. Dans les années 1970, Xi Jinping étudie la chimie, mais très vite, il se concentre sur sa carrière au sein du Parti communiste.

Un style qui déplaît dans son parti

Il gravit les échelons jusqu'à devenir gouverneur du Fujian, un poste qui lui permettra d'établir un réseau important. Il accède aux plus hautes fonctions de l'Etat en 2013. Le président se rend alors populaire par sa lutte contre la corruption, une politique qui lui permet aussi de faire le ménage au sein du parti.

Xi Jinping n'hésite pas à jouer sur le culte de la personnalité. Son visage s'affiche partout, sur des posters et des objets. Il est marié à une chanteuse très célèbre, Peng Liyuan. Mais depuis l'été dernier, il semble mettre entre parenthèses cette communication à outrance. Son style, qui rappelle parfois les années Mao, aurait déplu à certains membres du Parti communiste, dans un contexte devenu plus tendu à cause de la guerre commerciale avec les Etats-Unis.

>> Le reportage du 19h30 diffusé dimanche 9 décembre, avec l'analyse de Michael Peuker:

Portrait de Xi Jinping : Président chinois à vie [RTS]
19h30 - Publié le 9 décembre 2018

La Chine face au défi de l'environnement

Chapitre 06

WU HONG - keystone

La Chine est le premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète. La pollution atmosphérique dans les villes causerait au moins 3 millions de décès prématurés chaque année et coûterait plus de 37 milliards de francs à l'économie du pays, selon une récente étude de l'Université de Hong Kong.

Cette pollution est le résultat de plusieurs années de forte croissance industrielle, d'une augmentation démesurée du trafic routier et de la combustion du charbon.

Cinq ans de guerre contre la pollution

Pékin tente toutefois de réagir. Le pays est entrée dans sa cinquième année de "guerre contre la pollution", mais la bataille est encore loin d'être terminée.

Entre 2010 et 2013, la concentration moyenne de particules fines mesurée par des chercheurs chinois dans 38 villes analysées atteignait 92,9 microgrammes par mètre cube.

Le pays s'est fixé pour objectif de baisser cette concentration à 35 microgrammes d'ici à 2035. Un taux toutefois encore supérieur au seuil maximum de tolérance fixé à 10 microgrammes par l'Organisation mondiale de la santé (OMC).

Shenzhen, la ville qui roule électrique

En 2019, tous les taxis de Shenzeng rouleront à l'énergie électrique. [RTS]En 2019, tous les taxis de Shenzeng rouleront à l'énergie électrique. [RTS]

Située au sud-est du pays qui compte le plus grand parc automobile du monde (185 millions de véhicules), Shenzhen est l'une des vitrines de la Chine moderne. Cette ville de 12 millions d'habitants est à la pointe de l'innovation et de la lutte contre la pollution.

D'ici la fin 2018, tous les chauffeurs de taxis conduiront des voitures électriques. Le gouvernement offre une aide à hauteur de 10'000 francs, soit un quart du prix du véhicule. Les bus aussi sont déjà passés au tout électrique. Ce serait une première mondiale.

Cet ancien port de pêche est devenu aujourd'hui un laboratoire des réformes à l'avant-garde de la lutte contre la pollution du pays. Les autorités de la ville espèrent que Shenzhen servira de modèle à d'autre villes chinoises.

Parallèlement à l'utilisation de charbon et aux smogs qui envahissent toujours de nombreuses villes chinoises, le pays est aussi devenu, en quelques années, le plus grand marché mondial du véhicule électrique. L'an dernier, quelque 777'000 véhicules propres ont été immatriculés dans le pays.

>> Le reportage du 19h30, diffusé lundi 10 décembre, avec l'analyse de Michael Peuker:

Chine premier pollueur de la planète. [RTS]
19h30 - Publié le 10 décembre 2018

Les Helvètes en Chine

Chapitre 07

La vie en Chine pour un Suisse? "Perturbant, palpitant, un peu fatigant. Ça ne s'arrête jamais", selon Romain Barrabas, qui vit à Pékin depuis quatre ans.

Ce chef adjoint de la section culture et médias de l'ambassade de Suisse aimerait que les Helvètes réapprennent à mettre en oeuvre de grands projets, comme de doubler un réseau de métro en quelques années.

Cécile Ottiger, enseignante à la Swiss School de Pékin, voit désormais la Suisse toute petite. Elle craint pour sa vie en deux roues sur les routes, mais c'est surtout pour la nature qu'elle s'inquiète, avec notamment l'usage abusif des sacs plastiques.

cecile ottiger [RTS]
L'actu en vidéo - Publié le 10 décembre 2018

La Valaisane Emmanuelle Roduit passe ses week-end à la montagne. "On peut avoir la même vie qu'en Suisse tout en étant en Chine".

La Suisse devrait s'inspirer de l'optimisme et la flexibilité chinoise: "En Chine, dès qu'il y a un problème, il y a en fait des solutions."

Claudia Masueger dirige une chaîne de 66 magasins de vin en Chine, dans ce marché "dynamique" et "chaotique", à l'opposé de la Suisse, où "rien ne change".

Selon elle, le monde doit regarder la Chine, qui sera bientôt la première puissance mondiale. Il faut s'y adapter et se préparer.