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Le hors-piste comporte des risques... et des coûts

Passer outre les avertissements peut aussi avoir des conséquences pour le porte-monnaie. [Keystone]
Passer outre les avertissements peut aussi avoir des conséquences pour le porte-monnaie. [Keystone]
Après les rires et les larmes, les survivants des avalanches font parfois la grimace au moment de payer les frais de sauvetage. Car, si les assureurs prennent en charge les coûts d'un accident de ski, il arrive qu'ils refusent de payer lorsque l'assuré a pris des risques inconsidérés.

Vingt-huit morts l'année dernière, treize depuis le début de
cette saison, les avalanches entraînent les conséquences tragiques
que l'on connaît. Et des épilogues heureux parfois, comme le
week-end dernier à Evolène, quand un jeune Vaudois de 21 ans a été dégagé d'une coulée par les sauveteurs
après 17 heures passées sous la neige.

Reste que ces missions de sauvetage engendrent des frais parfois
très élevés. Chargé de la communication de la SUVA, Jean-Luc Alt
évoque un coût maximal de 8000 francs pour un accident de ski sur
piste et 50'000 francs pour un accident en avalanche. Ce dernier
impliquant notamment l'intervention d'une colonne de secours au
sol, d'un hélicoptère, le temps de recherche et l'évacuation.

Les Suisses bien assurés

En Suisse, la plupart des personnes qui s'aventurent en montagne
sont membres d'une compagnie de sauvetage. Rien que la Rega compte
2,14 millions de donateurs en Suisse, rappelle le service de presse
de la fondation. En cas d'accident, les membres verront
l'intégralité de leurs frais de sauvetage remboursés, à commencer
par les vols d'hélicoptères médicalisés, facturés 87 francs la
minute.

Du côté d'Air Glaciers, qui est intervenu le week-end dernier à
Evolène, les titulaires d'une carte de sauvetage bénéficient du
même traitement de faveur: l'intervention d'une équipe de secours,
dont le coût varie «de 1000 à 50'000 francs», est entièrement prise
en charge, explique Patrick Torrent, responsable des guides de la
compagnie.

Que les personnes qui n'ont pas leur carte de la Rega ou d'Air
Glaciers se rassurent: en Suisse, tous les actifs (environ 3,8
millions de personnes) ont l'obligation d'être assurées pour les
accidents professionnels et non professionnels, rappelle Jean-Luc
Alt, de la SUVA. Les assureurs couvrent donc tous les frais lors
d'un accident de ski, du sauvetage aux soins médicaux.

Gare à la prise de risque

En revanche, l'assureur peut diminuer ses prestations dans le
cas où le skieur se serait livré à une «entreprise téméraire». Une
escapade en dehors des pistes balisées n'est pas nécessairement
sanctionnée, poursuit Jean-Luc Alt.

Seules les prises de risques inconsidérées sont retenues par la
SUVA, comme de s'aventurer dans des zones dangereuses lorsque le
risque d'avalanche est élevé ou de passer outre les avertissements
des responsables de la station.

Lorsqu'une telle sortie débouche sur un accident, l'assureur est
dans le droit de réduire ses prestations de 50%, voire de 100% dans
les cas graves. A titre de comparaison, Jean-Luc Alt cite le cas
d'un homme en état d'ébriété, victime d'une chute alors qu'il
escaladait une cathédrale sans équipement, qui a vu sa couverture
réduite à zéro.

A la SUVA, les cas d'«entreprises téméraires» à ski sont rares,
mais ils existent. La Rega et Air Glaciers ne font quant à eux état
d'aucun cas connu. Leur priorité est de «sauver des vies» et non de
«se placer en juge».

Sébastien Bourquin

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