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La spéculation sur les denrées alimentaires soumise aux Suisses

L’initiative contre la spéculation sur les denrées alimentaires sera soumise au vote [RTS]
L’initiative contre la spéculation sur les denrées alimentaires sera soumise au vote / 19h30 / 2 min. / le 26 janvier 2016
Soumise au vote le 28 février, l'initiative contre la spéculation alimentaire demande que Berne interdise aux acteurs suisses du marché d’investir dans des instruments financiers ayant trait aux matières premières et aux produits alimentaires.

Pour les Jeunes socialistes, le problème des prix excessifs des produits alimentaires s’explique en grande partie par la spéculation. C’est la raison pour laquelle ils ont lancé l’initiative "Pas de spéculation sur les biens alimentaires".

En cas de oui, les instituts financiers (banques, fonds de placements, assurances et sociétés de négoce) ayant leur siège ou une succursale en Suisse n'auraient plus le droit d'intervenir sur le marché au moyen de produits financiers sur les produits agricoles.

L'objectif des initiants, qui ont recueilli 140'000 signatures, est de lutter contre la volatilité des prix et contre la faim dans le monde. L'alliance qui soutient le texte regroupe des organisations humanitaires, des associations d'agriculteurs, des organisations religieuses et des partis politiques.

"Arrêter de jouer avec la nourriture"

Pour les initiants, il faut absolument arrêter de jouer avec la nourriture, alors qu'une personne meurt chaque seconde des conséquences de la malnutrition. Or la faim "est créée par les marchés financiers“, selon la sénatrice Pascale Bruderer Wyss (PS/AG). Les partisans dénoncent en premier lieu les agissements de certains fonds d'investissements étrangers et traders opérant en Suisse, qui créent un "marché détestable",

Pour la coordinatrice romande de Swissaid Catherine Morand, interrogée par la RTS, réguler le marché des matières premières est une nécessité. "Si l'on soutient cette initiative, c'est parce qu'on est sur le terrain. Dans les pays où nous sommes présents, on constate régulièrement les conséquences dramatiques des hausses brutales des prix. Elles font basculer des couches entières de la population dans la pauvreté", explique-t-elle.

Un exemple est aussi mis en avant: la crise alimentaire de 2007-2008, avec ses émeutes de la faim tragiques, correspond au moment où le marché immobilier s'est effondré aux Etats-Unis. Cette crise a en effet poussé des investisseurs à spéculer sur le maïs, le blé, le soja et le riz.

"Objectif louable, mais moyens inefficaces"

Comme la droite et les milieux économiques, le Conseil fédéral et le Parlement ont rejeté le texte, jugeant qu'il n'aiderait pas à lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde, mais pénaliserait la place économique. Dans son message, le gouvernement dit partager l'objectif du texte, mais estime que l'initiative manque sa cible.

Pour combattre la pauvreté et la faim, la Suisse passe par l'aide au développement ou l'aide humanitaire, a rappelé Johann Schneider-Ammann. Interdire la spéculation en Suisse ou au niveau mondial ne changerait rien. Le ministre de l'Economie estime que ce sont d'autres causes (catastrophes naturelles, inondations, sécheresse, décisions politiques) qui provoquent les flambées du prix des denrées alimentaires.

Autre argument du Conseil fédéral: interdire la spéculation sur les denrées alimentaires conduirait à la mise en place d'instruments de contrôle très poussés des assurances, banques et caisses de pensions qui pourraient être concernées. La place économique suisse serait pénalisée, selon Johann Schneider-Ammann, et les entreprises, voyant leur compétitivité menacée, pourraient quitter la Suisse.

Selon Cristina Gaggini, directrice romande d'Economiesuisse, l'initiative contre "la spéculation sur les denrées alimentaires" poursuit un objectif louable au travers des moyens totalement inefficaces. "Faut-il mettre sur pied un monstre bureaucratique parfaitement inefficace pour lutter contre la faim dans le monde au risque de mettre en danger des milliers d'emplois? Je ne le pense simplement pas", s'indigne-t-elle?

boi avec agences

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