Modifié le 08 octobre 2015 à 10:51

Frédéric Charpié (La Gauche): "Je serais étonné que l’on place à nouveau un candidat sous la Coupole"

Frédéric Charpié lors d'une conférence de presse du comité d'initiative pour la suppression des forfaits fiscaux le 23 octobre 2014.
Frédéric Charpié lors d'une conférence de presse du comité d'initiative pour la suppression des forfaits fiscaux le 23 octobre 2014. [Laurent Gilliéron - Keystone]
La Gauche se fait peu d'illusions sur ses chances: pas assez unie pour espérer briller, estime son secrétaire national Frédéric Charpié.

RTSinfo: Quelles sont les ambitions de La Gauche ?

Frédéric Charpié (secrétaire national de La Gauche): Je dois hélas avouer que ce sont des ambitions très à la baisse. Je serais étonné en bien que l’on place à nouveau un candidat sous la Coupole fédérale. Malgré les alliances entre solidaritéS et le POP en Suisse romande, dont nous soutenons les candidats, la gauche n'est globalement pas assez unie pour espérer briller. Dans l'ensemble, c'est donc un constat d'échec. Sinon, on partirait avec des listes de La Gauche dans tous les cantons. Seuls les Alémaniques d'Alternative Linke ont une petite chance...

Quelles sont vos priorités pour cette campagne ?

La justice sociale d'abord. La redistribution des richesses ne fonctionne pas du tout. On voit les courbes des millionnaires s’accentuer en même que celle des gens qui travaillent à 100% et doivent demander l’aide sociale pour terminer le mois. On est dans une société qui fabrique elle-même ses propres futures ruptures. Je crois que la paix sociale peut être menacée si on ne prend pas garde à continuer de veiller avec une grande rigueur sur ces équilibres qui se délitent toujours davantage. Aujourd’hui malheureusement, on est confronté à la difficulté de faire passer des idées comme la décroissance ou une réflexion autour du partage plus juste de richesses qui ne sont pas indéfinies.

Malgré l'échec de votre initiative contre les forfaits fiscaux, la justice fiscale reste-t-elle l'un de vos thèmes chers?

Justice sociale et fiscale sont liées. C’est de là qu’on devrait réfléchir à quels sont les ennemis des citoyens qui ont l’impression d’être toujours plus des vaches à traire. Aujourd’hui, on leur tourne la tête avec des groupes de réfugiés pas menaçants alors que la réalité des choses indique, même en pleine crise économique en 2008, que l’écart entre plus grands et plus petits salaires se creusait de 18%.

Et donc?

Je ne suis pas pour un impôt confiscatoire mais un impôt juste. Il ne faut pas continuer de faire croire aux gens que si l’on taxe davantage les riches ils vont forcément partir. J’ai surtout l’impression que les Suisses ne croient plus en leurs valeurs en raison de la paix sociale, d’un système de services parmi les plus performants du monde, une nature formidable et préservée. Le riche qui vient s’installer en Suisse ne vient pas juste pour gagner quelques pourcentages de plus sur ses impôts... La justice fiscale reste donc un gros défi.

Le thème de l’immigration n’est pas une priorité?

Non. C’est une préoccupation au sens où il faut répondre positivement, humainement à une situation d’afflux de migrants dans le pays du CICR. Il suffirait de se contenter de faire ce qu’on a plus ou moins bien réussi jusqu’ici. Il s'agit de composer avec une réalité à laquelle ni les médias, ni les politiques, ni les citoyens ne peuvent échapper. Nous ne sommes hélas pas parvenus à amener nos autres thèmes dans la campagne. Faudra-t-il une société beaucoup plus appauvrie, un fossé béant entre riche et pauvres pour y parvenir ? Je ne suis pas certain. Il me semble surtout que le retentissement de la xénophobie va être encore plus important.

On assiste en Europe à un renouveau des gauches dites extrêmes (Syriza ou Podemos). Ce courant bénéficie-t-il à La Gauche?

Syriza a démontré que La Gauche avait vu juste en s'opposant à l’adhésion à l’Union européenne (UE) et à la libre circulation des personnes. L’UE est un grand monstre manipulateur qui écrase les peuples avec des règles irréformables. C’est une UE au service des banques ou des sociétés transnationales. Ce n’est pas de cette Europe dont on veut. L’expérience Syriza a aussi démontré l’impossibilité d’agir face à l’UE, malgré le fait d’avoir son propre peuple derrière soi. A contrario, une forme de frustration, de déception contre-productive peut aussi être générée.

Pour sortir de votre isolement, une union avec les socialistes et les verts ne serait-elle pas plus porteuse?

A chaque fois que c’est utile, il faut s’allier aux socialistes ou aux verts, que cela soit pour des initiatives fédérales ou des idées spécifiques. Dans des logiques d’appareil, ce sont toujours les moins mauvaises solutions d’avoir des socialistes ou des verts élus plutôt que des gens de droite. Mais en même temps, il reste un piège: quand les socialistes font souvent le travail de la droite, qui reste-t-il pour mener à bien des idées sociales?

Olivier Horner

Publié le 02 octobre 2015 à 16:09 - Modifié le 08 octobre 2015 à 10:51

En bref

RTSinfo: Faut-il passer à un Conseil fédéral à 9 membres?

Frédéric Charpié: ...

Faut-il relancer le processus d’adhésion à l’Union européenne?

Non

Faut-il accueillir davantage de migrants?

Oui

Faut-il augmenter l’âge de la retraite pour assurer le financement de l’AVS?

...

Faut-il instaurer une caisse publique d’assurance-maladie?

Oui

Faut-il restreindre le droit d’initiative populaire?

Non

Faut-il sacrifier un peu de liberté individuelle au profit de la sécurité en augmentant la surveillance?

Non

Faut-il autoriser les couples de même sexe à adopter?

Oui

Faut-il abroger le service militaire obligatoire?

Oui

Faut-il doubler le montant de la vignette autoroutière?

Oui

Faut-il que l’Etat aide à la formation d’imams en Suisse?

Pourquoi pas

Faut-il imposer l’apprentissage d’une langue nationale comme première langue à l’école?

Oui