Modifié le 24 septembre 2015 à 18:13

La campagne reste conservatrice, les villes sont de plus en plus libérales

La dernière enquête data de SRF News montre que le clivage politique entre les zones urbaines et rurales reste solidement ancré en Suisse depuis les années 1980.
Depuis les années 1980, les grandes villes ont renforcé leur sensibilité libérale et de gauche, tandis que les campagnes, quoiqu'un peu plus proches du centre, restent majoritairement conservatrices et de droite. [ - ]
La dernière enquête data de SRF News montre que le clivage politique entre les zones urbaines et rurales reste solidement ancré en Suisse depuis les années 1980.

En trente ans, le clivage politique entre zones rurales et centres urbains ne s'est pratiquement pas estompé en Suisse, comme le montre la dernière enquête data de SRF News. On retrouve les grandes villes à l'extrémité gauche de l'échiquier politique, tandis que les communes rurales sont toujours les plus à droite et les plus conservatrices (voir encadré pour la méthode).

Les données mettent en évidence que les grandes villes, par exemple Genève et Lausanne, sont politiquement plus à gauche et plus libérales que toutes les villes moyennes qui les entourent. Les différences entre petites villes et communes rurales sont aussi frappantes: en 2014, Altstätten (SG), la plus conservatrice des villes de petite taille, était plus libérale que de nombreuses communes rurales.

Ces différences significatives étaient peu ou prou les mêmes il y a 30 ans. "Il est étonnant de voir à quel point les communes sont stables politiquement", a résumé à SRF News Michael Hermann, spécialiste en géographie politique et directeur de l'institut de recherche Sotomo. En dépit du développement de la mobilité entre les zones urbaines et rurales, le fossé politique reste d'actualité. Il y a toutefois eu des évolutions politiques isolées. Ainsi de la ville tessinoise de Lugano, qui s'est progressivement "droitisée" entre 1983 et 2014.

Forte hétérogénéité dans les zones rurales

Même si elles restent dans l'ensemble majoritairement à droite et conservatrices, les communes rurales se sont quand même un peu rapprochées du centre au fil des ans. Il faut aussi dire qu'au sein des zones rurales, on note une grande hétérogénéité: la commune la plus à gauche de Suisse, Lajoux (JU), est une commune rurale, tout comme Doppleschwand (LU), la commune la plus à droite.

On constate par ailleurs que le niveau de richesse crée de nettes disparités politiques. Les communes de haut statut où les habitants disposent de revenus confortables telles que Lussy-sur-Morges (VD) apparaissent nettement plus libérales que des communes de statut inférieur très proches, comme Crissier ou Ecublens (voir "Sources et mise en oeuvre" pour le détail sur les statuts des communes).

Polarisation constatée dans les grandes villes

La polarisation politique, quoique souvent évoquée, ne se manifeste pas vraiment dans le comportement de vote des municipalités. Sur beaucoup de questions politiques majeures, telles que l'Union européenne ou la politique environnementale, les opinions sont aujourd'hui moins extrêmes qu'elles ne l'étaient par le passé. Selon Michael Hermann, la polarisation existe mais au sein des partis, dont les représentants endossent des positions de plus en plus radicales. "Certes, elles peuvent apporter le succès électoral mais elles ne sont souvent pas représentatives de la base modérée", explique le spécialiste.

Les grandes villes sont l'exception à la règle. Il y a 30 ans, elles se situaient déjà à la gauche de l'échiquier politique et ellles se sont depuis encore "gauchisées", devenant dans le même temps plus progressistes. En 1983, elles étaient moins libérales que les communes de statut élevé, essentiellement des bastions PLR à l'instar de Genolier (VD). Aujourd'hui, les grandes villes sont de loin les plus libérales.

Pour Michael Hermann, cette évolution s'explique surtout par les objets soumis au vote au cours des dernières années. Au lieu de viser large, de nombreuses initiatives de gauche -par exemple celles concernant le salaire minimum et l'impôt sur les successions- ont ciblé les électeurs "rouges et verts" urbains. En dehors des grandes villes, ces initiatives ont massivement échoué, renforçant l'isolement politique des centres urbains.

>> Lire aussi: Comment les communes ont élu les conseillers nationaux depuis 1971

Tania Boa, Timo Grossenbacher, Mark Hintz, Anna Wepfer - Adaptation: Pauline Turuban

Publié le 24 septembre 2015 à 14:17 - Modifié le 24 septembre 2015 à 18:13

L'intérêt pour la politique augmente

On déplore souvent le manque d'implication des citoyens dans la vie politique mais le taux de participation a augmenté au fil des scrutins. Michael Hermann n'y voit aucune contradiction, notant qu'au niveau cantonal l'activité politique "recule de façon spectaculaire" parallèlement à une augmentation de l'intérêt pour les enjeux nationaux et les figures nationales de la politique. Depuis trente ans, "il est aussi devenu beaucoup plus populaire de concourir pour un mandat national que pour un mandat local", ajoute le spécialiste.

L'UDC a stimulé la participation

Selon le chercheur de Sotomo, l'essor de l'UDC dans les années 1990 a littéralement bouleversé le paysage politique suisse et a contribué à stimuler la participation. Ses campagnes émotionnelles et provocatrices auraient insufflé de l'enjeu et du suspense dans la vie électorale.

Détails sur la méthode

L’institut de recherche Sotomo et SRF News ont déterminé le positionnement des communes à gauche ou à droite de l’échiquier politique, et leur niveau de conservatisme, en se basant sur les résultats de tous les scrutins fédéraux depuis 1983.

Le positionnement à gauche ou à droite a été défini notamment par l’opinion sur la police et l'armée, la protection de l’environnement ou l'asile. Le scepticisme quant à l'ouverture et au changement a été qualifié de "conservateur", tandis qu'ont été considérées comme "libérales" les communes majoritairement favorables aux réformes sociétales.

La division en différents types de municipalités est basé sur la définition d'agglomération établie par l'Office fédéral de la statistique. Les détails sur les statuts des communes figurent dans "Sources et mise en oeuvre").