Suisse Battle #04

Champagne, choucroute, techno ou télé-crochet. Les opérations spéciales des partis en campagne

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Qu'est-ce qu'une "Suisse Battle"?

Jusqu'aux élections fédérales, RTSinfo vous propose une nouvelle série: les "Suisse Battles". Le concept: découvrir les particularismes régionaux de la campagne électorale sous forme ludique.

Dans cette quatrième "battle", nous nous sommes intéressés aux opérationsspécialesde campagne. Des événements, des concepts insolites ou originaux, comment les candidats font-ils pour se démarquer dans la course au Parlement? Les jeunesses sont-elles plus audacieuses que leurs aînés? L'humour est-il un ingrédient nécessaire?

Ils investissent le terrain

Pour se faire connaître des électeurs ou entretenir leur popularité, les candidats se doivent de marquer les esprits. En Suisse, beaucoup misent sur des campagnes traditionnelles (affichage et stands dans les rues). D'autres font le pari de l'originalité pour interpeller et faire passer leurs idées par le biais de l'humour.

Profil #01

Les Jeunes socialistes vaudois

Du champagne pour les pendulaires

>> Notre reportage:

Battle4 JSV
Info - Publié le 01 octobre 2015

Le 24 août dernier, les passagers de 2ème classe du train Lausanne-Nyon ont pu goûter au luxe de la 1ère classe. Les jeunes candidats au National avaient dans leurs besaces des roses rouges et du mousseux pour faire illusion. Leur idée: supprimer la 1ère classe pendant les heures de pointe pour offrir davantage de places assises.

 

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"La jeunesse socialiste mise sur des campagnes originales et décide librement de ses actions. Nous avons néanmoins des contacts réguliers avec le Parti socialiste et nous essayons d’être complémentaires. Au sein du PS vaudois, nous optons pour une campagne plus classique avec des personnalités reconnues dans le canton. Je pense que cette différence est plutôt souhaitable".

Facture déclarée: 268 francs en matériel et flyers.

 

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Profil #02

L'UDC du Jura bernois

La choucroute détournée de Manfred Bühler

>> Notre reportage:

Battle4 UDCJUBE
Info - Publié le 01 octobre 2015

"Occupe-toi de tes choux". C'est le message que des opposants ont déposé devant chez Manfred Bühler en mars dernier, avec une petite centaine de choux en prime. Les autonomistes jurassiens sont pointés du doigt dans le cadre de la Question jurassienne. A lire, l'article du Journal du Jura sur cet épisode.

Le candidat UDC avait promis d'en faire une choucroute pour toute la population du Jura bernois, ce qu'il a fait en août. Ou comment faire sponsoriser son repas de soutien par ses opposants.

Facture déclarée: bénéfice net de 2000 francs.

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Ils investissent le web

Internet est le nouveau terrain de jeu des politiques en campagne. Clips vidéos de présentation des candidats, hymnes de partis ou humour décalé sur les réseaux sociaux, plusieurs tentatives ont rythmé cette année électorale. Deux projets récents ont retenu notre attention.

Profil #03

Les Jeunes Démocrates Chrétiens valaisans

"Pékin Express", version Valais romand

Après avoir sillonné leur canton cet été dans une vaste course d'aventures, les neuf candidats JDC diffusent leur périple "Valais Express" sur internet depuis le 20 août, au rythme d'un épisode chaque semaine. Le défi est semblable au célèbre jeu télévisé: se déplacer sans un sou en poche et se distinguer dans des épreuves physiques et mentales.

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« Les membres du parti ont tout de suite été enthousiasmés par le concept de "Valais Express". Cela véhicule une image jeune et dynamique des candidats. Je pense que la jeunesse peut se permettre davantage dans un registre décalé, contrairement aux candidats de la liste principale.»

La compétition rencontre un franc succès sur Facebook, avec jusqu'à 8000 vues par épisode.

 

>> Découvrez la première étape du jeu à Monthey:

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Pourquoi un jeu grandeur nature en guise de campagne ?

Nous souhaitions organiser une campagne proche de la population et aller à la rencontre des gens, tout en leur présentant nos neuf candidats pour les élections au Conseil national. C’est de cette envie qu'est né "Valais Express". Le plus important pour les JDC, c’est d’intéresser les jeunes à la politique. Notre jeu s’inscrit dans une logique d’ouverture plutôt qu'une logique partisane. Si nous avons pu convaincre une personne d’aller voter, même si elle ne glisse pas PDC dans l'urne, nous avons atteint notre objectif. Nous avons d’ailleurs invité des personnalités d’autres partis à participer à certaines épreuves, comme le président des Jeunes Libéraux-Radicaux valaisan.

L'originalité paie plus que le traditionnel ?

J'en suis convaincu.  L'idée, c’est de créer un engouement autour de la politique. L'originalité d'un concept de campagne aide en ce sens, puisqu'elle incite au débat, aux échanges et invite à la curiosité. C'est aussi ce que nous avons essayé de créer autour de notre campagne d’affichage "On s'en branle".  Si cela a permis d'interpeller et de faire réfléchir sur la vie publique, nous avons gagné.

Affiche "On s'en branle" des JDC, qui caricature la politique politicienne.
Affiche "On s'en branle" des JDC, qui caricature la politique politicienne. [ - JDCVr]

 

Pari réussi ?

Le bilan est plus que réussi. Les épreuves dans les districts ont attiré bien plus de curieux que nous avions espéré. Un char s'est même transformé en bar pour l'occasion. Cela nous a permis d’engager des discussions qui ont souvent dévié sur des thèmes politiques.

Le projet a été essentiellement réalisé grâce à l'appui des proches des candidats ou membres de la section.

Facture déclarée: 5000 francs de dépenses, 3000 francs récoltés durant le jeu.

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Profil #04

L'UDC Suisse

Le contre-pied décalé

Le conseiller national zurichois Thomas Matter, "DJ Tommy" pour l'occasion, a imaginé le nouvel hymne de l'UDC "Welcome to SVP", où apparaissent les poids lourds du parti. La chanson, accompagnée d'un clip, est sortie le 11 septembre. Et en guise d'amuse-gueule, des teasers ont été diffusés depuis le début du mois, avec une galerie de portraits de membres de l'UDC dans une mise en scène à contre-emploi et 100% alémanique.

Le conseiller fédéral Ueli Maurer transporte par exemple des petits Gripen sur son vélo, comme il s'occupe d'un enfant:

Christoph Blocher lui se détend au bord de sa piscine, vêtu d'un peignoir rose et tente même un plongeon:

La facture: non dévoilée ("N'ayez pas peur. L'UDC va payer les factures", assure Thomas Matter).

Le conseiller national Thomas Matter, ici dans le clip "Welcome to SVP", est à l'origine de ce projet.
Le conseiller national Thomas Matter, ici dans le clip "Welcome to SVP", est à l'origine de ce projet. [ - SVP]

Nous avons chercher des clichés pour nous moquer de nous-mêmes

Thomas Matter, conseiller national (ZH)

Comment est né ce projet ?

Par une belle soirée d'été, j'ai invité chez moi quelques personnes pour une grillade. Toni Brunner, Christoph Blocher, Roger Köppel, Adrian Amstutz et Thomas Aeschi ont accepté mon invitation et ont sonné à ma porte. Pendant que les saucisses commençaient à griller sur le feu, le grand amateur de musique que je suis a fait écouter quelques-uns de ses morceaux favoris. Toni Brunner m'a proposé en riant de composer une chanson pour l'UDC sous le pseudonyme de "DJ Tommy". J’ai dit que j’étais d'accord à la condition que toutes les personnes présentes ce soir-là participent à la vidéo. L'affaire a été conclue d'une poignée de main. C'est cette plaisanterie qui a donné naissance à la chanson Welcome to SVP.

Christoph Blocher en peignoir rose, Roger Köppel aux toilettes ou vous-même en train de blanchir de l’argent, candidats et membres de l’UDC sont présentés à contre-emploi. Vous n’avez pas peur du ridicule ?

Nous avons cherché des clichés pour nous moquer de nous-mêmes. Mais le texte de la chanson est parfaitement clair: il invite les jeunes gens à assumer leurs responsabilités et à voter UDC.

Quel message souhaitez-vous faire passer ?

La Suisse est dans ta main, tu en es responsable, nous le sommes tous.

Vous misez sur le comique. Est-ce une manière de dédiaboliser l’UDC ?

Lorsque j'ai conclu ce pari avec Toni Brunner, il était évident pour moi que j'allais faire cette chanson. J'ai toujours été un fan de bonne musique et je devais donc relever ce défi. Le texte m'est venu assez vite, je n'ai jamais manqué d'idées. Je suis très satisfait du résultat, d'autant plus que la chanson plaît énormément à ma famille!

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Entretien avec Sébastien Salerno, UNIGE

L'avis de Sébastien Salerno, chargé d'enseignement UNIGE et spécialiste en communication politique:

Les partis misent-ils de plus en plus sur le divertissement pour séduire l'électeur ?

La tendance à une communication politique divertissante est manifeste en Suisse, comme ailleurs. Aujourd’hui sur les matériaux de campagne, la simplification des messages l’emporte sur les discours complexes et sérieux. Je crois que les politiciens ont compris la difficulté de persuader un électorat, plus volatil, de leurs arguments et préfèrent viser la mobilisation ou la séduction (d'où l'importance de l'humour).

Quel est l’impact au niveau électoral ?

L’impact sur le vote est assez faible. On ne fait pas basculer une campagne avec un clip sympathique. Pour susciter des votes, un parti doit surtout séduire d’importants groupes d’influence et des catégories sociales. Mais l’objectif du divertissement en politique est de toucher un plus large électorat que celui habituellement visé, un public plus jeune. C’est aussi le moyen d’exister dans les médias, d’être visible sur un maximum de plateformes.

En utilisant l’humour, y a-t-il un risque de tomber dans le ridicule ?

Non pas du tout. L’usage de l’ironie, le fait de se moquer de soi-même, montre que l’on est prêt à l’autocritique. Ce jeu de l’autodérision passe très bien auprès de l’opinion.

L’originalité en campagne n’est pourtant pas très présente en Suisse par rapport à l’étranger.

En Suisse, le marché électoral est très fragmenté en raison du fédéralisme et de nos trois langues nationales. Nous sommes donc face à de petits marchés politiques, qui impliquent de fait des campagnes de proximité. De plus, les techniques historiques de campagne, tel que les débats, les appels téléphoniques, les affiches, ou la distribution de tracts dans la rue, n’ont pas subi de dévaluation au profit des sondages d'opinion ou des grands médias nationaux, comme en France par exemple. Ces techniques sont encore bien perçues par les partis politiques.

Sondage: quelle opération vous séduit le plus?

Participez à notre mini-sondage et découvrez quel modèle convainc le plus.

Les précédentes "Suisse Battles".

Retrouvez les précédents épisodes de notre série des "Suisse Battles".

Suisse Battle #03: les candidats romands et les réseaux sociaux, une histoire d'amour?

Suisse Battle #02: l'affiche de campagne: vendre du rêve ou avoir les pieds dans l'eau?

Suisse Battle #01: en solo ou en groupe, comment réussir sa campagne?

>> A voir également, le dernier épisode du Journal de campagne d'Alain Rebetez:

Journal de campagne: Alain Rebetez a suivi une conférence des Verts vaudois
19h30 - Publié le 28 septembre 2015
 

Et notre dossier complet sur les élections fédérales.

Crédits

Journalistes: Mélanie Ohayon, Cécile Rais

Conception: Frédéric Boillat et Cécile Rais

Réalisation: Cécile Rais

RTSinfo - 2015