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L'UDC se fait discrète sur l'asile en cette période de crise migratoire

L'UDC s'est réunie samedi dans les Grisons. [Gian Ehrenzeller - Keystone]
La crise migratoire ne profite plus à l'UDC / Forum / 3 min. / le 2 septembre 2015
Et si la crise migratoire européenne desservait l'UDC plutôt que de doper sa campagne? Depuis quelques jours, le parti de Toni Brunner est devenu plus discret sur la question de l'asile.

Finies les déclarations choc, comme si l'UDC avait décidé de calmer le jeu. Dans le ton, le contraste est même saisissant en comparant deux éditos signés par le chef de groupe de l'UDC Adrian Amstutz.

Début août, le Bernois parlait du chaos de l'asile, de nombreux abus, de migrants économiques. Il estimait qu'il fallait interdire aux requérants de voyager à l'étranger ou d'acheter des cigarettes et de l'alcool... Un discours extrêmement musclé, dans la chaleur caniculaire de l'été.

L'automne arrivant, la température baisse. Adrian Amstutz parle désormais d'un drame, de personnes persécutées, menacées dans leur vie. Il ne s'attaque plus seulement aux migrants et vise les passeurs... Comme si l'UDC s'était assagie.

"Les morts se sont rapprochés"

Ce changement de discours s'explique par un changement de contexte. Il y a une prise de conscience dans la population, parce que les morts et les images se sont rapprochés, analyse un peu cruellement un élu PLR. Le drame dans un camion en Autriche a montré que des migrants meurent à nos portes. Christian Levrat, président du PS, évoque aussi les images de trains de migrants qui rappellent la sombre histoire du XXe siècle.

Le vice-président du parti Claude-Alain Voiblet ne voit toutefois aucun risque de froisser son électorat, alors que l'UDC ne peut plus capitaliser sur l'asile. S'il avoue que leur discours a été plus critique sur l'asile avant l'été, c'est parce qu'il fallait "obliger les autres partis à réagir".

Claude-Alain Voiblet rappelle par ailleurs qu'il y aura un débat urgent sur l'asile dans la session qui s'ouvre lundi. Mais on sent un malaise quand on lui demande si, comme l'affirmait l'UDC au début de l'été, il y a des "faux requérants" dans les trains venant de Hongrie.

Aux autres partis d'en profiter?

Tous les élus approchés par la RTS constatent que l'UDC a été prise à son propre jeu. Mais personne au PS, au PLR ou au PDC n'entend récupérer le thème d'ici au 18 octobre. On préfère la prudence: "Les électeurs sauront dire quels sont les partis humains et raisonnables", estime même une élue socialiste.

"Il n'y a plus besoin d'alimenter ce thème de l'asile", concède enfin Claude-Alain Voiblet. En conclusion, le chef de la campagne de l'UDC en Suisse romande estime qu'il faut désormais accentuer d'autres dossiers: l'Europe, les juges étrangers, les criminels étrangers, les abus à l'aide sociale...

Pietro Bugnon

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