Modifié le 28 septembre 2015 à 11:43

Christophe Darbellay (PDC): "Nous sommes l'unique parti de la classe moyenne"

Christophe Darbellay quittera la présidence du PDC au printemps 2016.
Christophe Darbellay quittera la présidence du PDC au printemps 2016. [Dominic Steinmann - ]
Le Parti démocrate-chrétien (PDC) veut obtenir 14% des voix aux élections fédérales. Son président Christophe Darbellay insiste sur l'importance de mener une campagne forte hors des fiefs traditionnels de la formation.

RTSinfo: Après la débâcle de l’initiative visant à défiscaliser les allocations pour enfants en mars derniere, le PDC est-il encore le parti de la famille comme vous le prônez?

Christophe Darbellay (président du PDC): Le PDC est l’unique parti de la classe moyenne et de la famille. C’est le seul qui se préoccupe d’elle en-dehors des élections. Les autres formations font de beaux discours mais ne tiennent aucune promesse. Cette initiative était là pour le prouver: certes, nous avons eu un soutien tardif de l’UDC mais sinon, nous étions seuls. L’idée était juste, le moment moins opportun. Les caisses publiques sont vides et cela aurait coûté cher. Reste que notre initiative a clairement atteint sa cible. Les familles de la classe moyenne ont largement voté en sa faveur.

Parmi les dix mesures figurant sur votre programme électoral, laquelle prime véritablement aujourd’hui?

L’accent mis sur la formation. Donner aux gens la possibilité de se former, c’est garantir leur autonomie. Il est important de ne pas affaiblir le système d’apprentissage, qui nous permet de résister à toutes les crises. Parallèlement, il faut continuer de consacrer des moyens importants à la recherche et à l’innovation, tant au niveau fédéral que cantonal.

En quoi votre cortège de mesures diffère-t-il fondamentalement des autres partis?

Nous ciblons la classe moyenne. Les partis de gauche se concentrent sur les personnes qui ont très peu de ressources et qui sont dépendantes de nos offres sociales. Ceux de droite s’orientent vers une élite, qui a beaucoup de moyens. C’est chacun pour soi, Dieu pour tous. Nous sommes au milieu de l’échelle, conscients que cela représente une frange très hétérogène, impossible à définir au franc près.

S’inspirer des idées de l'UDC sur le terrain de l’asile fait-il aussi partie de votre stratégie électorale?

Je ne vois pas en quoi on s’inspire des idées de l’UDC sur un quelconque terrain.

Vous avez tout de même rédigé un document de position visant à renvoyer, à terme, les réfugiés érythréens.

Aucun lien avec l’UDC. Ce sont des propositions constructives qui essaient de résoudre des problèmes difficiles. Nous avons un concept d’aide au développement, avec l’idée de faire de l’Erythrée une nation prioritaire. Donnons-nous de deux et quatre ans pour améliorer la situation vis-à-vis de ce pays. Reste qu'il demeure ubuesque de penser que certains réfugiés peuvent partir en vacances chez eux en regard de leur statut. Un réfugié, c’est par définition une personne en danger dans son pays.

Que visez-vous avec ce texte?

L’asile est l’une des préoccupations majeures de la population. Cela fait partie de la stratégie électorale d’un parti qui assume ses responsabilités et propose des solutions quand il y a des problèmes à résoudre. L’UDC ne veut plus ouvrir de centres de requérants d’asile. Vous avez vu cela au PDC? Nous avons élaboré un concept équilibré en respectant le droit international et en maintenant la tradition humanitaire.

Le PDC bénéficiait de 21,3% des suffrages en 1979. Depuis, il n’a cessé de perdre en pourcentage. Qu’allez-vous faire pour inverser la tendance?

La nouvelle concurrence de l’UDC nous a fait du mal. Nous sommes le grand parti des petits cantons ruraux mais nous ne devons pas négliger les zones qui ne sont pas nos fiefs, comme en 2011. Près de la moitié des conseillers nationaux vivent dans quatre cantons seulement: Zurich, Argovie, Berne et Vaud. Si l’on gagnait 0,1 ou 0,2% à Zurich, cela se ressentirait au niveau national. De manière plus générale, nous allons réaliser la campagne la plus forte possible, en nous concentrant sur moins de thèmes.

Lesquels?

Avec la famille et la classe moyenne, c’est l’emploi qui retient notre attention. Les questions de sécurité – quotidienne et sociale – et la migration sont aussi au cœur de notre campagne.

Quel est l’objectif chiffré du PDC pour ces élections?

Il est de 14%. Aux Etats, le statu quo est assez réaliste. Nous devrions rester devant. Nous aimerions aussi pouvoir maintenir sinon légèrement augmenter notre nombre de sièges au Conseil national.

Le parti se mobilise-t-il suffisamment pour atteindre cet objectif?

Nous avons besoin d’un engagement de la base, ce qui signifie un engagement dans la rue. Il ne suffit pas de coller des affiches. Il faut aller vers les gens, leur parler, leur expliquer les enjeux. C'est vrai, on n’a pas cette mentalité. La mobilisation interne a toujours été trop faible au PDC, c’est un problème récurrent sur lequel nous travaillons.

L’échec d’une union avec le PBD au niveau national aura-t-elle un impact sur vos résultats?

Aujourd’hui, notre système politique est très polarisé avec une gauche et une droite assez cohérentes, puis un centre dispersé. Le but aurait été de créer une masse critique, qui serait devenu d’un coup la deuxième force politique du pays. L’enjeu était énorme. Le PBD a fait une erreur historique. Avec cette union, la dynamique des élections fédérales aurait été totalement différente. Quand bien même le PBD et le PDC auraient conservé leur logo et leur étiquette. C’est regrettable mais ça n’aura pas grande influence notre score au final.

Pourtant, selon le dernier baromètre électoral de la SSR, vous êtes crédité de 11,5% des intentions de vote. C’est encore moins que les 12,3% de 2011.

Je n’ai pas peur, ça reste un sondage. Nous nous donnerons les moyens de convaincre de notre capacité à penser la Suisse de demain.

Avec Christophe Darbellay et Urs Schwaller, ce sont deux poids lourds du PDC qui quittent la coupole fédérale cet automne. Derrière eux, c’est le vide?

Non. Pensez à Filippo Lombardi, qui a pris la place d’Urs Schwaller à la présidence du groupe parlementaire. Le PDC possède des personnalités fortes qui ont toutes les qualités pour reprendre le flambeau. Il faut simplement que certains se décident à partir au front. A présent, le parti a des positions plus claires et est plus resserré, même si nous n’en sommes pas encore au point où j’aurais aimé parvenir.

>> Les interviews des autres dirigeants de partis sur le site des élections fédérales.

Propos recueillis par Kevin Gertsch

Publié le 28 septembre 2015 à 11:24 - Modifié le 28 septembre 2015 à 11:43

En bref

RTSinfo: Faut-il passer à un Conseil fédéral à 9 membres?

Christophe Darbellay: Non

Faut-il relancer le processus d’adhésion à l’Union européenne?

Non

Faut-il accueillir davantage de migrants?

Non

Faut-il augmenter l’âge de la retraite pour assurer le financement de l’AVS?

Oui

Faut-il instaurer une caisse publique d’assurance-maladie?

Non

Faut-il restreindre le droit d’initiative populaire?

Non

Faut-il sacrifier un peu de liberté individuelle au profit de la sécurité en augmentant la surveillance (écoutes, etc.)?

Oui

Faut-il autoriser les couples de même sexe à adopter?

Non

Faut-il abroger le service militaire obligatoire?

Non

Faut-il doubler le montant de la vignette autoroutière?

Non

Faut-il que l’Etat aide à la formation d’imams en Suisse?

Non

Faut-il imposer l’apprentissage d’une langue nationale comme première langue à l’école?

Oui

Le PDC, parti le plus représenté aux Conseil des Etats

Quatrième force politique du pays, le Parti démocrate-chrétien (PDC) a chuté à 12,3% des voix lors des élections fédérales de 2011, contre 14,5% quatre années auparavant.

Le parti centriste possède 40 parlementaires sous la Coupole fédérale. S'il peine à sortir son épingle du jeu au Conseil national (28 élus sur 200 au total), le PDC est le parti le plus représenté aux Etats avec 12 sénateurs.