Modifié le 28 septembre 2015 à 11:43

Adèle Thorens (Verts): "C'est un cliché d'opposer l'écologie à l'économie"

Adèle Thorens, coprésidente des Verts.
Adèle Thorens, coprésidente des Verts. [Christian Beutler - Keystone]
Les Verts visent le maintien sous la Coupole le 18 octobre. Coprésidente des Verts, Adèle Thorens entend se battre pour les dossiers lancés et défendus par son parti.

RTSinfo: Les sondages annoncent un recul des Verts, comment l'empêcher?

Adèle Thorens (coprésidente des Verts): Avec une campagne forte sur le terrain et les réseaux sociaux et en transmettant des messages clairs. Nous devons mobiliser notre électorat. Nous avons constaté que beaucoup de nos électeurs ne s'étaient pas rendus aux urnes lors des dernières échéances électorales. Beaucoup ne sont plus préoccupés par le tournant énergétique, pensant que ce dossier est bouclé. C’est faux: le prochain parlement en décidera. De plus, dans les périodes économiquement difficiles, les gens se détournent de ces questions environnementales. Pourtant, l’écologie crée des emplois, c'est un cliché de l'opposer à l'économie.

Avec quels thèmes allez-vous inciter les électeurs à vous suivre?

Nous ne lâchons pas le dossier du nucléaire, Beznau est désormais la plus vieille centrale en fonction. En prolongeant sans limite l'activité sur ce site, les Suisses sont les cobayes d'une expérimentation unique au monde! La sortie du nucléaire n’est pas décidée, nous nous battrons pour l’obtenir. Nous lançons aussi de nouveaux thèmes, comme l'économie verte ou l'industrie 4.0 qui concerne l’impact du numérique sur notre économie. Ces enjeux n’ont rien d’électoraliste: nous jouons ainsi notre rôle de parti pionnier. C’est dans notre ADN de lancer de nouveaux thèmes, même s'ils mettent parfois du temps à s’imposer.

Il faut lancer le pavé dans la mare pour qu'ensuite les autres partis s'emparent de ces sujets. Cette "naturalisation" des idées est indispensable pour obtenir à terme des majorités au sein du Parlement. Une fois que le thème que nous avons lancé est débattu, nous demeurons les garants de la crédibilité des compromis négociés. Nous mettons aussi la pression, en tant que parti d’opposition, avec des armes, comme l'initiative populaire. C’est le cas avec notre initiative pour la sortie du nucléaire. Ce n'est évidemment pas facile de travailler sur des thèmes impliquant une vision à long terme dans une telle période de repli comme celle que nous vivons, où les projections se font à plus court terme.

Mais aujourd'hui les Verts ne sont plus les seuls à faire de l'écologie, même si certains partis se sont fait accuser de "greewashing".

Régula Rytz (ndlr: coprésidente des Verts avec Adèle Thorens) dit "Plus les Verts gagnent, plus les autres partis se veulent verts." C'est sûr, nos réussites sont parfois attribuées aux partis gouvernementaux, qui font les majorités en fin de processus.

Ne devriez-vous pas davantage vous imposer sur les thèmes qui préoccupent les Suisses (asile, franc fort, etc.)?

Nous sommes LE parti humaniste sur l’asile. La Suisse doit faire sa part pour protéger les réfugiés. Il faut mettre un terme à ces drames inacceptables en Méditerranée. Revenons à la possibilité de déposer les demandes d'asile sur place, dans les ambassades, et assurons la sécurité des réfugiés dans leurs déplacements. Nous abordons par ailleurs aussi l'économie via l'économie verte, qui rend nos entreprises efficientes et innovantes et crée des emplois.

La solution ne réside-t-elle pas aussi dans des alliances politiques?

Nous travaillons beaucoup avec le PS, notamment dans les cantons et les villes, où nous formons des alliances roses-vertes. Nous collaborons aussi avec les Verts'Libéraux, surtout sur les dossiers environnementaux.

Quel est votre objectif chiffré?

Nous visons le maintien de nos sièges et nous avons un potentiel pour récupérer les sièges perdus de justesse en 2011, dans les cantons de Vaud et Bâle-Ville. C'est un objectif réaliste, vu le contexte.

Ne devriez-vous pas mener une campagne plus offensive?

Notre campagne est offensive! Mais nous refusons de faire du populisme. Nous tenons à faire de la politique autrement, c'est la marque de fabrique des Verts. On nous le reproche parfois, mais peu importe nous nous refusons à faire des simplifications ou d'user d'attaques personnelles. Nous voulons faire de la politique dans le respect de la démocratie. La politique c'est aussi écouter, travailler ensemble pour trouver des solutions. C'est peut-être moins spectaculaire, mais c'est aussi ce que notre électorat attend de nous.

Quel bilan tirez-vous de votre coprésidence féminine?

C'est un grand succès à la fois pour le parti et comme expérience personnelle. A l'interne, cela nous a permis de renforcer les liens avec les sections cantonales. Cette formule nous a également permis de mettre en place une manière plus efficiente de travailler. Nos décisions sont plus solides car basées sur le dialogue.

L’étude de l’Institut de sondage GFS de Claude Longchamp montre que notre électorat place l’identification à notre présidence au 3ème rang des raisons pour lesquelles il vote Verts. C'est beaucoup mieux que chez le PLR, le PDC ou le PS. C'est  encourageant, car certains journalistes ont critiqué notre  modèle, allant parfois aux limites du sexisme. Mais nous avons notre propre manière de faire de la politique, loin des combats de coqs: nous sommes calmes et factuelles, avec des positions claires. Le jobsharing, c'est aussi l'avenir. Ce modèle est cohérent avec notre notre politique en faveur de l’égalité et d’un autre rapport au travail.

>> Les interviews des autres dirigeants de partis sur le site des élections fédérales.

Propos recueillis par Lara Gross

Publié le 28 septembre 2015 à 11:31 - Modifié le 28 septembre 2015 à 11:43

En bref

RTSinfo: Faut-il passer à un Conseil fédéral à 9 membres?

Adèle Thorens: oui

Faut-il relancer le processus d’adhésion à l’Union européenne?

...

Faut-il accueillir davantage de migrants?

Oui

Faut-il augmenter l’âge de la retraite pour assurer le financement de l’AVS?

Non

Faut-il instaurer une caisse publique d’assurance-maladie?

Oui

Faut-il restreindre le droit d’initiative populaire?

Non

Faut-il sacrifier un peu de liberté individuelle au profit de la sécurité en augmentant la surveillance (écoutes, etc.)?

Non

Faut-il autoriser les couples de même sexe à adopter?

Oui

Faut-il abroger le service militaire obligatoire?

Oui

Faut-il doubler le montant de la vignette autoroutière?

Non

Faut-il que l’Etat aide à la formation d’imams en Suisse?

Oui

Faut-il imposer l’apprentissage d’une langue nationale comme première langue à l’école?

Oui

Les Verts visent le maintien de leurs sièges

Après avoir connu un succès lors des élections fédérales de 2007 en obtenant 20 sièges au sein du Conseil national, les Verts ont connu une année 2011 moins heureuse, en cédant 5 sièges. Et depuis 2011, le parti a perdu 26 sièges au sein des parlements cantonaux.

Au Conseil des Etats, les Verts sont représentés par le Vaudois Luc Recordon et le Genevois Robert Cramer, élus à la Chambre des cantons depuis 2007. Les deux sénateurs se représentent.