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Sans apparentements de listes, l'UDC serait plus forte au Conseil national

Si les apparentements de listes n'étaient pas possibles, la constitution du Conseil national serait bien différente.
Si les apparentements de listes n'étaient pas possibles, la constitution du Conseil national serait bien différente.
Si les apparentements de listes n'étaient pas possibles, le Conseil national serait sensiblement différent et l'UDC plus forte: en 2011, elle aurait obtenu 8 sièges supplémentaires.

L'apparentement de listes, pratique politique qui consiste à regrouper plusieurs listes électorales dans le but de n'en former plus qu'une, plus forte, influe sensiblement sur la composition du Conseil national, comme le révèle la dernière enquête data de SRF News.

En 2011, les grands partis ont plutôt gagné à nouer des alliances: l'apparentement de listes a permis au PS et au PDC de gagner chacun deux sièges au Conseil national (respectivement 46 au lieu de 44, et 28 au lieu de 26). L'union a surtout fait la force des Verts'Libéraux, qui ont ainsi obtenu quatre sièges supplémentaires (12 au lieu de 8), et l'opération a été blanche pour le PLR (30 sièges) ainsi que pour les Verts (15 sièges).

L'UDC, grande perdante

En revanche l'UDC, qui peine à trouver des alliés, est la grande perdante du jeu des apparentements de listes. Dans les cantons de Vaud, Fribourg, Berne, Bâle-Campagne, Lucerne, Schwytz, Saint-Gall et dans les Grisons, le parti agrarien a chaque fois perdu un siège en raison de la concentration des autres listes. Sans les apparentements de listes, ce n'est pas 54, mais 62 sièges que l'UDC aurait obtenus.

Le système électoral a influé sur la répartition des sièges dans 12 cantons; n'ont pas été concernés les cantons du Jura, de Genève, d'Argovie, de Schaffhouse, de Thurgovie, du Tessin, de Zoug, de Zurich et bien sûr ceux qui pratiquent le scrutin majoritaire (les deux Appenzell, Glaris, Nidwald, Obwald, Uri).

Une pratique au bénéfice de la gauche en Suisse romande

A l'exception de Genève et du Jura, la répartition des sièges a été modifiée par le jeu des apparentements de listes dans tous les cantons romands. Et ce, systématiquement au bénéfice de la gauche.

Dans le canton de Vaud, il a permis au Parti socialiste de gagner un siège aux dépens de l'UDC. L'alliance avec les Verts et les divers gauche a offert au PS six sièges au lieu de cinq; à l'inverse, l'UDC vaudoise a obtenu quatre sièges alors qu'elle en aurait eu cinq sans apparentement.

À Neuchâtel, ce sont les Verts qui ont gagné à s'allier. La liste commune au PS, aux Verts et aux divers gauche a coûté aux socialistes un siège (1 au lieu de 2) qui est allé aux écologistes, lesquels n'auraient sinon obtenu aucun siège.

À Fribourg, l'alliance du PS avec les Verts, le Parti chrétien-social et le Parti évangélique a rapporté une place supplémentaire aux socialistes au sein du Conseil national: trois sièges ont été dévolus au Parti socialiste au lieu de deux, au détriment de l'UDC qui a dû se contenter d'un siège.

En Valais, le PS a de nouveau gagné un siège (deux au lieu d'un) de son apparentement avec les listes des Verts et du Parti chrétien social. Le PDC en a pâti, n'obtenant que trois sièges au lieu de quatre.

Enfin à Berne, ce sont les Verts'Libéraux qui ont su grappiller un siège supplémentaire au Conseil national en s'alliant au Parti évangélique, au Parti démocrate chrétien et au Parti suisse pour les animaux. Si les apparentements de listes n'étaient pas possibles, les Verts'Libéraux n'auraient obtenu qu'un siège au lieu de deux, l'UDC neuf au lieu de 8.

Si, depuis les 20 dernières années, la plupart des grands partis ont bénéficié au moins une fois des apparentements de listes (voir encadré), la transparence du système peut poser question: au moment de remplir leur bulletin de vote, pas sûr que les électeurs aient conscience de toutes les subtilités du comptage et du report des voix.

Tania Boa, Timo Grossenbacher, Thomas Preusse, Pauline Turuban


Remplissage des bulletins: comment sont comptabilisées les voix des partis et des candidats

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En 20 ans, la plupart des partis ont pu tirer profit du système

Depuis 1995, les apparentements de listes ont coûté 19 sièges à l'UDC et en ont fait gagner 8 aux Verts. Les Verts'Libéraux ont aussi tiré leur épingle du jeu: un tiers des sièges qu'ils ont obtenus lors des cinq dernières élections au Conseil national l'ont été grâce aux apparentements de listes.

Autre cas intéressant: le Parti chrétien-social (PCS), qui n'aurait obtenu aucun siège si ce système n'existait pas. Globalement, les partis de gauche et écologistes en ont été les principaux bénéficiaires en 20 ans.

Les pertes de sièges se concentrent sur quatre partis, mais l'UDC et le PLR (8 sièges perdus depuis 1995) en cumulent la quasi-totalité. A l'inverse, les gains de sièges sont plutôt répartis équitablement parmi les partis, ce qui signifie que la plupart ont bénéficié au moins une fois des apparentements de listes.