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"Le Gripen correspond tout à fait aux missions qui lui sont demandées"

Hugues Hiltpold, conseiller national PLR genevois. [Lukas Lehmann - Keystone]
Hugues Hiltpold, conseiller national PLR genevois. [Lukas Lehmann - Keystone]
Architecte de profession, le Genevois Hugues Hiltpold est conseiller national PLR depuis 2007. Membre de la Commission de la politique de sécurité du National, il copréside le comité "Oui au Gripen".

RTSinfo: Votre campagne est basée sur l’idée d’une armée crédible et moderne. Or, le prix est le facteur principal dans le choix du nouvel avion de combat. Est-ce vraiment un gage de crédibilité?

Hugues Hiltpold: Le Conseil fédéral a pris toutes les mesures pour choisir le bon avion, en coopération avec les forces aériennes. L’appareil choisi est certes le meilleur marché, mais il correspond tout à fait aux missions qui lui sont demandées, à savoir la défense de l'espace aérien et la police du ciel.

L’efficacité du Gripen a pourtant été jugée "juste satisfaisante" par Armasuisse.

C’est vrai sur un certain nombre de critères. Toutefois, sur deux ou trois éléments très spécifiques comme le radar, il s'agit d’un appareil plus performant que les autres. C’est loin d’être un mauvais avion.

Le Conseil fédéral a lancé un appel d’offres pour 22 avions. Or, selon le groupe de projet, 12 appareils étaient suffisants…

Et le même groupe disait qu'acheter 33 avions serait mieux! Au final, la flotte sera tout de même réduite de manière drastique, ces 22 avions remplaçant nos 54 vieux Tiger. Sans ces appareils, la Suisse, par exemple, ne pourra plus à l’avenir organiser deux grandes conférences internationales en même temps, comme cela a été le cas fin janvier avec le WEF à Davos et la conférence Genève 2 sur la Syrie.

Nos forces ne sont-elles pas surdimensionnées? L’Autriche, elle, ne dispose que de 15 avions de combat pour un territoire deux fois plus grand.

Si l'armée affirme qu'il faut 54 avions – 32 F/A-18 et 22 Gripen – pour remplir les missions, je pars du principe que ce nombre est correct. En ce qui concerne l’Autriche, je ne me prononcerai pas: je ne connais pas les missions des forces aériennes autrichiennes ni les exigences sécuritaires dans ce pays.

Les chasseurs suisses ne volent que pendant les "heures de bureau", ce qui a valu à la Suisse d’être la risée du monde entier lors du détournement de l’avion éthiopien à Genève mi-février. N’est-ce pas cela qui mine la crédibilité de l’armée?

C’est une décision prise par le Parlement dans un souci d’économies, alors que les Tiger, incapables de voler de nuit et par mauvais temps, arrivaient en fin de course. Je comprends que cela fasse sourire. Mais avec de nouveaux avions, nous serons dans une dynamique inverse. Le Département de la défense (DDPS) veut revenir en arrière dès que les Gripen seront livrés.

Est-ce un engagement ou une simple posture de campagne?

Pour avoir des pilotes disponibles 24 heures sur 24, cela coûte 30 millions de francs par an. C’est un choix politique: vu le contexte et la majorité, le Parlement va faire le pas.

Au total, les Gripen vont-ils coûter 3,126 milliards de francs ou plutôt 10 milliards, comme l’affirment les opposants?

Je n’ai jamais compris ce chiffre. Le projet soumis au peuple est pourtant clair: c’est 3,126 milliards de francs, soit 300 millions par année pendant dix ans.

Cet argent ne serait-il pas mieux investi ailleurs?

Le fonds Gripen est alimenté par le budget ordinaire de l’armée et, à ce titre, il n’a demandé aucune coupe dans d’autres postes. Il a été voté par le Parlement expressément pour acheter cet avion: si le peuple dit non, l’argent ne pourra pas être utilisé à d’autres fins.

La Suisse devra payer un acompte d’un milliard, alors que le Gripen E n’existe que sur le papier. N’est-ce pas un gros risque financier?

Non, car Berne a négocié un contrat avec des pénalités, garanti par l'Etat suédois. Par exemple, si les avions sont livrés en retard, c’est 12 millions de francs par avion. De plus, il sera possible de renvoyer le tout à l’expéditeur si d’aventure l’appareil ne correspondait pas au cahier des charges, avec le retour de 100% de l’argent investi.

Selon votre argumentaire, cet achat serait une opération rentable sur le plan économique et industriel…

Selon les termes de l’accord conclu avec Saab, la Suisse bénéficiera de 2,5 milliards de francs de contrats, ce qu'on appelle les affaires compensatoires. Cela correspond à 1000 emplois pendant 10 ans. La Suisse romande disposera de 30% de ce montant, soit 750 millions de francs.

Pouvez-vous assurer que ces contrats seront réellement signés?

La Confédération a mis en place un bureau des affaires compensatoires qui sera très attentif sur cette question. De plus, grâce au paiement échelonné que nous avons pu négocier, nous aurons un moyen de pression financier au gré de la livraison des appareils.

Lors de l’achat des F/A-18, les promesses n’avaient pas été tenues.

C’est vrai, mais le problème a cette fois-ci été pris en amont. Ces affaires compensatoires font partie des clauses du contrat signé avec le constructeur Saab. L’avionneur ne peut pas se déjuger, sous peine de devoir payer des compensations.

Une partie de la droite rejoint néanmoins la gauche dans le camp du non…

Quoi qu'elle dise, la gauche ne voudra jamais d’un avion de combat. A droite, certains considèrent que le F/A-18 suffit, alors que d’autres voudraient un autre appareil que le Gripen. C’est cette minorité au sein du centre-droit qui a des doutes sur la qualité de l’avion que nous devons absolument convaincre.

Dans cette optique, que pensez-vous de l’influence de Saab et de la Suède dans la campagne?

Il s’agit d’une des nombreuses maladresses qui plombent ce dossier depuis le départ. Quand Ueli Maurer a présenté le projet, comparant le Gripen à une Golf plutôt qu'à une Ferrari, il a donné l’impression de ne pas être convaincu. Au final, cet avion a énormément souffert de la mauvaise communication du DDPS.

Le Gripen est fortement identifié à l’UDC et à son conseiller fédéral. Après la votation du 9 février, cet avion ne risque-t-il pas d’être victime de cette proximité?

Il n’est pas exclu que quelques esprits chagrins "règlent leurs comptes" avec l’UDC à travers le Gripen. J’ai toutefois l’intime conviction que la majorité de la population se prononcera sur l’objet en question, en faisant fi du ministre en charge.

Un premier sondage donne le non nettement en tête (62%). Est-ce d’ores et déjà perdu?

Cette enquête est un peu la douche froide, mais elle a l’avantage de nous pousser à réagir. Le 18 mai, c’est encore loin, et la campagne ne fait que commencer. Le vent peut encore tourner!

Propos recueillis par Didier Kottelat

Lire aussi: "Dépenser dix milliards pour les Gripen est une aberration"

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La votation sur le Gripen en bref

Après des années de tractations, la décision d'acquérir 22 nouveaux avions de combat, des Gripen conçus par le constructeur suédois Saab, a été avalisée par le Parlement en septembre 2013.

Cet achat est toutefois combattu par un référendum du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), de la gauche, des Verts et d'une alliance bourgeoise emmenée par les Vert'libéraux.

La votation du 18 mai ne porte toutefois pas sur l'achat lui-même de l'appareil, mais sur son mécanisme de financement. Est donc contestée la loi qui institue un fonds d'achat alimenté via une ponction de 300 millions de francs chaque année et pendant dix ans dans le budget ordinaire de l'armée.

Pour les partisans du Gripen, le ministre de la Défense Ueli Maurer en tête, l'achat des nouveaux avions pour 3,126 milliards de francs est nécessaire afin d'assurer la sécurité de la Suisse et garantir la surveillance de son espace aérien 24 heures sur 24.

Un autre argument avancé est la vétusté des 54 Tiger de l'armée, qui volent depuis 30 ans, voire plus, et qui doivent être retirés du service au plus vite.

Les opposants évoquent un gaspillage de l'argent public et jugent que le peuple doit pouvoir se prononcer. Le choix du type de jet fait également débat, car le modèle de Gripen choisi n'est actuellement en service dans aucune armée et son efficacité n'est pas prouvée.