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Guy Parmelin déplore la faiblesse du Conseil fédéral

Pour le conseiller national UDC vaudois Guy Parmelin, le pouvoir du Conseil fédéral doit être renforcé. [Peter Klaunzer - Keystone]
Pour le conseiller national UDC vaudois Guy Parmelin, le pouvoir du Conseil fédéral doit être renforcé. [Peter Klaunzer - Keystone]
Le conseiller national UDC vaudois Guy Parmelin est membre du comité en faveur de l'initiative pour l'élection du Conseil fédéral par le peuple. Selon lui, ce texte apporterait la "dernière pierre à la démocratie directe".

RTSinfo: Pourquoi vouloir changer un système qui fonctionne?

Guy Parmelin: Le Conseil fédéral n'a jamais été aussi mal noté dans les sondages que ces dernières années. Il s'agit donc de donner la possibilité au peuple de choisir qui le gouverne et apporter ainsi la dernière pierre à la démocratie directe. De plus, l'exécutif étant très faible par rapport au législatif, ce texte lui donne plus de pouvoir, notamment face aux divers groupes de pression.

N’est-ce pas donner trop de pouvoir au gouvernement?

Les droits de référendum et d'initiative ne vont pas disparaître. Donc, même renforcé, le Conseil fédéral ne pourra pas faire n'importe quoi au risque de se faire désavouer par le Parlement et le peuple.

Malgré qu'il prévoit au moins 2 sièges latins, ce texte ne défavorise-t-il pas les Romands et les Tessinois?

Ce sera aux partis de faire un effort pour trouver des personnalités avec de l'envergure, capables de dépasser les frontières linguistiques. On peut très bien imaginer trouver un tel candidat au Tessin. D’ailleurs, avec le système actuel, tous les candidats italophones ont déjà été recalés par leur propre parti avant l’élection proprement dite.

Les campagnes devront être menées dans tout le pays, ce qui nécessitera certains moyens financiers. Ne va-t-on pas vers une élections de riches?

Je ne crois pas. Dans le canton de Fribourg par exemple, lorsque l'indépendant Pascal Corminboeuf était candidat au Conseil d'Etat, il menait ses campagnes seul, avec de petits moyens. Cela ne l'a pas empêché de rester 15 ans au gouvernement.

Mener campagne au niveau national demande tout de même plus de moyens...

Oui, mais ce n'est pas qu'une question d'argent. Il y a aussi la personnalité du candidat qui entre en ligne de compte.

Ne craignez-vous pas que l'élection de sept personnalités fortes porte préjudice au système collégial?

Le peuple veut élire une équipe. Un élu qui ne respecterait pas le système collégial ne serait tout simplement pas réélu. C'est un phénomène que l'on voit régulièrement au niveau cantonal par exemple. Ceci dit, les personnalités affirmées ne sont pas toujours nocives: je me souviens par exemple que Pascal Couchepin avait critiqué le département de Samuel Schmid. Malgré les étincelles que ce type d'action peut provoquer, cela permet au gouvernement de se remettre en question et, au final, de dégager des solutions communes.

Une élection par le peuple n'encourage-t-elle pas les élus à être en campagne permanente?

Non. Je pense qu'un conseiller fédéral à mi-mandat par exemple qui délaisserait ses responsabilités pour faire un tour de Suisse casserait le dynamisme collégial et ne se ferait tout simplement pas réélire.

L'UDC, minoritaire dans les exécutifs, ne se tire-t-elle pas une balle dans le pied en proposant ce texte?

Ce système a permis les élections d'Oskar Freysinger en Valais et d'Yvan Perrin à Neuchâtel. Il nous a aussi permis de récupérer un siège à l'exécutif zurichois. Ce sera peut-être plus difficile pour l’UDC de se profiler, ce sera donc à elle de se démener pour trouver un candidat rassembleur.

Certaines personnalités de gauche comme Micheline Calmy-Rey soutiennent l’initiative mais disent préférer un système proportionnel. Pourquoi avoir opté pour la majorité?

L’UDC romande avait aussi défendu l'élection à la proportionnelle, notamment pour augmenter les chances d'élire des candidats romands. Après réflexion, on se dit quele système majoritaire a fait ses preuves dans les cantons et a même permis à l'UDC de forcer la porte dans certains exécutifs.

Selon le dernier sondage SSR, votre initiative serait nettement rejetée. Vous êtes inquiet?

Ces résultats sont sortis avant la distribution de notre tout-ménage qui, je l'espère, saura convaincre. L’inconnue actuellement reste la frange de la gauche qui se dit séduite par notre proposition.

Cette campagne de l'UDC semble moins provocante que les précédentes...

C’est effectivement une opération différente car on touche ici au patrimoine génétique du gouvernement suisse et aux institutions. C’est pour ça qu'elle est moins animée et plus "sérieuse" que d'habitude.

Votre pronostic sur les résultats?

C'est difficile à dire... Je pense qu’en cas de victoire ce sera serré. En cas d'échec? Disons qu'un score de moins de 40% serait très décevant. Il faut dire que cette campagne est difficile car la plupart des partis sont contre nous.

Une victoire vous pousserait-elle à briguer une place au Conseil fédéral?

Pour l’instant la question ne se pose pas, mais il ne faut jamais dire jamais.

Lire: La position des initiants

Propos recueillis par Mathieu Henderson

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L'objet du vote en bref

Le 9 juin, les Suisses ont la possibilité de réformer en profondeur le Conseil fédéral en adoptant l'initiative de l'UDC exigeant son élection par le peuple. Mais les autorités et la plupart des partis ne soutiennent pas cette idée.

Lancée peu après l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral, l'initiative de l'UDC prévoit une élection du gouvernement tous les quatre ans au système majoritaire à deux tours, à la même date que le renouvellement du Conseil national.

La Suisse formerait une seule circonscription électorale, mais au moins deux sièges seraient réservés à des Latins. Pour être élu au premier tour de scrutin, la majorité absolue des voix serait requise. En revanche, lors du second tour, la majorité simple suffirait.

En outre, l'élection du président de la Confédération et du vice-président, une fonction qui resterait fixée à une année, relèverait de la compétence du gouvernement et non plus du Parlement.

Plusieurs essais de réformes

Lors de l'instauration de l'Etat fédéral en 1848, il a été décidé que le Conseil fédéral était élu par l'Assemblée nationale. Mais en rédigeant la Constitution, l'idée d'un vote populaire avait aussi été mise sur la table avant d'être abandonnée. Lors de la révision constitutionnelle de 1872, la proposition est une nouvelle fois écartée.

Par la suite, le peuple a refusé par deux fois des initiatives socialistes demandant aussi une élection du gouvernement par le peuple, en 1900 et en 1942, les deux fois avec plus de 65% de non.

Le Parlement planche aussi régulièrement sur une grande réforme du gouvernement, mais peine à avancer. Les deux Chambres n'ont réussi jusqu'ici qu'à se mettre d'accord sur une hausse du nombre des secrétaires d'Etat.