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"La vignette à 100 francs est le seul moyen d'améliorer les infrastructures"

Yvan Perrin, photographié ici le 24 mai, ne comprend pas que le TCS s'oppose à la hausse du prix de la vignette autoroutière. [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Yvan Perrin, photographié ici le 24 mai, ne comprend pas que le TCS s'oppose à la hausse du prix de la vignette autoroutière. [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Interview d'Yvan Perrin, conseiller d'Etat neuchâtelois, en charge du Département du développement territorial et de l'environnement, et membre du comité en faveur de la vignette à 100 francs. L'UDC explique en quoi la hausse du prix de la vignette est nécessaire.

RTSinfo.ch: Pourquoi faut-il faire passer le prix de la vignette de 40 à 100 francs?

Yvan Perrin: Parce que c'est le seul moyen d'améliorer les infrastructures et de permettre à la Confédération de reprendre 380 km de routes cantonales.

La hausse est de 150%...

150%, c'est 5 francs de plus par mois. La construction des autoroutes aujourd'hui n'a rien à voir avec celle de l'époque à laquelle la vignette a été introduite. Les standards ont été considérablement relevés. La sécurité a été améliorée. Les nuisances sonores ont diminué grâce aux parois anti-bruit et au bitume phonoabsorbant. Ces améliorations ont un coût. Et ce coût, il faut l'assumer.

Pour les opposants, c'est un "impôt déguisé". Que leur répondez-vous?

J'ai du mal avec ce terme d'"impôt déguisé". Si on prend le train, on achète un billet. Si on prend l'autoroute, on paie une vignette. Certains argumenteront que dans certains pays, on ne paie pas de vignette ou de péage. Mais les autoroutes ne sont pas gratuites pour autant. Elles sont financées autrement. Mais c'est toujours le citoyen-contribuable, qu'il les utilise ou non, qui finance les infrastructures.

En quoi les arguments du TCS, opposé à la hausse, vous contrarient-ils?

Le TCS joue à un jeu périlleux. Jusqu'au 24 novembre à 11h59, on votera sur la vignette. Si c'est un non qui sort des urnes, à 12h01, on aura voté contre l'extension du réseau routier. Ce qui serait interprété par les opposants à l'automobile comme un signal contre l'automobile en général. J'ai donc un peu de peine avec le fait que le TCS, une association de défense des automobilistes, s'oppose à la vignette.

Selon le TCS, l'augmentation ne servira pas à juguler les bouchons.

Fluidifier le trafic à Morges, ce n'est pas juguler les bouchons? Cet argument est hors sujet et consternant.

Un non serait-il un coup d'arrêt pour le contournement de Morges?

Non. Mais on perdra 10 à 15 ans. Il faut en être conscient.

Comment expliquer que la vignette servira à financer le contournement du Locle et de La Chaux-de-Fonds?

Des routes qui étaient anecdotiques à une époque ont pris de l'importance. C'est le cas au Locle et à La Chaux-de-Fonds, où le trafic a explosé avec l'essor de l'horlogerie. Une adaptation est nécessaire. Pour les opposants, le réseau autoroutier doit rester strictement ce qu'il était en 1960! Mais circulent-ils toujours avec les véhicules qu'ils avaient en 1960? J'en doute!

La Confédération prendra en charge 380 km de routes cantonales. Qu'est-ce que ça signifie pour les cantons?

Prenons l'exemple neuchâtelois. Ce qui va changer, c’est le logo sur le chasse-neige. Aujourd'hui, c'est celui des ponts et chaussées du canton. Si la vignette passe, au 1er janvier, ce sera celui du CNERN, le Centre neuchâtelois d'entretien des routes nationales.

Allez-vous à réintroduire le déneigement des petites routes laissées de côté par Fernand Cuche à l'époque?

Si on peut réaffecter les moyens que l'entretien par la Confédération de la H20 libérerait, on peut imaginer qu'ils aillent au déneigement. Je l'appelle de mes voeux. Mais c'est au conditionnel. Je ne peux que soumettre l'idée au Grand Conseil. C'est lui qui a force de décision.

Les Verts craignent une extension des infrastructures et un bétonnage du paysage. Que leur répondez-vous?

C'est vrai que si on réalise le contournement de Morges, il faudra le faire passer quelque part. Mais si on met dans la balance le CO2 généré par les voitures bloquées dans les bouchons et les kilomètres carrés d'autoroute qui seront dévolus au contournement, je pense que le bilan écologique est quand même meilleur. Faire sauter les embouteillages sera un plus. Il faut choisir le moindre des deux maux!

Comment vivez-vous le fait de soutenir une hausse que l'UDC dénonce?

Ce n'est pas la première fois que je suis en porte-à-faux avec mon parti. J'ai été député à Berne pendant 10 ans. Aujourd'hui, je suis conseiller d'Etat et je n'ai pas tout à fait la même vision des choses. Je n'ai pas les mêmes responsabilités vis-à-vis de la population. Selon les régions que l'on défend et des fonctions que l'on occupe, on peut avoir un avis ou un autre.

Si vous n'étiez pas au Château, vous ne défendriez pas la hausse?

Pour être honnête, j'étais favorable à une hausse, mais moins importante. Ou alors en deux étapes. Mais le temps qu'on passe dans les bouchons pose des problèmes économiques. Prenez l'exemple de l’horlogerie. Le temps que les transporteurs perdent sur la route se répercute sur le prix de la montre. La votation du 24 novembre est aussi une question de conditions-cadres pour l’économie.

La hausse est combattue à droite, avec l'UDC et le TCS, et à gauche, avec les Verts et l'ATE. Votre pronostic?

Notez que le projet est aussi soutenu des deux côtés! Les fronts ne sont pas aussi classiques que pour l'initiative 1:12. Mais de là à émettre un pronostic... Je demande aux Suisses de se demander à combien ils estiment le coût d'une heure perdue dans un bouchon.

Que se passera-t-il en cas de non, le 24 novembre? Une hausse du prix de l'essence? Des projets au point mort?

Contrairement au TCS, je n'ai pas de boule de cristal. Mais il faudra trouver d'autres modes de financement. Et à nouveau, les régions périphériques assumeront les infrastructures de régions bien centrées sans en bénéficier.

Et en cas de oui?

A Neuchâtel, les projets démarrent. Les appels d'offres sont lancés. La reprise des routes par la Confédération se concrétise. Et ce coup d'accélérateur profitera à l’économie du pays!

Propos recueillis par Nathalie Hof

Lire aussi l'interview de Peter Goetschi, président central du TCS, opposé au projet du Conseil fédéral:

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Les mots d'ordre

Le Conseil fédéral et le Parlement ont appelé à soutenir la modification de la loi.

Parmi les partis qui ont déjà donné leur mot d'ordre, le PLR, le PBD et le parti évangélique suisse se rallient également à la loi.

A l'inverse, les Verts recommandent de voter non, tout comme le Touring Club Suisse.