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Youngstown, une ville sinistrée qui se réveille lentement

Youngstown a connu la "splendeur" industrielle puis la ruine. [Michel Beuret - RTS]
Youngstown a connu la "splendeur" industrielle puis la ruine. [Michel Beuret - RTS]
Youngstown c’est le laboratoire de l’Amérique. Car si depuis quelques années les Etats-Unis sont en crise, Youngstown est sinistrée depuis les années 70 et la fermeture de la dernière aciérie en 1976. Mais avec la découverte de gaz et de pétrole, cette ville meurtrie est aussi une source d’espoir.

Youngstown aujourd’hui c’est l’un des taux de chômage les plus élevés d’Amérique et la moitié de sa population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Mais alors que l’Amérique plonge en récession, paradoxalement Youngstown pourrait en sortir grâce à la récente découverte d’immenses gisements de gaz et de pétrole dans son sous-sol.

Une richesse à double tranchant

Les géants du pétrole du monde entier affluent et achètent du terrain. Pour le meilleurs dans l'immédiat, car cela créer des emplois et peut-être pour le pire dans l’avenir, car l'extraction de pétrole, c’est toujours un risque écologique et malgré sa campagne magnifique, la Mahoning Valley est déjà passablement polluée par les ruines du passé.

Longtemps prospère grâce au charbon et à l’acier qui ont fait sa richesse dès le 19ème siècle, Youngstown a compté jusqu’à 160'000 habitants. En ville, les vestiges architecturaux de son opulence sont encore visibles mais la commune n’enregistre plus aujourd’hui que 67'000 habitants dont 14'000 étudiants.

Des jeunes sans perspective d’emploi qui, pour l’heure, s’en vont dès qu’ils peuvent. Mais ceci aussi est en train de changer. Plusieurs jeunes du centre-ville ont pris des initiatives personnelles pour ouvrir des terrasses, des bars et créer des événements pour retenir la jeunesse dans cette ville.

Dans les quartiers populaires, la crise des subprimes a laissé des traces. De nombreuses villas ont été abandonnées par leurs propriétaires, incapables de rembourser les banques. [Cécile Rais - RTS]Dans les quartiers populaires, la crise des subprimes a laissé des traces. De nombreuses villas ont été abandonnées par leurs propriétaires, incapables de rembourser les banques. [Cécile Rais - RTS]Et une prospérité déjà lointaine

Youngstown située à mi-chemin sur l’axe New-York-Pittsburgh-Chicago, est un symbole en Amérique. C’est ici à l’âge de l’acier triomphant que les gueules noires ont forgé les canons et tous les efforts de guerre des Etats-Unis, depuis la guerre civile jusqu’à celle du Vietnam, comme le rappelle la célèbre chanson de Bruce Springsteen qui porte le nom de la ville. C’est ici aussi que sont nées les premières cités ouvrières en béton, toutes équipées de cuisine, de salle de bain et du tout à l’égout en 1914 !

C’est ici que se sont bâties les fortunes de Rockefeller ou et des frères Warner, pionniers de l’industrie cinématographique américaine. C’est ici, vers 1900, que convergent tous les migrants d’Europe centrale, orientale, balkanique et caucasienne pour travailler dans les mines et les aciéries. Un melting-pot, un brassage unique de cultures encore tangible aujourd’hui à travers la solidarité ouvrière, les communautés et les églises de toutes obédience.

Michel Beuret, Youngstown.

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Une ville et un Etat décisifs

Electoralement aussi, Youngstown et sa région sont un reflet de l’indécision américaine, car c’est ici, dans l’Etat de l’Ohio, "swing state" par excellence, que se font et se défont les présidents.
Aucun candidat américain n’a jamais gagné une élection présidentielle sans l’Ohio.

A Youngstown, le combat fait rage entre Républicains – souvent blancs et habitants les banlieues plus aisées – et Downtown le centre-ville, peuplé davantage de pauvres, souvent noirs et assistés – donc électoralement tenus – par le camp démocrate.