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Ces candidats à la marge de leur parti

En calculant la position des candidats d'après leur profil smartvote, la RTS a identifié ceux qui sont le plus éloignés de leur parti [RTS]
En calculant la position des candidats d'après leur profil smartvote, la RTS a identifié ceux qui sont le plus éloignés de leur parti [RTS]
La RTS a identifié, avec l'aide de son partenaire Smartvote, les candidats aux élections fédérales qui sont le plus éloigné des positions de leur parti. Surprise: dans chacune des sept formations principales du pays, il existe des politiciens qui devraient, si l'on se base sur les données de Smartvote, appartenir à un autre parti.

La TSR a contacté les candidats au Conseil national les plus en désaccord avec leur parti, pour les sept formations principales, afin de recueillir leur réaction.


Johann Reimann, un UDC plutôt à gauche


Johann Reimann est selon ses réponses au questionnaire le candidat le plus éloigné de son parti. Ce membre de l’Union démocratique du centre (UDC) de 65 ans, se situe plutôt sur la gauche du Parti démocrate-chrétien (PDC). Il n’a cependant pas souhaité répondre aux questions de la TSR au sujet de son profil. La section argovienne de l'UDC, au sein de laquelle il est candidat, non plus. Il vit en Espagne et est candidat sur une liste d’UDC International, réservée aux Suisses de l’étranger.


Patrick Schäfli,  un libéral très conservateur


Patrick Schäfli, est membre du Parti libéral-radical (PLR) et pourtant il se positionne très à droite de l’échiquier politique suisse. Dans le canton de Bâle-Campagne, où il siège au Parlement depuis 10 ans, Il affirme que sa position est connue et bien acceptée.


«Bien sûr, il existe des gens dans mon parti que mon positionnement dérange et qui ne voteront peut-être pas pour moi. Mais j’ai récemment parlé de Smartvote avec Fulvio Pelli [le président du PLR, ndlr]. Il m'a affirmé qu’il était tout à fait acceptable, voire même souhaitable, que certains membres du PLR se positionnent un peu plus à droite. La diversité parmi les candidats du parti est surtout bienvenue dans mon canton puisque nous n’avons pas de sortant.»


Patrick Schäfli ne remet pas du tout en cause son appartenance au PLR: «Je suis dans la ligne bourgeoise de mon parti, même si je suis tout à fait conscient que je reçois quelques voix de l’UDC. Je suis membre du Parti libéral, je peux donc exprimer mes opinions librement.»


Le politicien est d’ailleurs soutenu par un comité multiparti, composé aussi bien de personnalités issues du PLR, du PDC que de l’UDC.


Fabian Wienert,  un socialiste tendance PDC


Membre du Parti socialiste depuis 7 ans, Fabian Wienert semble pourtant plus proche du Parti démocrate-chrétien (PDC) ou du Parti bourgeois-démocratique (PBD). Il est conscient que sa position a fait grincer quelques dents: «Les jeunes socialistes ont réagi de façon négative à mon profil, mais il faut dire qu’eux-mêmes sont assez extrêmes dans leurs positions. Sinon, je n’ai pas reçu de critiques au sein du PS. Cela vient peut-être du fait que je suis membre d’un exécutif et qu’on a pu juger de ma position par mes actions.»


A 25 ans, Fabian Wienert est en effet membre de la municipalité de Belp dans le canton de Berne depuis 2009. «Mon profil montre assez bien en quoi je me différencie de mon parti. Pourtant, je partage les buts poursuivis par le PS. Je ne suis simplement pas toujours d'accord sur les moyens permettant d’y arriver. J’ai par exemple répondu que j’étais plutôt contre la caisse unique, parce que je privilégie plutôt le changement dans la continuité, et pas du tout parce que je pense que le système actuel est satisfaisant. Je crois qu’en politique il faut trouver des solutions qui soient capables de réunir une majorité. C’est pourquoi je me situe peut-être plus au centre que certains socialistes.»


Le candidat bernois déclare être un «social-démocrate mesuré» et ne pas pouvoir s’identifier «à toutes les idées du programme socialiste». Il est cependant «absolument hors de question» qu’il change de parti, le PS restant le seul à ses yeux qui s’engage «pour plus de solidarité dans la société».


Pius Schuler, un démocrate-chrétien qui ressemble à un UDC


Pius Schuler siège depuis 1996 au Grand Conseil du canton de Schwyz pour le Parti démocrate-chrétien (PDC), même si Smartvote le place plus près de la droite conservatrice que de son propre parti. «Je suis conscient de ma position inhabituelle, mais je fais bien partie du PDC. Beaucoup de membres du PDC penchent plutôt à gauche, alors que moi, je fais clairement partie de la droite bourgeoise dans mon canton.»


Le candidat démocrate-chrétien de 49 ans concède avoir quelques «opinions différentes» de celles de son parti, «principalement sur la politique extérieure de la Suisse, en matière d’économie et d’asile». Mais il n’a pas connaissance de réactions négatives au sein de sa formation: «On m’a fait remarquer une fois que j’étais le quatrième candidat le plus à droite, dans mon canton, mais cela ne pose pas de problème. Je trouve que mon avis a sa place au PDC, je m’y sens bien. Il soutient les familles, et en tant qu’agriculteur, je trouve que c’est le parti qui porte le mieux mes valeurs.»


Pius Schuler n’a jamais pensé à changer de parti. «Je trouve en plus que je tromperais les électeurs qui m'ont élu plusieurs fois. J’aurais l’impression de les décevoir et je n’ai pas l’intention de le faire. J’ai rempli le questionnaire en ayant en tête les valeurs que je compte défendre au Conseil national. Et je trouve important que mes électeurs sachent où je me situe et comment je compte les représenter.»


François Morend, un Vert aux allures de PDC

Membre des Verts valaisans, François Morend avoue ne jamais avoir regardé son profil Smartvote, qui le situe pourtant près de son ancien parti, le PDC. «J’ai rempli le questionnaire à la demande de la direction cantonale des Verts. J'ai répondu avec franchise. Je n’étais pas au courant que mon profil était particulier, mais ça ne m’étonne pas vraiment de voir que je suis un peu plus centriste que la moyenne des Verts.»


François Morend, 46 ans, ancien policier aujourd’hui agriculteur de montagne, est issu d’une famille PDC. «Ma femme est au PDC et j’ai été membre du parti avant de choisir les Verts. J’ai choisi cette formation parce qu’elle m’offrait plus de liberté d’expression et parce que j’ai toujours eu une fibre écologiste. Mais c'est vrai que je suis un peu atypique: la plupart de mes collègues de parti sont plus jeunes et ont une formation universitaire.»


Même s’il déclare avoir quelques divergences de vues avec les Verts «notamment sur certaines questions économiques», aucun membre de son mouvement ne lui a fait de remarque sur son positionnement. «En revanche, lorsque j’ai choisi les Verts, certains membres du PDC m’ont traité d’opportuniste, mais c’est une minorité. Je ne crois pas que le parti ait tellement d’importance. Ce qui compte c’est de défendre ses idées et les intérêts de sa région.»


Domenico Clemente, un Vert’libéral hors parti



Domenico Clemente, candidat pour les Vert'libéraux à Genève, déclare ne pas savoir que son profil était distinctif. Cet ingénieur de 45 ans ne juge pas que Smartvote est «statistiquement très significatif. C’est un outil intéressant, mais les réponses aux questions dépendent du moment. Elles sont le reflet d’un état d’esprit à un instant donné, comme une prise de température pour un jour particulier.» L’analyse de ses résultats le place à l’écart de l’ensemble des formations que nous avons prises en compte dans cette enquête.


«Comme je fais partie d’un jeune parti, tout le monde ne se connaît pas très bien. Certains membres des Vert'libéraux ont essayé de trouver des affinités à l’intérieur du parti en utilisant les recommandations de Smartvote. Il est intéressant de constater que les gens les plus proches d’après Smartvote ne le sont pas forcément en réalité.»


Domenico Clemente a fait brièvement partie du Parti libéral-radical (PLR), pour ensuite «naturellement» se diriger vers les Verts’libéraux. Il ne «regrette pas du tout cet engagement», car en plus de son «côté libéral», il indique attacher beaucoup d’importance aux notions de «gouvernance et d’écologie».


Jacqueline Bovier-Widmer, une PBD plutôt conservatrice



Candidate du Parti bourgeois démocratique (PBD) en Valais, Jacqueline Bovier-Widmer dit avoir consulté Smartvote «par curiosité». Son profil ne correspond pas aux autres membres du parti centriste, mais la place plutôt à proximité de son ancienne formation, l’UDC. «Je pense que cette position vient du fait que j'ai répondu clairement aux questions par "oui" ou "non". Je n'aime pas répondre "plutôt oui" ou "plutôt non", ce n'est pas dans mon caractère. En politique il faut donner des réponses claires. Je me demande d'ailleurs si les candidats répondent toujours ce qu’ils pensent vraiment.»


Cette enseignante de 50 ans confie être retournée plusieurs fois sur Smarvote pour remplir une recommandation de vote, en jouant à la simple électrice. «Je ne suis jamais retombée exactement sur mon profil, j'étais entre 85% et 95% de similitudes, mais jamais à 100%. Je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir répondu différemment aux questions. Il faut donc relativiser le résultat obtenu.»


Jacqueline Bovier-Widmer ne veut «plus entendre parler de l’UDC». Elle ajoute pourtant avoir toujours été une «femme de droite». «Je ne vais pas virer à gauche parce que j'ai changé de parti. Je ne pourrais pas envisager le PLR ou le PDC qui sont trop changeants. Elle se dit donc «très contente» au PBD, qu’elle trouve «plus modéré» que son ancien parti. «Même si je ne suis pas toujours de l'avis de mon parti, comme sur l'avortement par exemple, je m'y sens très à l'aise. Au PBD, si on partage déjà 75% des idées du parti, on peut en être un membre actif.»


Florian Fischbacher


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L'outil smartvote

Le site internet smartvote propose aux candidats aux élections fédérales de remplir un questionnaire de 75 questions portant sur leurs valeurs et leurs opinions politiques.

Près de 80% des 3400 candidats aux élections fédérales ont répondu aux 75 questions du questionnaire Smartvote. Il permet d’établir un profil précis de chacun d’entre eux. Les réponses des candidats les positionnent sur une carte, selon les axes gauche-droite et conservateur-libéral.

Les réponses des candidats définissent aussi un profil politique. Elles permettent de les positionner selon les axes gauche-droite et conservateur-libéral. Smartvote fournit aussi une visualisation en un clin d'oeil de ce profil politique, le fameux "smartspider". Il donne une idée de l'orientation politique des candidats, en évaluant leur position selon huit directions, telles que "libéralisme économique", "politique migratoire restrictive", ou encore "protection de l'environnement".

But premier: les recommandations de vote

Le même questionnaire peut ensuite être rempli par tout électeurs souhaitant connaître les candidats aux réponses similaires aux siennes. Lors des élections fédérales de 2007, plus de 85% des candidats avaient participé à smartvote. Les électeurs avaient été 15% a utiliser smartvote et un total d'environ 1'000'000 de recommandations de vote avait été établi.

Le site smartvote existe depuis 2003. Il est développé et mis en place par l'association à but non lucratif Politools, un réseau scientifique pluridisciplinaire, qui siège à Berne.

(source: smartvote)