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L'invité: Bernard Jonzier

A 60 ans, Bernard Jonzier commente sa 30e saison moto pour la tsr.
A 60 ans, Bernard Jonzier commente sa 30e saison moto pour la tsr.
La moto, à Bernard Jonzier, c'est son dada. Il est tombé dedans quand il était tout petit et cette passion ne l'a jamais quitté. tsrsport.ch a rencontré le journaliste sportif, histoire d'évoquer les Lüthi, Rossi et autres.

Avec Bernard Jonzier (60 ans), journaliste sportif préféré des
Romands, ce n'est ni chaud ni froid, mais plutôt "chaud bouillant",
une expression dont il revendique d'ailleurs ouvertement la
paternité. Parler moto avec ce fan de sports extrêmes, c'est
l'assurance de monter vite dans les tours.

La moto, le spécialiste de la tsr - 30e saison au micro - en
connaît chaque cylindre, chaque anecdote. Il a même noué de belles
amitiés avec certains pilotes, comme Thomas Lüthi, qu'il considère
presque comme son fils. Bernard Jonzier a même la chance de
connaître Valentino Rossi, la star aux 9 titres de champion du
monde, depuis qu'il est tout gamin!

C'est à Morges, autour d'un café-pain aux raisins qu'il dit
apprécier, qu'on a rencontré le Vaudois d'Ecublens, mais surtout
apprécié l'écouter évoquer sa passion, le tout sans sortie de
piste. Moteur!

"Mon rêve, commenter un jour Thomas Lüthi en MotoGP"

A l'hôtel, Tom n'a
pas sa chambre à lui mais en partage une avec son team manager.
Bernard Jonzier

tsrsport.ch: - Vous attaquez votre 30e saison
moto au micro de la tsr, la 37e au total. C'est plutôt "wouah,
c'est la 30e" ou "oups, c'est bientôt fini"?


BERNARD JONZIER: Quand on aime, on ne compte pas
(rires)! Ca fait presque peur! On se dit qu'on est plus près de la
fin que du début, et ça c'est embêtant. Mon rêve, c'est de
commenter un jour Thomas Lüthi en MotoGP et je n'ai pas tellement
envie d'arrêter avant Valentino Rossi, qui dit qu'il a encore trois
ans devant lui. Son but, c'est de battre ou d'égaler Giacomo
Agostini et ses 122 victoires. Il en est actuellement à 104, et
devrait donc gagner 6-7 Grands Prix par saison sur ces trois
prochaines années.

tsrsport.ch: - Septième au Qatar lors du 1er
Grand Prix 2010, Thomas Lüthi a bien commencé sa saison, dans sa
nouvelle catégorie Moto2?

BERNARD JONZIER: Je suis un éternel optimiste,
mais je suis convaincu que Thomas devrait monter sur des podiums
cette année. C'est la 1ère fois depuis longtemps, dans une
catégorie où les 40 pilotes se tiennent en trois secondes, qu'un
pilote gagne 10 positions en un seul tour. Entre les 3e et 4e
tours, il est passé de la 20e à la 10e place, ce que je n'avais
jamais vu. Il a réussi le meilleur tour et une fin de course
prodigieuse.

tsrsport.ch: - Mais ça fait maintenant des
années qu'on attend la confirmation de "Tom Tom", depuis son titre
125 cc en 2005...


BERNARD JONZIER: L'année qui a suivi son titre,
il a roulé sur la même moto, et celle-ci n'avait pas du tout
progressé. Il a quand même gagné un Grand Prix. La 1ère année en
250 cc, il a fait des premières lignes et des podiums. La deuxième,
il a eu sa grosse chute à Indianapolis. L'année passée, il aurait
dû faire une belle saison mais s'est fait sortir trois fois en
course alors qu'il était bien placé... Et quand on tombe comme ça,
on perd vite confiance. Il était de plus dans un team italien dont
la mentalité ne correspondait pas à la sienne.

Là, il retrouve, comme à l'époque, une petite structure. Ils sont
six, lui y compris. Le team a de petits moyens. A l'hôtel, Tom n'a
pas sa chambre à lui mais en partage une avec son team manager. Il
y a peu de moyens, mais une belle cohésion. Tous parlent allemand
et sont très solidaires. Tout ça constitue un avantage pour sa
mentalité. Il a besoin d'une petite structure pour rester bien
concentré.

Un désavantage, "Tom Tom" n'a pas de coéquipier

Thomas Lüthi-Bernard Jonzier: une admiration et un respect réciproques.Thomas Lüthi-Bernard Jonzier: une admiration et un respect réciproques.
tsrsport.ch: - Mais il n'a pas de
coéquipier...


BERNARD JONZIER: C'est un désavantage, c'est
vrai. Le jour où il aura des problèmes et que le team ne trouvera
pas la solution, ça sera problématique de ne pas avoir un
coéquipier sur lequel s'appuyer. Avoir un coéquipier, c'est bien,
mais il faut un pilote rapide, le budget qui va avec et il faut
surtout être sûr qu'il collabore! Les deux solutions présentaient
des risques et des inconvénients, Tom a donc choisi d'être seul,
comme lors de son titre mondial en 125.

Tom, c'est un gars qui vient d'un petit village de l'Oberland
bernois, il n'aime pas les paillettes. Il est attaché aux vraies
valeurs. Dans son team, chaque mécano doit croire en lui et lui
doit croire en eux. Avec les Italiens, ce n'était pas du tout le
cas. Le chef mécano, qui avait travaillé avec Rossi, Biaggi et
Capirossi, réglait la moto comme il le voulait et Lüthi n'osait pas
trop s'affirmer.

tsrsport.ch: - Vous pensez donc que 2010
pourrait être l'année de Thomas Lüthi?


BERNARD JONZIER: Ca doit l'être! En 250, il a eu
trois saisons où il n'a pas complètement répondu aux attentes. Là,
il a la chance de recommencer à zéro, dans une nouvelle catégorie,
dans un team où il est bien et où il a choisi ses mécanos. De plus,
réussir son premier GP, c'est se mettre sur la bonne rampe de
lancement. Là, avec son record du tour, sa remontée qui a bluffé
tous les observateurs, ça l'a mis en confiance.

"Finalement, Tom a trouvé le mode d'emploi très vite"

Bernard Jonzier (no10) s'est aussi déjà frotté à "Tom Tom" sur la piste.Bernard Jonzier (no10) s'est aussi déjà frotté à "Tom Tom" sur la piste. tsrsport.ch:
- Cela signifie-t-il que vous avez été surpris par sa
performance?


BERNARD JONZIER: Je pensais qu'il serait
désavantagé lors des premiers GP. Il y a quand même six pilotes qui
arrivent de la MotoGP et qui ont donc, eux, déjà l'expérience du "4
temps". Finalement, Tom a trouvé le mode d'emploi très rapidement.
Mais il faudra peut-être attendre 3-4 courses pour se faire une
véritable idée. J'estime qu'au GP de France, à la mi-mai, il doit
être sur le podium. C'est un circuit qui lui convient, où il a déjà
gagné 2 fois. Il ne sait d'ailleurs pas pourquoi, car ce n'est pas
son préféré. C'est de toute façon tellement serré dans cette
catégorie que le vainqueur d'un jour peut se retrouver 12e au GP
suivant.

tsrsport.ch: - Vous avez dit que vous
aimeriez arrêter quand Lüthi sera en MotoGP. Vous y croyez donc
encore?


BERNARD JONZIER: Oui oui, j'y crois. Ce qu'il ne
faut pas oublier, c'est qu'il n'y a que 17 pilotes en MotoGP
actuellement. La DORNA, la fédération internationale, est en train
de trouver des solutions à ces prototypes de 800 cc qui coûtent des
millions d'euros. L'objectif sera donc de les mélanger avec des
1000 cc dérivées de la série et les transformer dans une certaine
limite pour ne pas augmenter trop le prix. Cette différence de 200
cc va peut-être premettre de trouver une équivalence des
performances. Et dans 2-3 ans, il y aura de nouveau 30-35 pilotes
en MotoGP, et c'est ça que Lüthi doit attendre.

Maintenant, ce n'est quasiment pas possible pour un jeune de
passer de la Moto2 à la MotoGP. Les Moto2 roulent actuellement 2-3
secondes moins vite que les 250. Le saut de la 250 vers la MotoGP
était donc moins grand que celui, aujourd'hui, de la Moto2 vers la
MotoGP. En plus, pour limiter les coûts, les jours d'essais ont été
limités à huit avant la saison, contre une quinzaine par le passé.
Tous les jeunes qui débarquent en MotoGP ne parviennent donc pas à
s'insérer dans le top-6 lors des six premiers GP.

Lüthi, ce n'est pas un gars qui brûle les étapes, par un gars
capable de dégoupiller en disant 'j'y vais, on verra bien'. Ce
n'est pas dans sa mentalité. Les quelques fois où il a essayé, il
est tombé, et souvent fort, et s'est donc fait mal. Là, je crois
qu'il a compris que ce n'était pas pour lui. Il a compris qu'il
devait peut-être faire deux saisons brillantes en Moto2. Il montera
donc dans la catégorie-reine avec une 1000 cc qui sera un peu moins
violente et difficile à piloter que ces 800 cc, qui sont des
missiles.

Des moments sympas partagés

tsrsport.ch: - Il y a un grand respect
entre Tom et vous...


BERNARD JONZIER: Je connais bien ses parents.
J'étais un des premiers journalistes à aller le trouver chez lui
pour une interview. Quand j'étais dans la région avec ma moto, je
m'arrêtais pour aller boire un café et discuter avec sa maman. Ca
nous est aussi arrivé d'aller faire l'une ou l'autre journée de ski
avec Tom. On ne parlait pas du tout moto, on se contentait de
déconner.

Lui, c'est un vrai fou. Il aime la vitesse. Jeune, il avait même
été exclu du Ski Club Linden car quand il ratait une porte en
slalom, il descendait tout droit en schuss! Quand je le vois hors
GP, on a toujours plaisir à partager des moments sympas.

tsrsport.ch: - Ce serait une grande déception
pour vous s'il ne parvenait pas en MotoGP?


BERNARD JONZIER: Oui, car en 2004, l'année où il
avait reçu sa moto d'usine, qui ne marchait pas du tout, il avait
terminé 25e ou 26e au Championnat du monde. Mais moi je continuais
à dire qu'il allait être un jour champion du monde, parce que j'ai
fait de la compétition, je pratique la moto, je suis un passionné
et je suis au bord de la piste durant les essais à prendre des
partiels. Je voyais qu'il avait un talent fou, qu'il était
régulier, qu'il avait des trajectoires et une position justes.
Moralement, c'était dur car les résultats n'étaient pas là, mais il
continuait à apprendre. Tout le monde se fichait de moi au départ,
me disant que j'avais misé sur un "has been". Moi, j'ai continué à
y croire. Là, je ne dis pas qu'il sera champion du monde en Moto2,
mais je pense qu'il peut terminer souvent sur les podiums et même
aller chercher 1-2 victoires. Il devrait même terminer dans le
tiercé final. Et si ce n'est pas cette année, ce sera en 2011. Il a
sa place en MotoGP, mais pas maintenant. S'il n'y arrivait pas, ça
signifierait que je me suis planté et je serais surtout malheureux
pour lui.

"Je ne te dois plus rien maintenant"

Tous les deux ans, Bernard Jonzier effectue un grand tour à moto quelque part dans le monde. Ici en Afrique.Tous les deux ans, Bernard Jonzier effectue un grand tour à moto quelque part dans le monde. Ici en Afrique. tsrsport.ch: - On
a pu lire que si Tom en est là aujourd'hui, c'est un petit peu
grâce à vous...


BERNARD JONZIER: Un petit peu (gêné)... Mais non,
c'est quand même lui qui est sur la moto. En fait, son premier
grand sponsor, Bluewin, c'est un peu grâce à moi. Un jour, alors
que j'étais sur le snowboard, la responsable du marketing m'a parlé
du peu de retombées en snow, où les gars n'avaient qu'un petit
bandeau avec le logo de la marque sur le bonnet ou la manche. Je
lui ai donc parlé de la moto, lui ai dit à quel point c'était
porteur et surtout que je connaissais un bon petit Suisse. La
personne est venue sur un GP et a été emballée par l'ambiance, qui
ressemblait à "l'esprit jeune" du snow. Je lui ai présenté Thomas
et Daniel Epp, et tout s'est enchaîné.

Quelques jours plus tard, Epp m'a appelé pour me remercier. Il a
voulu faire quelque chose pour moi, en échange. Je ne voulais rien
car je croyais en Tom. Ce garçon avait su me séduire par son envie
de percer et son abnégation. En fait, je lui ai juste demandé
qu'ils deviennent champion du monde un jour. Et en 2005, après la
course du titre mondial, nous nous sommes tous tombé dans les bras.
Tout le monde pleurait. Daniel Epp est alors venu vers moi et m'a
dit: "Bernard, je ne te dois plus rien maintenant!". Au début, je
n'avais pas compris pourquoi il m'avait dit ça, puis on s'est
souvenu du gag. On a alors pleuré encore plus fort (rires)!

"Domi", un gars qui respire la joie de vivre

tsrsport.ch: - Et derrière
Lüthi?


BERNARD JONZIER: Derrière, il y a Dominique
Aegerter. J'ai toujours pensé que c'était un bon pilote, qui avait
sa place en GP. Mais alors ce qu'il a fait au Qatar (réd: 11e),
dans une nouvelle catégorie plus puissante, avec des trajectoires
et une position différentes qu'en 125, je n'y aurais jamais cru.
Ils avaient même dû lui bloquer la pédale du frein arrière, qu'il
avait tendance à trop utiliser en entrée de virage pour stabiliser
sa machine. En 125, tu peux le faire, mais quand tu es 2 temps plus
vite, tu perds trop de temps avec une machine plus lourde.

"Domi", c'est un gars qui respire la joie de vivre, qui vit pour
la moto. En plus, il habite 2 villages plus loin que Lüthi. Les
deux sont très copains, mais Aegerter rêve de battre Tom sur la
piste. Cette rivalité va leur faire du bien, elle va les stimuler.
Cette pression, Tom commence à la sentir, car la presse alémanique
parle toujours plus d'Aegerter...

tsrsport.ch: - Finalement Bernard, il vous
vient d'où ce virus pour la moto?


BERNARD JONZIER: Je suis un casse-cou depuis tout
petit. J'ai même pris de belles gamelles avec ma trottinette
bricolée. En vélo, je descendais les cols comme un fou. Puis j'ai
vendu mon train électrique pour m'acheter un vélomoteur, que
j'avais déjà maquillé à mort moins de trois semaines plus tard! A
18 ans, j'ai passé le permis moto, puis me suis acheté une 125, une
250, une 500, et ainsi de suite. J'aime tellement ça.

tsrsport.ch: - Vous avez même aussi fait de
la compétition. Pourquoi avoir arrêté?


BERNARD JONZIER: Tout simplement parce que je
n'avais plus de sous! J'étais là aussi un casse-cou et je tombais
souvent, avec les blessures qui allaient avec. Une fois, j'ai
détruit ma moto. J'aurai fait de la compétition pendant deux ans.
Mais je ne serais de toute façon jamais devenu un champion. Je ne
suis même jamais monté sur un podium! Avec mes quatre 4es places,
j'étais un peu le Poulidor de ma classe. Après, si tu n'es pas
capable de gagner en Suisse, ça ne sert à rien d'emprunter de
l'argent pour aller tenter ta chance ailleurs en Europe.

Propos recueillis par Daniel Burkhalter

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"En course, Valentino Rossi regarde les écrans géants sur le circuit!"

tsrsport.ch: - Dans le monde de la moto, LA star, c'est Valentino Rossi, que vous connaissez bien. Comment est-il?

BERNARD JONZIER: C'est un gros malin, avec un charisme fou. Quand il te parle, il te regarde droit dans les yeux. Il a toujours le sourire et est passionné par ce qu'il fait. Quand il a quelque chose à dire, il le dit. En piste, c'est un gars qui comprend toujours ce qui se passe derrière lui. Un jour, quand je lui ai demandé comment il faisait ça, il m'a simplement répondu qu'il regardait les écrans géants qui sont sur les circuits! Il peut ainsi voir s'il a un ou deux pilotes à ses trousses. S'ils sont deux, Rossi sait qu'ils vont se gêner et il aura donc moins besoin d'attaquer. Si le poursuivant est seul, il n'aura aucune peine à revenir et Valentino sait qu'il doit pousser un peu.

En fait, Rossi avait fait des tests avec l'armée de l'air italienne. On a testé son acuité visuelle et les réflexes de ses yeux. Il a une capacité à emmagasiner des images à haute vitesse supérieure à celle de certains pilotes de chasse!

tsrsport.ch: - Mais "Vale", c'est aussi des relations parfois... tendues avec ses coéquipiers et adversaires...

BERNARD JONZIER: Il a toujours ses petites phrases bien à lui, avec beaucoup de respect et d'humour. Mais souvent aussi très ironiques. Des garçons comme Gibernau ou son "meilleur ennemi" Biaggi, il leur a pourri la vie. En conférence de presse, il se moquait toujours d'eux gentiment, mais avec une ironie folle. Son coéquipier actuel, Jorge Lorenzo, lui, il semble être complètement imperméable aux petites piques de Rossi. En fait, ils se supportent, mais ne se donnent aucune information.

Rossi, à l'heure actuelle, il craint deux pilotes: Stoner, qu'il tente de perturber avec ses petites phrases assassines. Mais l'Australien est un reptile au sang froid, et il dit qu'il ne lit pas la presse... Quant à Lorenzo, il s'en fiche complètement de Rossi. Mais c'est quand même l'Italien qui a exigé un paravent de séparation entre lui et Lorenzo dans le box. Officiellement, selon lui, les mécaniciens restent concentrés sur chaque moto. En fait, c'est simplement parce qu'il ne veut pas que ses données soient transmises à Lorenzo. Mais Yamaha lui a bien fait comprendre que Lorenzo ne lui donnerait pas les siennes non plus, mais ça il s'en fiche. Lorenzo, il a 24 ans, Rossi 31. Son expérience lui suffit.

C'est à 30-32 ans qu'un pilote est le plus mûr pour toute la durée d'un championnat. Rossi est donc en plein dedans. Il a encore 2-3 ans pour être champion du monde. Le jour où il sait qu'il devra vraiment trop attaquer et dépasser les limites de sécurité – c'est un pilote qui tombe très peu -, il réfléchira. Il dit qu'il a parfois peur, mais c'est selon lui une assurance-vie. C'est quand tu ne gères plus la peur, qu'elle est là trop souvent qu'il y a un problème.

"Valentino Rossi en F1, je n'y crois pas du tout!"

tsrsport.ch: - Rossi vise d'ailleurs un 10e titre mondial cette année. Vous avez pourtant déclaré que Casey Stoner était votre favori. Pourquoi?

BERNARD JONZIER: Jusqu'ici, la Ducati de Stoner n'était pas la machine la plus puissante ni la plus rapide, mais avec une puissance qui arrivait de manière très brutale. Maintenant, ils ont fait un moteur "hurleur", avec un bruit très strident. Il est moins rapide, a moins de puissance, mais celle-ci arrive de manière plus civilisée. Ca correspondra donc encore mieux au style de pilotage de Stoner.

L'Australien est un garçon qui veut toujours écoeurer ses adversaires. Sur ses quatre dernières chutes, il était en tête à trois reprises. Dimanche, au Qatar, le tour avant de tomber, il tournait 1"8 de mieux que le meilleur tour de Rossi! C'est le pilote le plus rapide à se mettre en action, et il sait que s'il fait la différence en début de course, les autres ne reviendront pas. Mais ce n'est pas un tacticien. Il s'est quand même un peu calmé maintenant, car il y a 3 ans, il était tombé 27 fois, ce qui constituait évidemment un record! Il a un style de pilotage très risqué, il faut l'avouer. Mais il commence à avoir la maturité, à sa 8e saison en Grand Prix.

tsrsport.ch: - Valentino Rossi en Formule 1, c'est une rumeur qui revient très souvent. C'est possible, selon vous?

BERNARD JONZIER: Non, je n'y crois pas du tout! Lui-même m'a dit "ce n'est pas mon monde". A chaque fois qu'il est champion du monde, les gens de Maranello l'invitent à rouler en Ferrari, et il dit adorer ça. Il fait généralement 2-3 jours de tests. Selon lui, il y a beaucoup trop de sollicitations extrasportives en F1, ce qui ne l'intéresse pas. Selon lui, tu peux gagner avec une moto moyenne, l'influence du pilote joue un rôle, alors qu'en Formule 1, c'est la voiture qui décide. Au fond de lui, il sait qu'il ne gagnera jamais comme il gagne en moto, et ce même s'il ne tournait qu'à quelques dixièmes des temps de Schumacher à l'époque. Il prend davantage de "G" dans une Ferrari, mais ce qui lui manque, c'est les glissades. Moi, je pense qu'il finira sa carrière en rallye. Il a d'ailleurs déjà disputé l'une ou l'autre manche. En moto, il a une certaine sensation avec le bitume, et c'est plus grisant que la F1, et notamment au niveau des freinages.

tsrsport.ch: - Ce sont quand même des discussions qui reviennent souvent. Luca di Montezemolo, le patron de Ferrari, avait toujours dit que s'ils avaient une 3e voiture, elle reviendrait à Rossi...

BERNARD JONZIER: S'il n'y avait pas eu ces nouvelles écuries en F1, les Virgin, Lotus et Hispania, les grosses écuries auraient aligné une 3e voiture. Et le rêve d'Ecclestone et de Ferrari, c'était de prendre Rossi sur quelques Grands Prix. Mais lui a toujours dit qu'il ne disputerait jamais de GP. Il m'a dit un jour que s'il devait passer sur 4 roues, il ferait de l'endurance ou du rallye. La mentalité des pilotes de rallye ressemble étrangement à celle des pilotes de moto. En rallye, il a déjà couru le rallye d'Australie, et la dernière journée, il signait des chronos qui étaient parmi les meilleurs, et d'ailleurs bien meilleurs que ceux de Raikkonen.

Bernard Jonzier express

Première chose faite au réveil: je me dis "m..., c'est trop tôt".

Plat préféré: la cuisine asiatique. Je cuisine moi-même parfois, mais comme ma femme est très douée, elle vient souvent me conseiller. Mais au bout d'un moment ça m'énerve et je la laisse finir!

Lieu de vacances favori: l'Asie, pour la gentillesse et la mentalité des gens, la beauté des paysages et la cuisine.

Livre de chevet: le Petit Prince. Tu peux le relire des tas de fois, et tu découvres à chaque fois quelque chose de nouveau. Que tu le lises à cinq ans ou en tant qu'adulte, tu prends ton pied, avec un niveau de lecture différent. J'aime aussi les livres de Jean-Paul Dubois. J'apprécie tout ce qui touche à l'Histoire française.

Film préféré: Amélie Poulain.

Programme TV favori: le sport en général, mais sinon j'aime bien "Toutes Taxes comprises". J'ai aussi adoré "Scènes de ménage". J'aime autant l'information que le sport. Mais je suis surtout un affreux zappeur!

Musique préférée: Là, je suis très éclectique. J'adore Pink, Kent, U2 ou d'autres vieux groupes. En chanson française, j'aime beaucoup Zazie, pour ses textes et le personnage.

Plus grande qualité: la franchise.

Plus grand défaut: la franchise aussi! La vie est trop courte pour ne pas dire ce qu'on pense. Après, tout est dans la façon de le faire. Les gens ne se disent pas assez les choses, que ce soit au travail, entre amis ou en famille.

Meilleur souvenir: la naissance de ma fille, et la première victoire, en 1982, de Jacques Cornu, un gars qui est de la même génération que moi. Ce succès était quelque chose qu'on attendait. Il était mérité, mais a mis tellement de temps à venir. A l'interview, il y avait tellement de trémolos dans nos voix qu'on a dû s'y reprendre à deux fois! C'est d'ailleurs depuis là que la TV diffuse les GP en direct.

Pire souvenir: (très ému) Le décès de Michel Frutschi, au GP de France 1983. Un pilote dont j'étais très proche, un ami. Avec Frutschi et Cornu, on était souvent ensemble. Quand il est décédé, je me suis remis en question et me suis demandé si j'allais continuer dans cette voie.

Personne la plus connue de votre répertoire téléphonique: Philippe Rochat, le cuisinier. Malgré son succès et sa notoriété, il est toujours resté très simple et humble. C'est aussi un grand passionné de sport. Sinon, j'ai aussi le numéro d'Alain Prost.

Salaire: par rapport aux choses intenses que je vis, je suis très très bien payé. Mais par rapport au temps passé et aux prises de têtes imposées, je suis normalement payé.