Modifié le 20 septembre 2018 à 10:31

"Photographies de A", regard sur la folie hystérique inventée au 19e siècle

La pièce "Photographie de A" mis en scène et jouée par Ariane Moret.
Théâtre: Photographies de A Vertigo / 5 min. / le 11 septembre 2018
Ariane Moret met en scène "Photographies de A", un monologue qui plonge dans la tête dʹAugustine, célèbre patiente hystérique du docteur Charcot à la fin du 19e siècle. Une pièce à voir actuellement au Théâtre de lʹOriental à Vevey.

Diagnostiquée hystérique en 1875, Augustine est la patiente la plus connue du célèbre docteur Jean Martin Charcot, homme visionnaire considéré comme le père de la neurologie moderne.

Entrée à l’hôpital de la Salpêtrière de Paris a 15 ans, elle y reste de nombreuses années, et fait l’objet de multiples expérimentations scientifiques lors des fameuses "leçons du mardi" du professeur Charcot qui attiraient chaque semaine une foule de médecins et de curieux.

>> A écouter: Folies d'hier et d'aujourd'hui (émission "Nectar" du 19 septembre 2018)

La pièce "Photographie de A" mise en scène et jouée par Ariane Moret.
Mario Del Curto - lemonlake/DR
Nectar - Publié le 19 septembre 2018

Star et phénomène de foire

La pièce "Photographie de A" mis en scène et jouée par Ariane Moret. La pièce "Photographie de A" mis en scène et jouée par Ariane Moret. [Mario Del Curto - lemonlake/DR] Les médecins n'écoutent pas la malade, mais la scrutent, la photographient, la dessinent et mettent en scène ses moments de crise pour le grand public. Augustine, comme d’autres hystériques de cette époque, est à la fois une star et un phénomène de foire.

Celle que son mentor décrivait comme "une oeuvre d'art vivante" a fasciné et inspiré beaucoup d’artistes. Récemment le film "Augustine" d'Alice Winocour sorti en 2012 racontait la relation équivoque qui existait entre Charcot joué par Vincent Lindon et la jeune fille interprétée par Soko.

Dénoncer la théâtralisation de l'hystérie

En 2017, Ariane Moret, comédienne et metteure en scène, découvre par l'intermédiaire de Séverine Magois, traductrice française de Daniel Keene, "Photographies de A", un monologue qui plonge dans la tête d'Augustine.

Publié en 2007, le texte de l'auteur australien dénonce la théâtralisation d'un être humain vulnérable atteint d'hystérie, une maladie aujourd'hui disparue des livres de médecine. Et à travers l'histoire d'Augustine, Daniel Keene interroge aussi la place de la femme dans cette société française de la fin d'un 19e siècle encore très patriarcale.

>> A voir: Interview d'Ariane Moret dans le 12h45

L'invitée culture : la photographe Ariane Moret qui interroge la place de la femme dans la société
12h45 - Publié le 17 septembre 2018

Soif du spectaculaire

"Au sortir de ma lecture, je suis à la fois interdite et subjuguée" écrit la comédienne dans le texte de présentation de la pièce. Elle décide alors de porter au théâtre cette histoire qui "offre un matériau rêvé pour qui s'attache à traquer sur scène les méandres de l'inconscient".

Ce que je souhaite pointer avec notre spectacle, c’est la "soif du spectaculaire" qui est à l’oeuvre dans notre société depuis la nuit des temps.

Ariane Moret, metteure en scène et comédienne

Sur scène, Ariane Moret, accompagnée au violon électrique par la comédienne et musicienne belge Catherine Graindorge, s'expose au public et se prête en direct au jeu de la photographie. Jouant avec le texte, l'image, le son et la vidéo, la comédienne propose une performance pluridisciplinaire autour du regard et de la folie hystérique.

Deux comédiennes pour interpréter Augustine et son inconscient, son double, pour un spectacle à la mise en scène complexe et audacieuse.

Dans le texte de présentation de "Photographies de A", il est indiqué que les âmes sensibles doivent s'abstenir. Ou se souvenir que dans la réalité Augustine est finalement parvenue à s'enfuir de l’hôpital de la Salpêtrière en 1885... déguisée en homme.

Sujets radio: Laurence Froidevaux

Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente

"Photographies de A", du 18 au 22 septembre 2018 au Théâtre de lʹOriental à Vevey et du 30 octobre au 11 novembre au Théâtre Pulloff à Lausanne

Publié le 20 septembre 2018 à 10:14 - Modifié le 20 septembre 2018 à 10:31