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Jérome Bel: "On a tous le droit de danser, même si on danse mal"

Une photo du spectacle "Gala" du chorégraphe français Jérôme Bel. [Bernhard Müller - batie.ch]
Gala: la danse du cœur / Nectar / 53 min. / le 28 août 2018
Créé en 2015, "Gala", le spectacle du chorégraphe Jérôme Bel, a fait le tour du monde avec le même succès. Ce rassemblement joyeux d'amateurs et de professionnels ouvre le Festival de la Bâtie, ce jeudi soir.

Le public se lève d'enthousiasme et de gratitude à la fin de "Gala", un spectacle joyeux, populaire, coloré, partageur, hétéroclite, émouvant, parfois maladroit, souvent drôle, jamais moqueur et terriblement humain, signé du chorégraphe français Jérôme Bel.

Des danseurs qui changent à chaque ville

Le concept est simple: le casting du spectacle change de ville en ville. Dans chaque nouveau lieu, l'équipe recrute une vingtaine de personnes, de tous âges et origines, un requérant d'asile, une retraitée, un enfant, un handicapé, une ado etc. Ces amateurs se mêlent à une poignée de professionnels pour un Gala où le "bien faire" compte moins que le joyeux désir de danser. "J'offre un dispositif, un outil, que chacun peut activer. Les danseurs deviennent chorégraphes, et moi je ne fais plus rien", s'amuse Jérôme Bel.

>> A regarder la bande-annonce du spectacle "Gala":

Hormis la joie de danser, aucun critère n'est requis, surtout pas l'esprit de compétition. "Il ne s'agit pas d'une audition. On cherche des gens qui ne sont pas esclaves de l'image qu'ils donnent, et très connectés à ce qu'ils font", explique la performeuse Chiara Gallerani, assistante de Jérôme Bel.

Populaire mais pas consensuel

Par le passé, plusieurs spectacles du chorégraphe français ont fait scandale par leur minimalisme assumé, leur ludisme provoquant, remettant en cause plusieurs acquis du spectacle, notamment l'autorité du metteur en scène, l'usage de la nudité sur scène, la présence d'handicapés mentaux ou l'abolition de la dualité réussite/échec. Ce dernier point est justement au coeur du dispositif de "Gala" qui suscite un engouement mondial, jamais démenti depuis 2015, date de sa création. Mais si le ballet est populaire, il n'est pas forcément consensuel.

Pour Jérôme Bel, tout le monde a le droit de danser, même si on danse mal, puisque l'imperfection, c'est la vie.

Ce qui m'intéresse, c'est comment créer une chorégraphie collective avec des gens très différents, et parvenir sur scène à produire de l'égalité. Je crois que c'est cela qui réjouit le public. Tout le monde souffre de la concurrence et de la distinction.

Jérôme Bel, chorégraphe français

Faire communauté

Le tout nouveau directeur du festival de la Bâtie, Claude Ratzé, explique cet enthousiasme par l'approche généreuse de Jérôme Bel: "Faire de la danse pour se faire plaisir, pour se faire du bien, pour être ensemble, pour faire partie d'une communauté".

>> A regarder, un extrait du spectacle "Disabled theater":

Ce spectacle suit la logique d'un autre. En 2012, Jérome Bel créait "Disabled Theater", avec les acteurs handicapés mentaux de la troupe Theater Hora, basée à Zurich. Chacun y présentait un solo sur une musique de son choix, généralement pop ou de variétés. "Ce fut une révélation!

Ces acteurs, en particulier les trisomiques, ont une telle créativité, une telle vitalité. Ils sont entièrement reliés à leurs désirs; s'ils veulent crier, ils crient. Sur scène, ils faisaient ce qu'ils voulaient, ils ne m'obéissaient pas. Au départ, j'ai eu du mal à l'accepter, puis j'ai laissé faire, et c'est exactement ce que je recherchais".

Le joyau de l'Art brut

A la RTS, Jérôme Bel livre cette confidence qui n'étonnera personne: La Collection de l'Art brut, à Lausanne, est son musée préféré. "J'aime cet art qui se fait sans les règles de l'art, qui ne recherche pas la reconnaissance mais qui donne tout son sens au mot amateur: qui aime".

Propos recueillis par Laurence Froidevaux, réalisation web: mcm

"Gala", de Jérôme Bel, Festival de Bâtie, Genève, le 30 août à 20h30 et le 31 août à 19h.

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