Modifié le 16 août 2018

A Olten, le centenaire de la grève générale se célèbre sur scène

La Première du spectacle "Centenaire de la Grève générale" a lieu le 16 août à Olten.
Le dramaturge Mathieu Menghini présente le spectacle "1918.ch" Forum / 6 min. / le 15 août 2018
La grève générale de 1918 sur scène, en musique et chansons, c'est ce que propose à Olten le spectacle "1918.ch". Un spectacle qui réunit plus de 400 comédiens, professionnels et amateurs.

"1918.ch" vise à montrer au public d'aujourd'hui comment s'est déclenché cet évènement unique dans l'histoire suisse en partant du point de vue de gens du commun plutôt que des autorités ou des responsables de syndicats.

La grève générale

Au cours des premiers jours de novembre 1918 se tient tout d'abord une grève d'avertissement dans 19 villes; elle est bientôt suivie de la première et unique grève générale de l'histoire suisse. Environ 250'000 ouvriers participent à la grève d'avertissement du 9 novembre et à la Grève générale qui s'en est suivie. Ces salariés cessent le travail et, de ce fait, apportent leur soutien aux exigences du Comité d'Olten.

Au moyen du plus grand déploiement de troupes jamais mis en oeuvre pour le service d'ordre, le Conseil fédéral, le Général et l'Assemblée fédérale ont fait preuve d'une intransigeance qui contredit leur volonté initiale de négocier. Le 14 novembre, le Comité d'Olten se voit contraint d'arrêter la grève sans avoir obtenu d'avancées immédiates.

Ouvriers en grève à Bellinzone en novembre 1918.
Ouvriers en grève à Bellinzone en novembre 1918. [ - ]

Un lieu symbolique

Le spectacle a lieu à Olten, dans une halle historique des CFF. Un choix extrêmement symbolique puisque Olten a été le coeur du mouvement ouvrier de l'époque et de ce moment de grève générale, comme le rappelle Mathieu Menghini, dramaturge du projet et historien. La halle des CFF n'est pas non plus un choix hasardeux, puisque les cheminots ont été particulièrement impliqués dans la grève.

Si certains ont glorifié cet événement, d'autres l'ont vécu comme un traumatisme. La mémoire de la grève générale est diverse. Le spectacle "1918.ch" a été imaginé pour permettre au public de saisir cette diversité.

Mathieu Menghini.

C'est un spectacle qui a fait le choix fort de ne pas s'en tenir au récit des leaders. L'idée est de faire davantage un récit qui part de la voix des gens du commun. Un récit sensible, un récit tourné autour des émotions, un récit qui nous fait éprouver la réalité de l'époque.

Mathieu Menghini, dramaturge du projet et historien

Si la trame a été pensée par la metteure en scène Liliana Heimberg, le spectacle va intégrer les visions de troupes théâtrales - plus de vingt - venant de toute la Suisse. Cette diversité contribue aussi à enrichir le récit.

"1918.ch" au-delà des frontières linguistiques

La grève générale de 1918 - La Suisse au bord de la guerre civile
La grève générale de 1918 - La Suisse au bord de la guerre civile [RTS]
 

Le spectacle est principalement en allemand, voire en dialecte. Seules quelques phrases sont en français. "D'une certaine manière, ce parti- pris fait écho à la réalité historique. Il y avait une majorité d'Alémaniques dans ce mouvement de grève", rappelle Mathieu Menghini. Malgré cela, le dramaturge espère que les Romands ou les Tessinois se laisseront tenter par "1918.ch".

Dans le spectacle, une grande place est donnée à la musique, aux images, qui peuvent parler au-delà des frontières linguistiques, selon Mathieu Menghini.

Un sujet de Katia Bitsch pour "Forum"

Adaptation web: Lara Donnet

"1918.ch", du 16 août au 23 septembre, à Olten.

Publié le 16 août 2018 - Modifié le 16 août 2018

Les effets de la Grève générale

D'un point de vue historique, la fin rapide de la grève ne doit pas être lue comme une défaite. En fait, les revendications essentielles de la classe ouvrière – et de larges couches de la population – ont été reconnues ultérieurement. On peut notamment citer l'introduction de la semaine de 48 heures, le renouvellement du Conseil national selon le système de la représentation proportionnelle puis, avec un certain retard, l'acceptation par le peuple de l'AVS/AI (1947/1948) et le droit de vote des femmes (1971).

Par l'expérience de cette périlleuse confrontation de 1918 – il y eut des morts à Zurich et à Granges et certains craignaient le développement d'une véritable guerre civile – la Grève générale a constitué la pierre angulaire de cette culture politique de la négociation qui a influencé la Suisse durant de nombreuses années et l'a différenciée d’autres pays.