Publié le 13 juillet 2018 à 14:31

La comédie musicale "Billy Elliot" déplaît aux conservateurs hongrois

Scène du film "Billy Elliot" avec Jamie Bell.
La comédie musicale "Billy Elliot" déplaît aux conservateurs hongrois Tout un monde / 4 min. / le 13 juillet 2018
Les représentations de "Billy Eliot" se terminent samedi 14 juillet à l’opéra de Budapest et affichent toutes complet. La comédie musicale n'est pourtant pas du goût des conservateurs hongrois proches du pouvoir.

La comédie musicale "Billy Eliot", adaptée du film à succès de Stephen Daldry sorti en 2000, raconte l'histoire d'un petit garçon passionné par la danse classique.

Pas facile de vivre en 1984 dans ce monde ouvrier où les mineurs sont en grève contre le gouvernement de Margaret Thatcher, la dame de fer. Un monde où les garçons sont censés pratiquer un sport viril comme la boxe. Mais Billy réussira à devenir danseur étoile.

Ecrite par Elton John, le spectacle a déjà fait le tour du monde, mais à Budapest, le sujet déplaît aux conservateurs proches du pouvoir.

Spectacle sur la tolérance

Ce conte de fées a beaucoup plu à une des spectatrices, Erika Bognar, venue avec son fils Christophe. Interrogée par la RTS, elle salue cette pièce moderne et émouvante.

"C’est super de voir un spectacle sur la tolérance. Accepter les autres comme ils sont, c’est vraiment important dans le monde d’aujourd’hui. Il faut oser être différent", conclut-elle.

Attaqué dans la presse

Image de la comédie musicale "Billy Elliot" à l'Opéra de Budapest. Image de la comédie musicale "Billy Elliot" à l'Opéra de Budapest. [Attila Nagy, Zsófia Pályi, Péter Rákossy - Opéra de Budapest] Il y a encore 2 mois, la salle avait du mal à faire le plein. Il faut dire que la comédie musicale est à l’affiche depuis 2 ans. Mais tout a changé lorsqu’un quotidien proche du pouvoir a publié une lettre attaquant le spectacle.

Péter Erdélyi, journaliste pour un média indépendant, explique que dans cette lettre il était précisé que la pièce visait à propager l’homosexualité – tout ça parce que l’un des personnages est censé être gay.

"Le spectacle risquait de pousser les jeunes garçons à changer d’orientation sexuelle", dit-il à la RTS.

Propagande gay

C’est d’autant plus grave, ajoute l’auteur de la lettre, que la population hongroise diminue et que la Hongrie est menacée par une invasion étrangère. Beaucoup jugent ce texte ridicule. Mais le Directeur de l’Opéra monte au créneau en déclarant dans la presse hongroise: "Faut-il interdire Mozart parce que dans les noces de Figaro, un homme se déguise en femme?".

Une autre spectatrice, Gabriella Horn, s’est précipitée pour acheter des places car, dit-elle, ses enfants ont pris des cours de danse. "Je suis surtout venue parce que je suis énervée par ce gouvernement, et par la publication de cet article. Si le gouvernement est contre les gays, moi je suis pour et je les soutiens."

Mais au fond, tout ça est complètement stupide parce que le thème de la pièce n’est pas l’homosexualité. Ca raconte surtout l’histoire de la classe ouvrière, d’un village minier et de gens qui disent "nous ne voulons pas un monde de tyrans!"

Gabriella Horn, spectatrice

Croisade contre les homosexuels

Image de la comédie musicale "Billy Elliot" à l'Opéra de Budapest. Image de la comédie musicale "Billy Elliot" à l'Opéra de Budapest. [Attila Nagy, Zsófia Pályi, Péter Rákossy - Opéra de Budapest] Selon le journaliste Péter Erdélyi, l’article controversé n'est pas un signal que le gouvernement ultra- nationaliste de Viktor Orban part en croisade contre les homosexuels ou qu'il mène une campagne homophobe.

Péter Erdélyi pense qu'il y a des intellectuels proches du gouvernement qui ont une vision ultraconservatrice de la société et des relations entre hommes et femmes.

"Ils mènent une sorte de guerre culturelle. Ils pensent que l’art est politique, et que seul l’art de droite est valable", explique-t-il à la RTS.

Les ultra-conservateurs sont en tout cas en décalage avec le public budapestois. Les spectateurs ont plébiscité la comédie musicale. Elle affiche complet jusqu’au dernier soir.

Florence La Bruyère/mcc

Publié le 13 juillet 2018 à 14:31