Publié le 02 mars 2018 à 08:30

"A nous deux maintenant", un crime chez le curé commis par Capdevielle

Une photo du spectacle de Jonathan Capdevielle, "À nous deux maintenant".
Théâtre: Jonathan Capdevielle, "A nous deux maintenant"! Vertigo / 5 min. / le 01 mars 2018
Il est un des artistes les plus passionnants du théâtre contemporain. Comédien, ventriloque, Jonathan Capdevielle porte à la scène un très étrange roman policier de l'écrivain George Bernanos. Quelle âme, quel corps se cache sous la soutane?

"Qui va là? C'est toi, Phémie?" La peur rôde à Mégère. Ce petit village perdu dans la montagne grenobloise attend son nouveau curé. Une arrivée nocturne et mouvementée qui coïncide avec un double meurtre.

Avec "Un crime", l'écrivain français Georges Bernanos s'essaie pour la première (et dernière) fois au genre policier. Le livre est une commande et Bernanos, l'auteur de "Sous le Soleil de Satan" et du "Journal d'un curé de campagne", est tout sauf un Simenon ou une Agatha Christie. Très rapidement, au dam de son éditeur, ce récit de 1935 quitte le canevas d'un roman policier pour basculer dans l'étrange, le mystique, voire le surnaturel.

"Un crime" est une histoire de curé (comme la majorité des récits de Bernanos, d’ailleurs), d'imposture, de faux-semblant, de fascination, d'érotisme et de morale. Quant à l'enquête d’un philosophe et très grippé juge d'instruction, elle se perd finalement dans d'autres montagnes, du côté du Pays basque.

Du livre aux planches

Ce texte est tombé dans l'oreille du comédien Jonathan Capdevielle grâce à une commande radiophonique. Le temps d'une émission, il endosse la soutane du Curé de Mégère. Un drôle de rôle, masculin/féminin, magnétique/magnétisant. Tout pour intriguer Jonathan Capdevielle qui explore depuis quelques spectacles déjà l'art du faux-semblant, du travestissement et de la recherche d'identité. C'est ainsi que le très catholique et moral Georges Bernanos se retrouve aujourd'hui à l'affiche d'une pièce de théâtre contemporain à la scénographie et à l'univers sonore emplis de sensualité.

Une scène dans ce spectacle re-titré "A nous deux maintenant": une souche d'arbre géant avec le prêtre couché, alangui, sur une racine, tel un Saint-François attendant les oiseaux du voisinage pour une conversation. "J'ai grandi dans les Pyrénées, pas très loin de Lourdes. J'ai toujours été intrigué, fasciné, par la figure et l'aura du curé", note Jonathan Capdevielle.

Coïncidence, le dénouement du roman de Bernanos a lieu dans la région de prédilection du comédien. Mieux encore, le nom de Capdevielle apparaît deux fois dans "Un crime": "ça m'a surpris, mais ce n'est bien sûr pas la raison pour laquelle j'ai porté cette histoire à la scène. Ça aurait été un peu léger, non?" commente malicieusement le comédien passé metteur en scène.

Transformisme et brouillage de cartes

Jonathan Capdevielle est un habitué des rôles transformistes et du brouillage de cartes: sa formidable pièce "Saga" mêlait autofiction et fantasme, histoire de la Bigorre et récit de vie, racontant avec moult digression et accent tarbais sa jeunesse dans une famille de contrebandiers et de braqueurs de supermarché.

Son spectacle "Jerk" le voyait interpréter, dans un saisissant numéro de ventriloquisme et de poupée, un tueur en série américain et ses victimes adolescentes. Certains spectateurs ne s'en sont pas encore remis. Pour la metteuse en scène et plasticienne Gisèle Vienne, il fut à la fois un participant transgenre de "La Convention des ventriloques" et l'entraîneur sadique d'une gymnaste au fond des bois…

"Qui va là?" Avec Jonathan Capdevielle, on est rarement certain de la réponse. Il est toutefois recommandé de le suivre. Pour l'inattendu.

Thierry Sartoretti/ld

"A nous deux maintenant", à l'Arsenic de Lausanne, jusqu'au 3 mars.

Publié le 02 mars 2018 à 08:30