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Au Théâtre Kléber-Méleau, Roméo et Juliette parlent japonais

"Roméo et Juliette" dans la mise en scène d'Omar Porras. [Y. Inokuma - Théâtre Kléber-Méleau]
"Roméo et Juliette" dans la mise en scène d'Omar Porras. [Y. Inokuma - Théâtre Kléber-Méleau]
Le metteur en scène Omar Porras donne à voir une version made in Japan de la célèbre pièce de théâtre de William Shakespeare. Elle est à découvrir au Théâtre TKM de Renens du 19 septembre au 8 octobre.

Au TKM de Renens, Roméo et Juliette portent le kimono. Une femme (Miyuki Yamamoto, arborant une charmante petite moustache) incarne le joli cœur du clan Montaigu. Un homme (Morimasa Takeishi) joue le rôle de la brave nourrice de Juliette. Le balcon de Vérone est un jardin japonais, les palais italiens sont devenus des portiques de temples shintoïstes et les spadassins des clans adverses Capulet et Montaigu arborent l’air farouche d’une bande de samouraïs. Dépaysement garanti.

Omar Porras et le Japon, une histoire d'amour

Cette création est née d’une idylle entre le metteur en scène helvético-colombien et le Japon. Elle débute en 1999. Depuis, Omar Porras et sa troupe du Teatro Malandro y présentent régulièrement leurs spectacles en français avec sous-titrage japonais.

"Roméo et Juliette" est le fruit d’une collaboration avec la troupe japonaise du SPAC, le Shizuoka Performing Art Center, un centre d’art dramatique contemporain. Ce vaste complexe théâtral est niché sur une montagne près de Tokyo. Le SPAC joue un théâtre porté sur le répertoire occidental et sa réputation est désormais internationale. Cet été, la troupe japonaise a ouvert la dernière édition du Festival d’Avignon avec sa version japonaise de la tragédie "Antigone" de Sophocle.

Une distribution mixte à Renens

Créée une première fois en 2012 au Japon et brièvement présentée à Genève, "Roméo et Juliette" revient en Suisse avec une distribution mixte. Deux comédiens de Malandro incarnent en effet un valet et frère Laurent, un religieux missionnaire qui tente (en français) de réconcilier les tourtereaux perdus dans cette sanglante guerre de clans.

Le mariage des esthétiques entre le théâtre de Porras et l’art du jeu japonais n’est pas sans évoquer deux films du cinéaste japonais Akira Kurosawa basés eux-aussi sur des pièces de Shakespeare: son "Château de l’araignée" projetait Macbeth à l’époque Sengoku, le temps de la guerre des seigneurs locaux. Et "Ran" puisait son inspiration dans le "Roi Lear". Kurosawa se plongeait dans le drame et dans la noirceur, tandis qu’avec ce "Romeo et Juliette", le propos d’Omar Porras tient plus du conte oriental, de la romance et parfois même du burlesque.

Théâtre japonais et occidental, rapprochements et différences

Invités dans l’émission "Nectar", les comédiens japonais du SPAC Tsuyoshi Kijima et Haruka Miyagishima expliquent les liens et les différences entre les théâtres japonais et occidental. Par ailleurs l’écrivain et essayiste Aruki Mizubayashi, auteur d’une "Petit éloge de l’errance" (2014, Folio) et du roman "Un amour de 1000 ans" (2017, Gallimard) analyse l’histoire de "Roméo et Juliette": ces amoureux révoltés contre leurs familles et épris l’un pour l’autre jusqu'à se suicider sont-ils proches de la culture et de la mentalité japonaise?

>> "Roméo et Juliette made in Japan" dans l'émission "Nectar":

"Roméo et Juliette" [K.MIURA ]K.MIURA
Roméo et Juliette made in Japan / Nectar / 54 min. / le 14 septembre 2017

Thierry Sartoretti/mh

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