Publié le 08 septembre 2017

"8 Megawatts", ou quand Da Motus danse sur un moteur géant à Fribourg

Le nouveau spectacle des fribourgeois de Da Motus s'installe à la Maigrauge.
Danse: Da Motus, la danse puissance "8 Megawatts" Vertigo / 5 min. / le 07 septembre 2017
Pour ses 30 ans, la compagnie de danse fribourgeoise Da Motus investit l'usine de la Maigrauge à Fribourg. Le spectacle atypique "8 Megawatts", de Brigitte Meuwly et Antonio Bühler, est à voir jusqu'au 16 septembre.

Pour ses trente ans, la compagnie de danse fribourgeoise Da Motus investit une usine désaffectée. Avec "8 Megawatts", les chorégraphes Brigitte Meuwly et Antonio Bühler réveillent un dragon endormi: le plus gros moteur jamais construit par l'entreprise Sulzer.

Le cadre industriel

"La Maigrauge", c'est un secret bien gardé par les Fribourgeois. Un petit vallon entre les falaises de la Sarine à deux pas du centre et pourtant parfaitement invisible depuis la ville. On y trouve un couvent, des prés, une réserve naturelle, un vieux barrage du siècle passé et un géant: le moteur de l'usine thermique de la Maigrauge.

Sept mètres de hauteur, un parfum d'huile et de diesel, des tonnes de fonte et d'acier entourées de coursives et d'échelles. Jadis, ce plus grand moteur jamais sorti des ateliers de Sulzer était prévu pour équiper un paquebot transatlantique. Boulonné dans la Maigrauge, il évoque un monstre marin endormi, un Nautilus échoué sous une halle industrielle. C'est là que se danse "8 Megawatts".

Une vraie performance

Leur combinaison blanche est maculée de taches noires. Il faut des gants et des protections pour escalader le moteur de la Maigrauge. Les huit danseuses et danseurs de la compagnie Da Motus ont d'abord dû dominer leur vertige, puis repérer les endroits dangereux : tuyaux saillants, manomètres placés à hauteur de nuque, cavités emplies d'huile de vidange…

Puis il a fallu caler les mouvements sur la formidable musique de Philippe Héritier, le compositeur attitré de Da Motus. Pour "8 Megawatts", il a composé une symphonie industrielle et métallique qui n'aurait pas déplu à Pierre Henry, le père de la musique concrète.

Un spectacle hors-normes

La chorégraphie de "8 Megawatts", spectacle d'ouverture de la saison du Théâtre Nuithonie, débute au sommet de la bête. Jugés sur huit éléments du moteur, les danseurs évoquent des soupapes qui se lèvent et s'abaissent. Plus tard, ils sont un ballet de machinistes, évocation des anciens manutentionnaires de la Maigrauge qui travaillaient au siècle passé dans un boucan infernal et des puanteurs de carburant.

"8 Megawatts", c'est de la danse, mais sous la conduite des deux chorégraphes fribourgeois Brigitte Meuwly et Antonio Bühler, les huit danseurs de la troupe ont dû oublier leurs habitudes d'arpenteurs de plateau. Avec la machine, la danse est aussi verticale. Parfois elle tient même de la varappe ou de la spéléologie en caverne d'acier. Antonio Bühler avait repéré ce moteur formidable lors d'une soirée privée du propriétaire des lieux, le groupe électrique E.

Avec ce spectacle, il a d’abord fallu apprivoiser la machine.

Antonio Bühler, chorégraphe fribourgeois co-auteur du spectacle "8 Mégawatts" de la compagnie Da Motus
 

Chez Da Motus, on aime les chiffres: à la Maigrauge, une première partie du spectacle se nomme "2 puissance 3". Les huit danseurs commencent par s'affronter au pied du moteur. D'abord décor, il devient ensuite un partenaire de danse. Un partenaire ma foi gracieux.

Thierry Sartoretti/mg

Publié le 08 septembre 2017