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Festival autour du phénomène Tiago Rodrigues au Théâtre Forum Meyrin

Le comédien et metteur en scène Tiago Rodrigues. [Forum Meyrin - Sylvain Duffard]
Théâtre: 5 spectacles de Tiago Rodrigues / Vertigo / 7 min. / le 15 mai 2017
Le "Festiago", festival autour de Tiago Rodrigues, se déroule jusqu'au 20 mai au Théatre Forum Meyrin à Genève. Une occasion rare de se plonger dans la pensée de cet artiste d'exception et de découvrir un pan du théâtre portugais.

Le souvenir et la mémoire constituent le fil rouge de ce festival consacré à l'artiste portugais. Faire marcher sa mémoire, c’est aussi "choisir, éliminer, donner sa version, trouver des sens nouveaux, raconter plutôt que simplement répéter servilement", note Tiago Rodrigues.

"By heart"

Dans "By heart", durant une heure et demie, une dizaine de spectateurs vont apprendre par cœur un poème sous la conduite du comédien. C’est un spectacle-exercice, mais c’est aussi et surtout un prétexte à la digression. Notamment sur l’histoire de la grand-mère de Tiago Rodrigues. Patronne de bistrot, Madame Candida était une grande lectrice. Lorsqu’elle a su qu’elle perdrait prochainement la vue, elle a demandé à son petit-fils Tiago un livre, un seul, le dernier, qu’elle apprendrait par cœur… Ce furent les sonnets de William Shakespeare.

Présenté deux soirs de suite au Théâtre Forum Meyrin, ce spectacle partagé a laissé un souvenir mémorable aux spectateurs.

Lutter contre le fascisme de la pensée

Sur scène, Tiago Rodrigues cite Ossip Mandelstam, le poète soviétique dont les amis apprenaient par cœur les poèmes pour que sa prose ne disparaisse pas, alors que l’auteur disparaissait au goulag et que ses écrits passaient au pilon. Il convoque aussi Ray Bradbury et son roman "Fahrenheit 451" où des résistants prennent pour pseudonyme les titres des livres qu’ils apprennent par cœur avant que les ouvrages ne disparaissent dans les brasiers de la dictature. Retrouver les classiques, les livres les plus divers, les lire, les relire, les lire encore et puis les questionner.

Apprendre par cœur, pour lutter contre le fascisme de la pensée. Le propos frappe. Son paradoxe également. Car apprendre par cœur rappellera à certains les slogans martelés dans les esprits par les pires dictatures. Mais pour Tiago Rodrigues l’exercice répété de la mémoire est un moyen de lutte contre ce qu’il appelle le "partage illusoire" d’internet où l’on reproduit à l’infini la même pensée, jusqu’à créer une forme de "fascisme communicationnel".

Thierry Sartoretti/aq

Festiago, Théâtre Forum Meyrin, jusqu'au 20 mai.

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Le Festiago au Forum Meyrin

Dans "Bovary", visible mardi 16 et mercredi 17 mai, Tiago Rodrigues ne joue pas le célèbre roman de Gustave Flaubert, mais entremêle des pans du récit avec le procès qui fut intenté à l’époque à son auteur pour indécence. Ainsi, "Bovary" devient un spectacle sur le pouvoir de la littérature.

Avec "Antoine et Cléopâtre", joué vendredi 19 mai, Tiago Rodrigues ne rejoue pas simplement la tragédie historique de Shakespeare à la lettre, mais part du souvenir que laissent les lectures répétées de cette pièce aux comédiens. Jouée ce même vendredi 19 mai au Forum de Meyrin "Entre les lignes" raconte un spectacle qui ne se fera pas.

Et dernière proposition de ce festival, "Cabaret" rassemble samedi 20 mai le résultat d’un atelier avec les jeunes comédiens de la Manufacture, la Haute école de théâtre de Suisse romande.