Ils font revivre François Silvant

Dix ans après la disparition du formidable comique, neuf humoristes reprennent ses sketches en tournée romande, sous la houlette de Philippe Cohen.

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Des sketches immortels

Même pas morts, François Silvant, Madame Pahud et tous les autres, inénarrables personnages foncièrement vaudois, mais pas que, douaniers raides comme l'injustice de Berne, automobilistes bourrés comme des piliers du Comptoir, "bobettes" dépassées comme une animatrice d’EMS égarant son latin dans un bol à dentiers.

Carrément vivants, oui, la preuve par le show intitulé "Gala François Silvant", qui est en tournée en Suisse romande.

Plus vivants que jamais, tu veux dire, grâce aux neuf humoristes qui revisitent, chacun à leur manière, un sketch immortel du grand Lausannois disparu en 2007. A savoir, citons-les tous, ils en valent la peine: Arek Gurunian, Cuche & Barbezat, Philippe Cohen, Sandrine Viglino, Carine Martin, Gaspard Boesch, Karim Slama et Yann Lambiel.

Le principe de ce "Gala François Silvant", Philippe Cohen l’a raconté sur plateau de "La Puce à l’oreille", rappelant au passage l’audace et le talent du comédien comique disparu d’un cancer en 2007.

>> Voir :  "La Puce à l'oreille"

Hommage à François Silvant
La puce à l'oreille - Publié le 15 mai 2017
 

 

 

Ne pas imiter le créateur

Sous la houlette conjointe de Philippe Cohen et Jean-Luc Barbezat, chacun des neuf humoristes reprend un ou plusieurs sketches de Silvant. Consigne: ne pas imiter leur créateur. A partir de là, toutes les variantes sont possibles.

Sandrine Viglino, par exemple, a repris d’assez près l’insondable numéro de la salade de dentiers, jouant sur le décalage qu’il y a à être une femme qui reprend le rôle créé par un homme déguisé en femme.

>> Voir "Les dentiers" de François Silvant joué par Sandrine Viglino

"Les dentiers" de François Silvant joué par Sandrine Viglino
Culture - Publié le 15 mai 2017
 

Gaspard Boesch, lui, a inventé un dispositif scénique revisitant un texte. Yann Lambiel détourne "Le préservatif" avec, pompon sur le gâteau, une chanson originale. Cuche & Barbezat, eux, basculent dans l’absurde virtuose.

L'idée, raconte Philippe Cohen, "est née il y a deux ans, dans les coulisses du Prix que remet tous les deux ans l’Association François Silvant à un comédien ou humoriste. Elle s’est étoffée pour donner l'actuel gala. Ce show pourrait tourner beaucoup, s’il ne nécessitait pas de pouvoir réunir ce neuf humoristes qui ont tous des agendas surchargés."

 

 

Cohen, le coach de François Silvant

Pourquoi Philippe Cohen a-t-il co-orchestré ce "Gala"? Parce que le Genevois qui dirige la Compagnie Confiture et qui a donné des lettres de noblesse à l’improvisation, a été, de 1992 à 2007, le metteur en scène de tous les spectacles de Silvant. "J’avais vu son premier show, en 1983, "Je veux plus de crème dans les mille-feuilles".

François Silvant m’a demandé de jouer l’œil extérieur, de le coacher. C’est clair, l’auteur du spectacle, c’était lui, mais il avait besoin d’une personne pour l’aider à affiner les questions de rythme, pour pousser certains détails, pour lui souffler des suggestions qu’il examinait toujours avec curiosité, quitte à ne pas les adopter ensuite.

Philippe Cohen, comédien et metteur en scène
 

Et comment était-il en répétition, le grand comédien qui portait beau, comme on dit, mais qui avait le don pour s’enlaidir sous des dégueulis de jupons ou des perruques de soulard ébouriffés par leur roupillon? "Méticuleux, précis, plutôt calme. Bien sûr perfectionniste et soucieux de tout, mais pas angoissé, ni hystérique. Toujours en alerte mais sachant assez bien ce qu’il voulait.

Avec lui, ce qu’il y avait de bien, c’est qu'il prenait son temps. Il arrivait avec ses textes plusieurs mois avant la première. Nous travaillions à mettre en place le spectacle, longtemps, lentement – rien d’extravagant, du travail en coulisses, à deux, presque ennuyeux. Puis il se retirait pour tout mémoriser longuement, un mois. Ensuite, on répétait le show sur scène, avant les filages."

>> Voir le sketch "Un panier garni pour Madame Pahud"
 

Un panier garni pour Mme Pahud
En ce temps-là - Publié le 05 février 2017

 

 

Un miroir déformant

Le succès est venu assez vite. Mais il est né d’une forme d’échec. Philippe Cohen, encore: "Ses one-man-shows, François les a créés au départ parce qu’il était sans travail, entre deux rôles au théâtre. Il détestait devoir aller au chômage, ces jobs qu’on vous conseille d'accepter, réceptionniste ou animateur. Il s’est d’ailleurs servi de ces situations dans certains numéros."

Au départ, Silvant n’était pas très à l’aise à la radio ni devant les caméras, son royaume, ce fut plutôt les petites salles – qui n’ont pas tardé à grandir – on l'invitait un peu comme on invite un bon copain extravagant qui vous fait rire, qui vous tend un miroir déformant sans jamais tomber dans la caricature. Sur le tard, son succès a été décuplé par la télévision, grâce à la série "Le petit Silvant illustré" où il a multiplié les personnages in situ

>> Dans son "Petit Silvant Illustré culte", François Silvant ne pouvait pas ne pas évoquer l’armée…

François Silvant et l’armée
C'est la Jungle - Publié le 29 mai 2013
 

 

 

Un comique subversif

A revoir ces vidéos d’archives, on mesure la volubilité gestuelle de Silvant, sa capacité de métamorphoses corporelles, son don pour le transformisme. La beauté du contraste entre son corps charpenté et sa plasticité. Et combien ses textes étaient écrits au cordeau, beaucoup moins à l’arrache que dans le gros du stand-up contemporain.

Cohen toujours: "C’est la marque des grands, d’un Chaplin: une technique irréprochable et une créativité sans limites." Subversif? "Forcément, comme tout bon comique qui bouleverse les codes ou les normes de son temps. Je pense à "La Fête de la vigneronne", parodiant la manifestation populaire. Ou à l’audace de faire un spectacle sur le monde des EMS, un sujet qui peut paraître délicat ou cafardeux. Mais ce n’est pas là sa seule qualité. Quand on fait jouer ses textes à des humoristes comme ceux qui sont réunis pour cet hommage, on constate que leur force est intacte. Ils tiennent tout seuls, même si le public vient pour "revoir" Silvant. Ses textes sont cousus sur de l’humanité brute, comme, chez Molière, où les histoires de maîtres et de valets nous parlent encore aujourd'hui."

>> Retour sur l'hommage à François Silvant dans "Couleurs locales":

Hommage à François Silvant au théâtre Equilibre à Fribourg
Couleurs locales - Publié le 12 mai 2017

 

 

L'hommage des humoristes d'aujourd'hui

Silvant et ses personnages 100% terroir AOC, des classiques universels? Parfaitement. C’est d’ailleurs ce que disent ci-dessous les deux comiques qui participent au "Gala François Silvant".

Interviews au débotté.

Karim Slama

Interprète les sketches de Silvant intitulés "Le tennis" et "Je hulule mon colonel"

1) Pour vous, qui était François Silvant?

A mes yeux d'enfant, le premier humoriste romand. 

2) Qu'est-ce qui vous a surpris en reprenant ses textes?

Sa justesse de jeu sans artifices. Son immense talent d'acteur le rend capable d'être ses personnages plus que de les exposer.

Irrésistible François Silvant
Irrésistible François Silvant [ - RTS]
 

Yann Lambiel

Interprète "Le préservatif"

 

1) Pour vous, qui était François Silvant?

Un comédien qui faisait de l’humour.

2) Qu'est-ce qui vous a surpris?

La première fois que je l’ai vu, il présentait un gala au festival du rire de Montreux. J’avais 15 ans et ce jour-là je me suis dit: "C’est ça que je veux faire comme métier".

François Silvant dans l'un de ses derniers personnages: la vigneronne
François Silvant dans l'un de ses derniers personnages: la vigneronne [DR]
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il était un comédien-(humoriste) romand qui remplissait les salles et qui a même fait ouvrir des salles. Certaines associations communales souhaitaient tellement l’accueillir qu’elles improvisaient des théâtres pour qu’il puisse venir jouer.

Arek Gurunian, comédien qui interprète "La naturalisation".
 

 

 

 

 

 

Crédits

Les dates du gala François Silvant:

Morges-sous-Rire, Beausobre: 21 juin 2017

Nyon, Théâtre de Marens: 7 septembre 2017

Val-de-Travers: 8 septembre 2017

Bulle, CO2: 15 septembre 2017

Morges, Beausobre: 3 octobre 2017

 

 

Proposition et texte: Stéphane Bonvin

Réalisation web: Melissa Härtel