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"Le nom des choses", du théâtre pour questionner les mots

"Le Nom des choses", par la Cie Bocca della Luna. [Sylvain Chabloz]
Le Nom des Choses / Vertigo / 5 min. / le 19 janvier 2023
La dernière création de la compagnie Bocca della Luna mise en scène par Muriel Imbach, "Le nom des choses", parle étymologie et épistémologie pour un jeune public dès 7 ans. Miracle, on comprend tout, avec le sourire en prime. A voir au Théâtre du Reflet à Vevey ce week-end puis en tournée.

Cinq loupiotes trouent l’obscurité. Qui est là? Où êtes-vous? On devine un paysage, des feuilles mortes par milliers, en tas, en dunes, en plaines. Voici qu’arrivent cinq quidams avec des airs de point d’interrogation: Coline, Selvi, Fred, Cédric et Pierre. C’est le moment de faire connaissance.

- Alors, on est où? demande l’une.
- Ben, y'a rien ici, répond un autre.

Vraiment? Des tas de feuilles, ce n’est pas rien, pourtant. Et de ce désert végétal putréfié émergent bien vite des objets. Une rapide chasse au trésor révèle un ballon, une boîte, un cochon en plastique, une orange, de la ficelle et j’en passe. "Le nom des choses" peut commencer.

Une image du spectacle "Le Nom des Choses". [Théâtre du reflet]Une image du spectacle "Le Nom des Choses". [Théâtre du reflet]

Classer et nommer les objets

Comment classer ces trouvaille? Par forme, fonction, taille, couleur ou nom? Faut-il d’ailleurs à tout prix les classer? Et puis comment s’appellent tous ces objets? Le club des cinq vit sa première controverse: ceci est-il un tabouret ou un pliant, voire un dépliant? On se met d’accord pour tabouret pliant.

Vous aurez remarqué le nombre conséquent de points d’interrogation que contient déjà cette chronique. Pourquoi y en-a-t-il autant? La compagnie romande de théâtre La Bocca della Luna adore les points d’interrogation. En particulier ceux qui suivent le mot pourquoi. Chacune de ses créations destinées à un jeune public se lance avec gourmandise dans les questionnements philosophiques.

Les mots et leur genre

"Le nom des choses" porte bien son titre. Il y est question d’étymologie, d’épistémologie et de genre. De genre? Eh oui, les mots ont un genre. Ni bon, ni mauvais, pas sans conséquence. Considérez par exemple la lune. En français, cet astre est féminin (LA lune). En allemand, le voici masculin (DER Mond). Voilà qui vous change toute la poésie et tous les imaginaires.

Brigitte Bardot chantait un "Mister Sun", alors que rien ne nous dit dans la langue anglaise que le soleil serait un mec. Les Allemands ont opté pour le féminin avec DIE Sonne. Vous l’aurez donc compris, les mots sont porteurs de sens et d’intention. Il en va de même des prénoms. Sur la scène du "Nom des choses", comédiennes et comédiens vont tenter de se rebaptiser avec un patronyme idéal. Coline se rêve ainsi en Montagne, histoire de prendre un peu de hauteur et de recul.

"Le Nom des choses", par la Cie Bocca della Luna. [Sylvain Chabloz]"Le Nom des choses", par la Cie Bocca della Luna. [Sylvain Chabloz]

Des esprits savants

Pour créer des spectacles qui laissent une part belle à l’imaginaire et à l’émerveillement, la metteuse en scène Muriel Imbach dialogue avec des esprits savants, travaille en collectif (ici avec Coline Bardin, Pierre-Isaïe Duc, Cédric Leproust, Fred Ozier et Selvi Pürro, sans oublier Adina Secretan, une fine équipe) et surtout discute avec les premiers concernés: les enfants. Le résultat fait mouche à chaque fois, joué à hauteur d’enfant tout en amenant de véritables questions philosophiques et existentielles.

Avant ce "Nom des choses", il y avait eu "Le grand pourquoi" (sur la création du monde), "Les tactiques du tic-tac" (sur la notion du temps) et "A l’envers à l’endroit" sur les questions de genre.

N’hésitez pas à y accompagner vos enfants, voire à y aller solo en adulte. Il n’y a pas d’âge limite pour s’éclairer avec la philosophie.

Thierry Sartoretti/mh

"Le nom des choses", Le Reflet, Vevey, les 21 et 22 janvier; L’Usine à Gaz, Nyon, du 25 au 28 janvier; Am Stram Gram, Genève, du 3 au 5 février et du 10 au 12 février; Les Halles, Sierre, le 15 février.

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