Molière, 400 ans et toujours dans le coup

Grand Format Théâtre

Stéphane de Sakutin - AFP

Introduction

Le 15 janvier 1622 était baptisé Jean-Baptiste Poquelin. Fils de tapissier, il deviendra Molière, acteur, chef de troupe et dramaturge français, rendu célèbre grâce à ses comédies qui ont révolutionné le genre théâtral. A l'occasion des 400 ans de sa naissance, coup de projecteur sur quelques-unes des pièces les plus célèbres du protégé de Louis XIV.

Chapitre 01
Un quiz pour débuter

Avant de vous lancer dans la lecture de ce grand format, nous vous proposons un quiz. Une manière ludique d'entrer dans le monde de Molière.

Chapitre 02
Molière, ce célèbre inconnu

Leemage via AFP

Sganarelle, Harpagon, Célimène, Tartuffe, Monsieur Jourdain, Philaminte, Scapin, Climène... Des noms qui nous renvoient immédiatement aux pièces de Molière que beaucoup d'entre nous ont découvert d'abord sur les bancs d'école. Des comédies du 17e siècle restées célèbres, mais écrites par un homme dont on ne sait finalement pas grand-chose.

Aucun journal intime, correspondance ou autre écrit personnel n'a été conservé. Seules ses pièces de théâtre sont passées à la postérité. Alors, même si, comme pour d'autres (Skakespeare, Homère, ...), son existence a été parfois mise en doute, les historiens et biographes ont tenté de retracer la vie du plus grand dramaturge du monde francophone.

Jean-Baptiste Poquelin a été baptisé le 15 janvier 1602, date qui a depuis été choisie pour célébrer sa naissance, faute de source plus précise. Fils aîné d'un tapissier, il aurait dû reprendre le métier de son père, mais a décidé vers 20 ans de devenir comédien.

En 1643, il crée l'Illustre Théâtre, une troupe d'une dizaine de comédiens et comédiennes, dont Madeleine Béjart qui sera son amante avant de rester sa fidèle amie et associée. Molière se mariera plus tard avec Armande, la soeur (ou la fille)?, les historiens ne sont pas d'accord) de Madeleine. En 1644, il prend le nom de scène de Molière.

Molière et Armande Béjart. [Leemage via AFP]Molière et Armande Béjart. [Leemage via AFP]

Deux ans plus tard, criblé de dettes, l'homme de théâtre quitte Paris pour la province, accompagné de quelques membres de sa troupe. Durant plus de dix ans, ils vont sillonner la France et jouer devant un public composé de toutes les couches de la société, recevant finalement la protection du prince de Conti, avant que ce dernier ne devienne lui-même un dévôt et l'un des ennemis de Molière.

En 1658, l'équipe de comédiens, alors considérée comme la meilleure "troupe de campagne" du royaume, revient à Paris où elle reçoit cette fois-ci la protection de Philippe d'Orléans, le frère du roi. A l'automne, la compagnie se produit au Louvre où elle joue une farce devant le roi et sa cour. Louix XIV est conquis.

Par la suite, la troupe s'établit au théâtre du Petit-Bourbon à Paris. C'est le début de la célébrité. Les comédies de Molière provoquent un véritable engouement du public parisien, égrené de quelques scandales. En 1665, la compagnie de Molière prend le nom de "troupe du Roy", passant directement sous la tutelle de Louis XIV.

Le 17 février 1673, âgé de 51 ans et souffrant d'une "fluxion de poitrine", Molière meurt quelques heures après avoir tenu pour la quatrième fois le rôle-titre de sa dernière pièce: "Le malade imaginaire."

L'écriture ressemble à la prostitution. D'abord on écrit pour l'amour de la chose, puis pour quelques amis, et à la fin, pour de l'argent.

Molière

>> A voir: la France célèbre les 400 ans de Molière (19h30)

 

La France célèbre les 400 ans de Molière. Certains réclament son entrée au Panthéon [RTS]
19h30 - Publié samedi à 19:30

Chapitre 03
La langue de Molière

Bertrand Guay - AFP

"S'il est une incarnation de la langue classique, en réalité la langue de ses pièces est extrêmement riche et s'écarte volontiers des normes en train de s'établir à son époque", explique Céline Paringaux, agrégée de lettres et spécialiste de cette période.

"Sa grande invention, c'est sa capacité à faire parler les personnages selon leur condition. Les gens du monde, les pédants à l'intérieur des gens du monde, le paysan, le médecin. Avec des mots, des tons, des accents différents", estime pour sa part Georges Forestier, biographe de l'homme de théâtre.

A son époque, le 17e siècle, Molière n'a pas eu son pareil pour s'adresser à tous les publics, populaire dans des tournées partout en France, ou royal à la cour de Versailles. Son français est compris et fait rire dans toutes les couches de la société.

"On trouve aussi bien du familier que du soutenu, de la prose que des vers, même de l'occitan et du picard dans 'Monsieur de Pourceaugnac'. La palette est tellement large que les lecteurs et spectateurs de toutes les époques y ont trouvé leur bonheur", indique encore Céline Paringaux.

Et, alors qu'on aurait pu penser à Racine, Voltaire ou Rousseau, c'est bien Molière qui va incarner cette langue française. A tel point qu'à partir du 19e siècle, l'expression "la langue de Molière" pour désigner le français sera consacrée. Et cela devrait durer encore tant l'auteur a marqué les esprits et continue de le faire. "Qu'il touche un public très large, encore aujourd'hui, fait de Molière un passeur d'une langue qui est partie intégrante de notre patrimoine", estime la spécialiste.

Représentation du "Malade Imaginaire" de Molière dans les jardins de Versailles en 1676. Gravure de Pierre Lepautre. [Leemage via AFP]Représentation du "Malade Imaginaire" de Molière dans les jardins de Versailles en 1676. Gravure de Pierre Lepautre. [Leemage via AFP]

Puissance comique

Depuis 400 ans, Molière fait rire et il reste l'un des auteurs français de comédies les plus joués au monde.

Ecrivain populaire, il a su, avec humour et talent, se moquer des comportements et valeurs de ses contemporains, que ça soit les snobs ou ceux et celles qui croient l'être, les faux dévots hypocrites, les bourgeois rétrogrades, les pédants de toutes sortes, les médecins incompétents et prétentieux, les séducteurs et les misogynes.

L'éducation, la supériorité des hommes sur les femmes, les mariages arrangés, la fourberie, le fanatisme religieux, le paraître et les faux-semblants, la médisance et la culture mondaine sont autant de thématiques abordées et dénoncées par le dramaturge.

A travers ses personnages archétypaux intégrés dans des intrigues fortes, Molière a su à la fois donner ses lettres de noblesse à la comédie qui n'était alors pas considérée à la même valeur que la tragédie et proposer un tableau anthropologique de la société qui a su traverser les siècles.

Il nous paraît contemporain. C'est un bricoleur de génie qui n'a jamais envisagé de devenir un classique. Il avait le talent pour épingler les snobs, les ambitieux, les hypocrites... Et nous en connaissons toujours!

Georges Forestier, biographe de Molière

A l'occasion de la commémoration des 400 ans de sa naissance, nous vous proposons de passer en revue six pièces marquantes de son oeuvre.

Chapitre 04
"Les précieuses ridicules", 1659

AFP

Nous allons servir de fable et de risée à tout le monde, et voilà ce que vous vous êtes attiré par vos extravagances.

Gorgibus dans "Les précieuses ridicules" de Molière

Comédie en un acte et en prose créée au Théâtre du Petit-Bourbon le 18 novembre 1659, "Les précieuses ridicules" est la première pièce de Molière a avoir été imprimée.

Elle raconte l'histoire de Magdelon et Cathos, deux jeunes provinciales qui débarquent à Paris en quête d'amour et de jeux d'esprit. Elles repoussent deux prétendants soutenus par Gorgibus, père de Magdelon et oncle de Cathos, qui cherche à les marier.

Pour se venger, les deux gentilshommes chargent leurs valets de séduire les jeunes filles. Les précieuses tombent dans le piège en succombant aux grâces des deux imposteurs déguisés en petits marquis. Les gentilshommes éconduits interviennent et les faux marquis sont rossés et démasqués. Quant aux précieuses, elles sont mortifiées de s'être laissé prendre au manège de deux faux précieux de bas étage.

>> A écouter aussi, l'interview du metteur en scène Vincent Bonillo qui adapte la fameuse pièce de Molière "Les femmes savantes" en ce moment à Yverdon:

Les femmes savantes, illustration par Jean-Michel Moreau.
Scan by B. Navez
DP [Scan by B. Navez - DP]Scan by B. Navez - DP
Vertigo - Publié vendredi à 17:06

Donner ses lettres de noblesse à  la comédie

"Les précieuses ridicules" a connu un succès immédiat. Oeuvre de jeunesse inspirée de la commedia dell'arte, cette farce met déjà en place ce qui va faire la renommée de son auteur.

Il ne s'agit pas pour Molière de se moquer des vraies "précieuses", nom donné aux grandes dames de l'époque dont la plus connue reste sans aucun doute Mme de Rambouillet. Dans cette farce, il vise tous ceux et celles qui veulent se donner des allures de grands aristocrates alors qu'ils et elles ne le sont pas.

Avec cette satire sociale, le dramaturge a su plaire à des publics très différents, que cela soit ceux du parterre ou celui de la classe aristocratique qui appréciait de voir tourner en ridicule les petites provinciales qui tentaient de ressembler aux grandes dames.

Molière offre ici un mémoire déformant qui fait mouche et cette caricature est une manière nouvelle de concevoir la farce. A une époque où seule la tragédie était reconnue comme un genre noble, Molière va permettre à la comédie de se faire une place de choix et surtout pour lui, d'être désormais aimé du public parisien.

Chapitre 05
"L'école des femmes", 1662

Roger-Viollet via AFP

Si n'être point cocu vous semble un si grand bien, Ne vous point marier en est le vrai moyen.

Chrysalde dans "L'école des femmes" de Molière

Comédie en cinq actes et en vers, "L'école des femmes" est créée au Théâtre du Palais-Royal le 26 décembre 1662.

Arnolphe est un gentilhomme qui redoute par-dessus tout de se marier avec une femme infidèle. Pour parer à cette éventualité, il fait élever dans l'ignorance et la solitude d'un couvent Agnès, sa pupille avec laquelle il décide de se marier.

Un jour cependant, depuis la fenêtre de son couvent, Agnès rencontre un beau jeune homme, Horace. Ils tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre. Ignorant qu'Arnolphe est le tuteur d'Agnès, Horace le prend alors comme confident. 

La querelle


C'est avec cette pièce que Molière fonde la grande comédie, celle d'intrigue et de moeurs, sans laisser pourtant complètement tomber la farce.

A travers "L'école des femmes", il cherche à démontrer le caractère naturel du sentiment amoureux et amène le débat sur le mariage et l'éducation des jeunes filles, tout en dénonçant à la fois la misogynie et l'infériorité des femmes dans la société.

Si cette pièce est un immense succès, elle a aussi été vivement critiquée. On a reproché à Molière de choisir des sujets trop graves et importants, tels que l'éducation morale et religieuse des femmes, pour en faire une comédie.

Molière exploitera habilement cette querelle et répondra aux accusations dans "La critique de l'école des femmes" et "L'impromptu de Versailles".

>> A écouter, Molière, meilleur allié des femmes?

 

Couverture de la première édition de "L'école des femmes" de Molière. Gravure de François Chauveau, en 1663. [Bibliothèque Nationale, Paris, France - Leemage via AFP]Bibliothèque Nationale, Paris, France - Leemage via AFP
Vertigo - Publié vendredi à 17:08

Chapitre 06
"Le Tartuffe ou l'imposteur", 1664

Roger-Viollet via AFP

Contre la médisance il n’est point de rempart.

Cléante dans "Le Tartuffe" de Molière

Comédie en cinq actes et en vers créée à Versailles le 12 mai 1664, cette pièce met en scène Tartuffe, un hypocrite et faux dévot qui s'introduit dans la maison du riche Orgon afin de devenir, à force de manipulation, son directeur de conscience. Crédule, le bourgeois lui propose d'épouser sa fille, alors que Tartuffe tente de séduire la seconde épouse d'Orgon.

Démasqué grâce à un piège tendu par cette dernière qui veut prouver à son mari l'hypocrisie de Tartuffe, ce dernier tente de chasser le mari de chez lui en montrant au roi des papiers compromettants. Mais c'est finalement Tartuffe qui sera arrêté.

>> A voir, un extrait de "Tartuffe", acte 1, scène 4 dans une mise en scène de Benno Besson (1995):

Une pièce censurée

La première version de cette pièce, intitulée "Le Tartuffe ou l'hypocrite", déchaîne les critiques du parti dévot en 1664. Elle est très vite interdite. Une nouvelle version qui date de 1667 est à nouveau censurée. Il faut attendre la troisième mouture appelée "Le Tartuffe ou l'imposteur" pour que la pièce soit autorisée sans réserve à la représentation publique par le roi en 1669. Et c'est cette version que l'on connaît aujourd'hui.

>> A écouter, la nouvelle émission littéraire de la RTS, "Quartier livre", avec le metteur en scène Matthias Urban et le comédien Alain Borek qui proposeront dès le 20 janvier à la Grange de Dorigny à Lausanne, un projet théâtral autour du Tartuffe de Molière, intitulé : "Vous toussez fort Madame":

Portrait de Molière attribué à Piere Mignard (1612-1695).  [Roger-Viollet via AFP]Roger-Viollet via AFP
Quartier livre - Publié dimanche à 16:03

Avec une intrigue traditionnelle des grandes comédies - un mariage forcé pour des amants contrariés - , Molière brosse ici une satire de toutes les hypocrisies et tentatives d'emprises exercées par toutes sortes de gourous. Une thématique qui continue de résonner aujourd'hui et dont le personnage de Tartuffe est la personnification. Faux dévot faisant mine d'être juste et pieux, il se cache derrière des excès de zèle pour arriver à ses fins.

Plus que la religion, c'est surtout le fanatisme religieux qui est ici dénoncé.

Chapitre 07
"Dom Juan ou le festin de pierre", 1665

Roger-Viollet via AFP

Tous les vices à la mode passent pour vertus

Dom Juan dans "Dom Juan" de Molière

Comédie en cinq actes et en vers, "Dom Juan" a été créée au Théâtre du Palais-Royal le 15 février 1665.

Cette pièce raconte les dernières heures de la vie de Dom Juan, un seigneur libertin qui vient d'abandonner sa dernière épouse, Elvire. Accompagné de son valet Sganarelle, il va de conquête amoureuse en conquête amoureuse, promettant le mariage à de jeunes femmes, poursuivi par les frères d'Elvire qui veulent venger l'honneur de leur soeur.

En chemin, Dom Juan trouve le tombeau d'un Commandeur, homme respectable qu'il a tué en duel. Il se moque de lui en conviant sa stature à dîner.

De retour chez lui, défilent tour à tour dans son appartement un de ses créanciers, son père et Elvire qui l'invitent tous à revenir dans le droit chemin. Dom Juan se joue de tous en adoptant une attitude hypocrite. Survient alors la statue du Commandeur, représentant la puissance divine, qui punit Dom Juan en le jetant dans les flammes de l'enfer.

Dom Juan" de Molière (1622-1673). Acte I, scène II. 1665.  [Roger-Viollet via AFP]Dom Juan" de Molière (1622-1673). Acte I, scène II. 1665. [Roger-Viollet via AFP]

Une pièce à part

Après l'échec de sa première version de "Tartuffe", Molière se lance dans "Dom Juan", une pièce à part dans son répertoire puisqu'elle se situe à la frontière entre la tragédie, avec la mort du personnage principal, et la comédie, avec ses nombreux éléments de farce.

Une pièce qui, de plus, ne respecte aucune des règles dramaturgiques classiques (unités de lieu, de temps et d'action). Ici, c'est le personnage de Dom Juan, créé par le dramaturge espagnol Tirso de Molina en 1624, qui fait office d'unité dans la pièce. Un personnage ambigu par son attitude envers les hommes, les femmes, la société et même face à Dieu, et qui pose la question du libertinage.

Avec pour seuls principes le plaisir et l’inconstance, Dom Juan est également un mauvais fils, mauvais payeur et un être immoral. Mais si le dénouement le condamne aux enfers, l'audace de ce personnage, ses envies de liberté et son esprit critique qui le pousse à dénoncer les médecins et faux dévots, ont exercé sur les spectateurs une certaine fascination pour ce "grand seigneur méchant homme".

>> A voir, un extrait de "Dom Juan" de Molière, acte 1, scène 2 (Comédie-Française, 2002):

Jouée avec succès en 1665, la pièce disparaît pourtant de l'affiche à la suite de violentes critiques sur son "impiété". Elle ne sera reprise que plus tard et rencontre un immense succès depuis l'interprétation qu'en a faite Louis Jouvet en 1947.

Quant au personnage de Dom Juan, il connaîtra une renommée indépendante de Molière, puisqu'il sera repris dans de nombreuses oeuvres littéraires, musicales, picturales ou cinématographiques (Goldini, Mozart, Hoffmann, Baudelaire, Brecht...), devenant sous sa forme de "Don Juan" un véritable mythe culturel.

Chapitre 08
"Le misanthrope ou l'atrabilaire amoureux", 1666

Leemage via AFP

Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.

Alceste dans "Le Misanthrope" de Molière

"Le misanthrope" est créé au Théâtre du Palais-Royal le vendredi 4 juin 1666.

Alceste, qui n'aime que la vérité, la sincérité et la droiture, dit haïr l'humanité tout entière car elle est hypocrite et cherche la compromission. Cette rigueur morale le met dans des situations des plus déplaisantes pour lui mais qui font rire les spectateurs. De plus, il est tombé amoureux de Célimène, une coquette qui pratique le persiflage, la légèreté, les apparences et la médisance. Alceste aimerait qu'elle ne se consacre qu'à lui et renonce aux mondanités qu'il exècre, ce qu'elle refuse bien évidemment.

Avec "Dom Juan", cette pièce est l'une des plus sérieuses de Molière. La comédie y frôle parfois la tragédie. C'est toute la question de l'être et du paraître qui est déroulée ici avec ce personnage qui dit détester la compagnie de ses semblables, mais que Molière place au centre du salon d'une coquette. Un personnage dont la misanthropie le fait finalement souffrir.

Le chef d'oeuvre de Molière?

En 1666, la pièce a été jouée de nombreuses fois avec un accueil qui a été plutôt froid de la part de la noblesse provinciale. Mais contrairement aux échecs du "Tartuffe" et de "Dom Juan", pas de scandale ou censure ici. La pièce connaît même une certaine reconnaissance de la part du public averti.

Au 17e siècle, ce personnage du misanthrope faisait rire, paraissant ridicule. Depuis, de nombreuses relectures ont été faites et Alceste suscite aujourd'hui de plus en plus d'empathie. Le côté tragique du personnage prenant le dessus dans certaines productions.

Comédie grinçante souvent considérée comme le chef-d'oeuvre de Molière, "Le misanthrope" a été monté par les plus grands metteurs en scène et interprété par les comédiens les plus en vue. Tous ont voulu se confronter à cette pièce et à ce rôle des plus complexes.

>> A voir, le début de la pièce "Le misanthrope" de Molière, par la Comédie-Française (2000):

Chapitre 09
"Le malade imaginaire", 1673

Honoré Daumier - DP

Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies

Béralde dans "Le malade imaginaire"

Comédie en trois actes et en prose, mêlée de musiques et de danses, "Le malade imaginaire" a été créé à Saint-Germain-en-Laye le 10 février 1673.

Argan, un riche bourgeois hypocondriaque, ne peut pas se passer de médecins et de remèdes. Veuf, il s'est remarié avec Béline, qui lui dispense des soins attentifs - lavements, saignées, purges - mais qui attend avec impatience sa mort pour hériter de sa fortune. Afin d'avoir un docteur à disposition, Argan décide de marier sa fille Angélique à un futur médecin. Mais celle-ci s'est éprise de Cléante qu’elle souhaite épouser.

Heureusement, la servante Toinette saura mettre à jour l’hypocrisie et la duplicité et fera triompher l'amour.

>> A voir, un extrait du "Malade imaginaire" dans une mise en scène de Georges Werler. Avec Michel Bouquet dans le rôle d'Argan. Théâtre de la porte Saint Martin (2010).

Dernière pièce de Molière

Conçu comme un spectacle total qui intègre de la musique, composée par Marc-Antoine Charpentier, de la danse et du chant, "Le malade imaginaire" se veut un divertissement complet.

Satire féroce, Molière se moque ici des médecins prétentieux qui dissimulent leur ignorance derrière leurs blouses et des mots savants en latin et dont les pratiques précipitent la mort de leurs patients plutôt que les guérir. Molière n'hésite pas non plus à rire de la mort, alors qu'il se sait très malade.

Dernière pièce écrite par le dramaturge qui interprétait le rôle d'Argan, il décédera quelques heures après s'être senti mal lors de la quatrième représentation.

L'homme de théâtre est mort, laissant derrière lui une trentaine de comédies et une troupe qui donnera naissance en 1680 à la Comédie-Française.

La légende de Molière, soi-disant mort sur scène, peut alors commencer.