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"La peau de l’espace", fascinante danse parlée de Yasmine Hugonnet

La danseuse et chorégraphe Yasmine Hugonnet. [Anne-Laure Lechat  - DR]
La Peau de lʹEspace / Vertigo / 5 min. / le 23 novembre 2021
Au Théâte de Vidy-Lausanne jusqu’au 28 novembre dans le cadre du Festival Les Créatives, la danseuse et chorégraphe vaudoise Yasmine Hugonnet explore les possibilités et mystères de la proprioception. Un solo dansé et parlé à vivre comme une méditation.

Une scène vide et un silence parfois troublé par la rumeur du vent. La baie vitrée de cette salle de Vidy s’ouvre en effet sur le bois attenant, magnifique décor de branches qui se balancent et perdent leurs feuilles. Arrive Yasmine Hugonnet, un mini micro collé sur sa joue. La voici qui fend l’air, désigne l’espace et semble aux prises avec des forces invisibles.

Chacun de ses mouvements s’accompagne du son de sa propre voix. Est-ce le mouvement qui provoque le son ou le son qui s’exprime par un mouvement? Peu importe. Sifflement, explosions, chuintements, souffle… tout l’éventail des sonorités possibles émises par une bouche humaine donnent à entendre cette danse aux airs de yoga ninja.

>> A voir, présentation du spectacle: "La peau de l'espace"

Les mouvements deviennent intentions

Et bientôt, elle parle, Yasmine Hugonnet. Beaucoup. D’une voix douce dont la sensualité retient l’oreille. Elle ne cesse néanmoins pas de danser. Ce sont ses pensées que l’on entend. Les mouvements deviennent intentions, réflexions, constats, exploration, méditation. Ce n’est pas une conférence sur le métier de danseuse, c’est bel et bien un spectacle qui donne à écouter et penser autant qu’il donne à voir. Comme si désormais, danseuse et public se trouvaient unis par un même émerveillement devant l’infinité des mécanismes neurologiques qui nous permettent de bouger, d’agir, d’être actifs ou passifs et d’impacter un espace donné.

Décrit ainsi, le spectacle "La peau de l’espace" peut vous paraître cérébral ou alors prompt à réinventer l’eau chaude. Oui, un corps ça bouge, une danseuse ça danse. Et alors ? Tout n’est pas si simple et la dernière création de la chorégraphe vaudoise en est la fascinante démonstration.

La proprioception, vous connaissez? L’auteur de ces lignes n’en avait jamais entendu parler et pourtant, tout comme vous, il la pratique au quotidien sans même s’en rendre compte. Perdez la proprioception et vous comprendrez très vite les difficultés que vous éprouverez à vivre en société. On l’appelle aussi le sixième sens.

La danseuse et chorégraphe Yasmine Hugonnet. [Anne-Laure Lechat  - DR]La danseuse et chorégraphe Yasmine Hugonnet. [Anne-Laure Lechat - DR]La proprioception ou la perception du corps

La proprioception désigne la perception de la position des différents éléments de notre corps. En résumé, si nous parvenons à escalader une échelle ou saisir une petite cuillère, c'est grâce à cette ingénieuse combinaison de nos récepteurs musculaires et de nos centres nerveux. Les animaux en disposent également. Et il semblerait bien que les plantes aussi. Sans la proprioception, c’est simple: vous ne sentez plus votre corps.

Le rapport avec la danse? Yasmine Hugonnet explore précisément ces liens subtils entre espace et corps, mouvement actif ou passif, conscience et inconscience, articulation de la mobilité et de l’immobilité.

"La peau et l’espace" trouble parfois notre propre perception de spectateurs et spectatrices. Ainsi lorsque Yasmine Hugonnet pratique la ventriloquie tout en dansant ou qu'elle attribue des gravités différentes aux parties de son corps.

Ecouter, voir, se laisser emmener dans une sorte de voyage entre philosophie, science et poésie. "La peau de l’espace" aiguise nos perceptions du corps et du mouvement. Ce spectacle ne relève pas de la performance, ni de la démonstration. On peut le vivre comme une expérience commune et partagée en direct entre une artiste et son public. Rare et fascinant.

Thierry Sartoretti/olhor

Yasmine Hugonnet, "La peau de l'espace", Festival Les Créatives32 à Vidy-Lausanne, jusqu'au 28 novembre.

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