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"Edith", journal d’une femme qui s’invente une vie idéale

Une photo du spectacle "Edith (le journal d’Edith)", mis en scène par Mathieu Bertholet. [Samuel Rubio  - DR]
Edith / Vertigo / 8 min. / le 22 octobre 2021
Au Théâtre Le Poche de Genève, le metteur en scène Mathieu Bertholet adapte au théâtre le roman "Le Journal d’Edith" de Patricia Highsmith. Une saisissante et dramatique plongée dans un intérieur américain des années 1960 à découvrir jusqu’au 7 décembre.

Pauvre Edith. Son mari la quitte pour refaire sa vie avec sa jeune secrétaire; son fils est un raté imbibé d’alcool et ne quittant plus le nid; ses velléités d’éditorialiste du journal Buggle n’intéressent plus grand monde et à l’étage de sa maison, il y a Oncle George, grabataire, qu’il faut nourrir, laver et traiter à la codéine. Pour ne pas craquer tout de suite, Edith imagine une stratégie.

Dans son journal intime, cette femme au foyer américaine des années 1960 s’imagine un ex-mari ridicule et contrit, un fils brillant ingénieur, une belle fille attentionnée, des petits-enfants charmants… bref une vie idéale comme un médicament contre la dépression. "C’est un mensonge, s’avoue-t-elle, mais après tout, qui va le lire".  L’astuce fonctionne. Pour un temps.

Un huis-clos orchestré tel un ballet théâtral

"Edith (le journal d'Edith)" égrène les mois, les années, dans une Amérique millésimée guerre du Vietnam, assassinat de Robert Kennedy et élection de Nixon. Ce portrait tendre, à la douceur empathique, triste, pas dénué d’humour tout de même, est signé Patricia Highsmith, autrice américaine qui n’a pas livré que des polars bien ficelés tels "Mr Ripley".

"Edith (le journal d'Edith)" est un huis-clos, orchestré tel un ballet théâtral par le metteur en scène Mathieu Bertholet. Dans le rôle-titre, une Jeanne De Mont transcendante. Autour d’elle, un excellent trio de comédienne et comédiens: Angèle Colas dans les rôles de l’amie, de la tante et de la rivale. Fred Jacot-Guillarmod en mari fuyant et Zacharie Jourdain dans le t-shirt du junior loser. Le temps file, Edith a beau se battre, la réalité lui échappe de plus en plus.

Une photo du spectacle "Edith (le journal d’Edith)", mis en scène par Mathieu Bertholet. [Samuel Rubio  - DR]Une photo du spectacle "Edith (le journal d’Edith)", mis en scène par Mathieu Bertholet. [Samuel Rubio - DR]

Un quatuor membre de l'Ensemble du Poche

Ce quatuor, le public du Théâtre de Poche va le voir et le revoir durant plusieurs mois. Il fait partie des dix comédiennes et comédiens membres du l’Ensemble du Poche, une troupe réunie pour se partager les spectacles 2021-2022 de ce théâtre genevois.

Consultez le programme, un soir, c’est "Edith" qui tient l’affiche. Un autre soir, vous aurez la possibilité de découvrir le reste du répertoire: "La Maison sur Monkey Island", "Femme disparaît", "Dans le bar d’un Hôtel de Tokyo", "Gouttes d’eau sur pierres brûlantes" ou encore le classique "Qui a peur de Virginia Woolf ?". Hors les murs, ce sont encore "La Folle en costume de folie" et "Sans alcool" qui trouvent leur public dans les lieux les plus divers. Textes et responsables de la mise en scène passent et varient. Le pool d’interprètes reste. Une expérience théâtrale passionnante à suivre.

Thierry Sartoretti/olhor

"Edith (le journal d’Edith)", Théâtre du Poche, Genève, jusqu'au 7 décembre.

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Un ensemble théâtral, c’est quoi ?

Côté alémanique, la majorité des théâtres possèdent une troupe. Cela va du personnel administratif aux équipes techniques en passant par les dramaturges et les interprètes. Le théâtre propose un programme de saison et cette troupe à demeure change de rôles au fur et à mesure des pièces.

En Suisse romande, c’est l’inverse qui est la règle. Les théâtres sont des maisons uniquement pourvues de personnel administratif et techniques. Et basta. Comédiennes et comédiens se rassemblent en compagnies et vendent tant bien que mal leurs spectacles aux différents théâtres qui officient comme producteurs financiers, parfois logistiques. Dix spectacles à l’affiche d’une saison théâtrale, ce sont dix compagnies différentes qui défilent sur une même scène.

A Genève, le Théâtre Le Poche a souhaité renverser ces habitudes et engager à l’année une vraie troupe de comédiennes et comédiens. Manière de vivre le théâtre avec une émulation d’équipe et aussi de lutter modestement contre la précarité de ce métier qui consiste à alterner brèves périodes de travail et brèves périodes chômées. Un pari audacieux inspiré des années berlinoises de son directeur Mathieu Bertholet.